Publié le 5 Feb 2013 - 03:27
EXPO - ABDOULAYE «CISSO» MANÉ À LA GALERIE NATIONALE

Sang, flammes et verdure pour peindre une Casamance en guerre

L’artiste «Cisso» Mané, qui expose depuis vendredi à la Galerie nationale de Dakar, permet au grand public de partager la dualité de ses toiles en saisissant sous un jour nouveau toute la complexité d’une Casamance déchirée entre la guerre et la vie aux champs.

 

Inaugurée par un vernissage à la Galerie nationale d’art, l’exposition-vente du peintre/plasticien «Cisso» Mané est hantée par une Casamance multi-facettes et omniprésente. Toiles brûlées, noircies à la flamme d’un briquet ; canevas sur lesquels l’artiste peint avec du sang, colle des coupures de presse, étale des couleurs rouge brique et magenta qui saturent le moindre centimètre carré du portrait d’un homme noir, éthéré, torturé qui porte, telle une couronne, une coiffe surmontée de cornes de bœuf… L’imagerie de Cisso Mané parle de douleur, d’angoisse, de démons mais aussi de rédemption, de soulagement, d’exorcisme.

 

Ces toiles, dont la symbolique est profondément ancrée dans les traditions du pays (culture du riz, Karciak, lacération initiatiques au couteau, kankourang,…) traduisent, chez l’artiste, une conception champêtre, parfois mystique et initiatique, de la Casamance avec des thèmes comme l’agriculture, l’initiation ou encore l’exode.

 

Plusieurs de ces tableaux, environ une douzaine, parlent, quant à eux, de la guerre. «Toutes les couleurs, c'est le gouffre. Ce noir, par exemple, c'est du sang et non de la peinture… Un choix qui me semble plus évident quand il s’agit d’évoquer l'ampleur des dégâts causés par la destruction des écosystèmes des habitats et du cadre de vie des populations locales», explique le peintre, détaillant une de ses toiles datant de 2002.

 

Mais la peinture de «Cisso» Mané parle aussi (et, espérons-le surtout) du cycle sans cesse renouvelé du vivant : face au rouge du sang et au noir des formes calcinées, se trouve le vert des rizières, des bois sacrés. Face à la désolation, pointe l’insolente euphorie des prêtres de l’initiation. Face à la mort, il y a la vie. Et face à la guerre, se trouve…l’espoir d’un artiste pour une paix retrouvée en Casamance. «Je veux montrer aux gens qu'en Casamance, il y a la guerre mais qu'on vit quand même, dans le respect des coutumes et tout ça… C'est la guerre mais pas que la guerre : la Casamance, c'est aussi l’espoir», déclare «Cisso» Mané.

 

SOPHIANE BENGELOUN

 

 

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