Publié le 31 Aug 2016 - 08:07

Hommage à Momar Kébé Ndiaye

 

« Le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants ».

Jean Cocteau

Momar Kébé Ndiaye s’en est allé le jeudi 25 août 2016 à l’âge de 61 ans. Ce qui me semble un peu prématuré, même si d’aucuns rétorqueront qu’il n’y a pas d’âge pour mourir. Mais comme le disait à juste titre Abraham Lincoln, « ce qui compte, ce ne sont pas les années qu’il y a eu dans la vie. C’est la vie qu’il y a eu dans les années ». Momar Kébé Ndiaye a connu une vie bien remplie. Il a été utile aux siens et à son pays. Ce qui peut contribuer à atténuer la douleur de tous ceux qui l’ont connu et apprécié.

Momar Kébé Ndiaye est diplômé de la 8e Promotion (1980) du Centre d’Études des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI). Parmi ses camarades de promotion, on peut citer les Sénégalais Adama Gaye, Thierno Baldé, Alioune Touré Dia, Élimane Oumar Ly, Ousmane Djité, Khalifa Mbengue, Amadou Mamadou Pame, Armand Faye, Yoro Sarr et Luc-Adolphe Tiao, le dernier premier ministre burkinabé sous l’ère Compaoré, etc.

Momar Kébé Ndiaye était titulaire non pas d’un baccalauréat littéraire, mais d’un baccalauréat scientifique (série C). Élève en classe de Terminale au Lycée Blaise Diagne de Dakar, ce natif de Mékhé ne rêvait que deux choses : intégrer le CESTI ou s’inscrire à la Faculté de Médecine de l’Université de Dakar, devenir journaliste ou embrasser une carrière de pharmacien. Mais du fait de son bon niveau en philosophie, en histoire et géographie et grâce à sa connaissance de l’actualité, il a été reçu au concours d’entrée au CESTI.

À la fin de sa formation dans ce creuset de l’élite des journalistes de l’Afrique francophone, avec le diplôme supérieur de journalisme (DSJ) en poche, Momar Kébé Ndiaye s’inscrit à l’Institut français de presse (IFP) de l’université Paris 2 Panthéon-Assas où il avait déjà passé, en 1980, le premier trimestre de son voyage d’études, avant de séjourner à Montréal, la même année, pour un autre trimestre. Parallèlement à sa formation universitaire à Assas, Momar Kébé Ndiaye a sévi comme journaliste au magazine panafricain Jeune Afrique.

Momar Kébé Ndiaye ne fit pas de vieux os dans les rédactions. Il embrassa plutôt une carrière de « communicant » et intégra le monde des affaires. Il ne pouvait échapper à ce monde si l’on sait que l’un de ses parents fut, dans les années 1970, administrateur de société, « Sénégalgue » notamment. Sa grande enquête de fin d’études au CESTI, axée sur les retombées socio-économiques de la présence des Libanais au Sénégal, témoignait déjà de son intérêt pour les questions économiques et le monde des affaires.  Momar Kébé Ndiaye a su matérialiser ses rêves en réussissant dans les affaires au prix de beaucoup de travail et d’abnégation.

J’ai vu Momar Kébé Ndiaye pour la première fois un samedi du mois de mai 1994, à la case-foyer du CESTI. Il était invité par Monsieur Birahim Moussa Guèye, qui dirigeait le CESTI à cette époque et qui voulait sans doute nous l’offrir comme modèle de réussite. Responsable d’un cabinet de communication à cette époque, Momar Kébé Ndiaye nous parla de son parcours et fit un exposé sur les opportunités qui s’offraient à ceux d’entre nous qui souhaitaient faire carrière dans la communication.

Un grand seigneur

Le CESTI, du fait de son statut d’école à vocation panafricaine, a toujours été un concentré de nationalités, de cultures, de langues et de visions du monde certes différentes, mais qui s’enrichissent mutuellement. Au fil des années et des promotions, il est devenu une école arc-en-ciel riche de la diversité des nationalités et des cultures qui la composent. Les différentes directions qui se sont succédé ont beaucoup contribué à maintenir ce cachet panafricain. Le revers de la médaille est qu’aujourd’hui, le CESTI ne compte que sur la contribution de l’État du Sénégal. Les autres États n’offrent plus de bourses et ne versent plus de subvention à l’établissement. Celui-ci - par le biais de sa Division des Projets, de la Formation continue et de la Coopération - est obligé de chercher des ressources financières additionnelles en nouant des partenariats avec des organisations onusiennes, des représentations diplomatiques et des fondations pour s’acquitter convenablement de ses missions : frais de reportage, stages ruraux des étudiants, session intensive, achat d’équipements pédagogiques dont certains doivent être renouvelés à cause de l’évolution rapide de la technologie.

À mon arrivée à la direction du CESTI, en 2011, dans le cadre de la recherche de ces ressources additionnelles, un « Ancien » du CESTI  - qui a beaucoup appuyé l’école, mais dans la discrétion la plus absolue – camarade de promotion de Momar Kébé Ndiaye, me conseilla d’appeler ce dernier pour tirer profit de son portefeuille relationnel. J’eus beaucoup de scrupules à le faire. Je décidai de ne pas appeler Momar Kébé Ndiaye. Un coup de fil aurait sans doute aidé à régler pas mal de problèmes du CESTI.

En effet, un jour, je reçus la visite de Momar Kébé Ndiaye. À la fin de notre entrevue, il me dit, en me tendant un chèque : « J’ai toujours voulu faire un geste pour l’école, mais les circonstances m’en avaient empêché. Je pense que c’est le moment où jamais ». Je lui proposai de nous offrir du matériel plutôt que l’argent. Ce qu’il fit de bon cœur en contribuant à l’équipement de la salle PAO et de la salle multimédia du CESTI. En grand seigneur, Momar Kébé Ndiaye refusa toute publicité autour de son geste. « N’en parle à personne », me demanda-t-il. Je n’avais mis dans la confidence que trois amis et collaborateurs du CESTI. De même, en novembre 2015, à l’occasion de la célébration du cinquantenaire du CESTI, nous le sollicitâmes dans le cadre de notre recherche de sponsors et il accepta de bon cœur de nous aider. Je me dois, par devoir et par reconnaissance, de magnifier le geste d’un homme d’une grande générosité et d’une grande courtoisie. Le CESTI lui est reconnaissant.

Momar Kébé Ndiaye a montré que la communauté « cestienne » est bien une réalité. Elle est formée autour de règles et de valeurs communes, de savoir-faire et de rites, d’un fort sentiment d’identification et d’attachement à l’institution qui a fait de nous ce que nous sommes devenus aujourd’hui. Cela est illustré par notre cri de guerre : « Cestien hier, Cestien aujourd’hui, Cestien toujours ! ». Je tiens aussi à remercier tous les « Anciens » qui, à l’instar de Momar Kébé Ndiaye, apportent leur soutien au CESTI et ce dans la discrétion la plus absolue.

Paraphrasant Paul Éluard, je dirai que Momar Kébé Ndiaye « était des nôtres » et avec sa disparition « nous avons perdu cette part de nous-mêmes ». Par ma voix, toute la communauté « cestienne » présente à sa famille et à ses proches ses condoléances les plus émues. Que Dieu accueille notre regretté « Ancien » parmi ses élus.

 

Ibrahima SARR

  Directeur du CESTI

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