Lutte contre le paludisme

La lutte contre le paludisme ne se joue plus uniquement dans les laboratoires ou les centres de santé. Elle passe également par la capacité des chercheurs africains à porter leur voix dans les médias, à influencer les décideurs et à vulgariser les résultats de leurs travaux. C'est tout l'enjeu de l'initiative African Voices of Science (AVoS), qui ambitionne de renforcer le leadership scientifique africain en matière de recherche en santé, d'innovation et de plaidoyer.
Lancée pour accroître la visibilité et l'influence des scientifiques africains dans les espaces médiatiques et décisionnels, cette initiative accompagne les chercheurs à travers des formations en communication, en plaidoyer et en leadership. Dans cette dynamique, Speak Up Africa, en partenariat avec plusieurs organisations, a organisé, la semaine dernière à Dakar, un atelier consacré aux médias et au plaidoyer à l'intention de quatre scientifiques francophones sélectionnés dans le cadre du programme « Les Voix africaines de la science : La voie vers Zéro Paludisme ».
Les participants étaient issus du Sénégal, du Bénin, du Burkina Faso et de la Côte d'Ivoire. Un second atelier destiné aux scientifiques anglophones est annoncé en août prochain à Addis-Abeba, en marge de la réunion du Comité régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l'Afrique. À travers cette initiative, les organisateurs souhaitent faire émerger une nouvelle génération de scientifiques africains capables d'orienter les politiques publiques, d'accompagner le déploiement de nouveaux outils de lutte contre le paludisme, de mobiliser davantage de ressources et de contribuer à une meilleure compréhension des enjeux sanitaires auprès du grand public.
...Durant plusieurs jours, les chercheurs ont été formés à la communication scientifique, aux relations avec les médias, au storytelling appliqué à la science, à la formulation de messages destinés aux décideurs, à l'utilisation stratégique des réseaux sociaux ainsi qu'à la traduction des données scientifiques en recommandations de politiques publiques. La mobilisation des ressources et le plaidoyer en faveur de l'élimination du paludisme figuraient également parmi les principaux modules de formation. Les organisateurs ont également profité de cette rencontre pour rappeler l'ampleur persistante du paludisme dans le monde. Selon les données de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) présentées aux participants, la maladie a provoqué 282 millions de cas en 2024, soit une incidence de 64 cas pour 1 000 personnes exposées au risque, en hausse de 23 % par rapport à 2015.
La même année, environ 610 000 décès ont été enregistrés, dont près des trois quarts concernaient des enfants de moins de cinq ans. Les pays francophones demeurent parmi les plus durement touchés. Alors qu'ils ne représentent que 13 % de la population mondiale exposée au risque de paludisme, ils concentrent 42 % des cas recensés dans le monde et 40 % des décès liés à cette maladie. En 2024, ces pays ont enregistré 118 millions de cas, soit une augmentation de 24 % depuis 2015, tandis que le nombre de décès est estimé à 247 000, en progression de 5 % sur la même période.
Malgré cette situation préoccupante, plusieurs pays africains enregistrent des avancées significatives dans la lutte contre le paludisme. Selon les données présentées lors de l'atelier, l'Égypte et le Cap-Vert ont obtenu en 2024 la certification de l'OMS attestant de l'élimination du paludisme sur leur territoire. Dans les pays où la maladie reste fortement endémique, les résultats sont également encourageants. Le Rwanda a réduit de 75 % le nombre de cas entre 2015 et 2024, tandis que la Guinée équatoriale et le Ghana affichent respectivement des baisses de 32 % et 29 %. Des progrès sont également observés en matière de mortalité. Le nombre de décès liés au paludisme a diminué de 42 % au Mali, de 32 % au Ghana et de 45 % au Sénégal, illustrant les effets des stratégies de prévention, de diagnostic précoce et de prise en charge mises en œuvre ces dernières années.






