Publié le 9 Jun 2012 - 10:26
NOUVELLE DIRECTION AU BSDA

Les acteurs culturels prudents et vigilants

Mouhamadou Mounirou SY, nouveau DG BSDA

 

La nomination de l'expert juridique Mounirou Sy à la tête du Bureau sénégalais des droits d'auteur (BSDA), en lieu et place de la magistrate Abibatou Siby, est diversement appréciée dans les cercles culturels.

 

Le Bureau sénégalais des droits d'auteur (Bsda) n'a pas résisté au vent du changement. Mme Abibatou Siby a été limogée en Conseil des ministres au profit du constitutionnaliste Mounirou Sy. Celui-ci est présenté comme un homme ayant les compétences nécessaires pour bien manager ce secteur grâce à la relance de cette structure en charge de la propriété intellectuelle.

 

Néanmoins, cette nomination semble controversée. En effet, Mounirou Sy est le conseiller juridique du mouvement Feccé ma ci boolé du ministre de la Culture et du Tourisme. Une proximité qui pourrait déteindre sur les orientations du BSDA dont Youssou Ndour est partie-prenante.

 

Chez le Président-directeur général de la 2STV, El hadji Ndiaye, on avait senti le coup de massue. Interpellé hier par EnQuête, il souligne avoir très tôt demandé à Mme Siby de préparer ses valises. C'était juste, dit-il, après la nomination du fondateur du Super Etoile dans le gouvernement. «J'avais prévenu la directrice du BSDA depuis deux mois car je m'attendais à une telle décision. Mme Siby est une femme de terrain, qui a abattu un travail colossal pour la culture. Elle s'est toujours battue pour que Youssou Ndour, comme d'autres, s'acquitte de ses droits d'auteurs. Mais ils ont toujours voulu liquider le BSDA pour en faire une société privée, Youssou Ndour était derrière ce combat.»

 

Du côté de l'entité Youssou Ndour Head Office (YNHO), on semble esquisser un sourire face à un débat qui «n'a pas sa raison d'être.» Selon Charles Faye, «Mounirou Sy dispose d'une expertise en matière juridique. L'essentiel, c'est de nommer un homme de confiance. Il faut juger l'homme sur pièce. Il maîtrise son domaine et saura insuffler une nouvelle dynamique au BSDA.»

 

Pour autant, le patron de la 2stv, ne sent pas les effluves du conflit d'intérêt. Il est persuadé que les acteurs culturels n'offriront pas au ministre de la Culture le privilège de vider des contentieux avec qui que ça soit. Et d'ajouter : «je ne connais pas Mounirou Sy, mais je pense qu'à part lutter contre la piraterie, il ne pourra rien faire contre les artistes qui sont les propriétaires de leurs œuvres. Mais vu que c'est un homme du droit, j'ose espérer qu'il saura respecter la déontologie.»

 

 

«Un conflit d'intérêt ? Prématuré»

 

Malgré les craintes formulées de part et d'autre, des acteurs culturels dont Saer Ndiaye préfèrent écarter pour l'heure la thèse du conflit d'intérêt. «C'est prématuré de se prononcer sur la question, mais nous attendons que le nouveau directeur du BSDA mette sa machine en branle pour le juger. Le BSDA a vraiment besoin du soutien de l'État pour s'inscrire dans une politique de croissance» souligne l'écrivain journaliste. Le Bureau sénégalais des droits d'auteur a besoin de se redynamiser pour permettre aux acteurs d'entrer dans leurs fonds, rappelle Saer Ndiaye. «Il serait bien de savoir comment calculer les parts des auteurs qui ne gagnent absolument rien, ou celles des utilisateurs qui ne versent rien. Si Mounirou Sy dérape, il aura affaire à nous.»

 

Le secrétaire général de l'Association des métiers de la musique du Sénégal (AMS) trouve cette nomination légitime car «le BSDA a besoin d'être géré par un juriste et non par un acteur culturel.» Mais Guissé Pène ne manque pas d'établir des garde-fous. «C'est aux acteurs culturels d'être vigilants, le BSDA étant une propriété exclusive des ayants droits», précise-t-il. «C'est aussi une structure qui, juridiquement, n'existe pas depuis 2008. Elle tend à être une nouvelle société de gestion collective qui ne sera pas du ressort du ministère de la Culture, mais dépendra de l'Assemblée générale. Reste à savoir si le nouveau directeur va s'inscrire dans la continuité ou amorcer une rupture.»

 

Pour l'heure, les différents acteurs déplorent une sorte de nébuleuse qui se manifeste par l'absence criarde de recettes pour les artistes.

 

MATEL BOCOUM

 

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