Violences basées sur le genre au Sénégal

Les violences basées sur le genre (VBG) continuent de constituer un défi majeur au Sénégal. Les chiffres dévoilés par Ndèye Seynabou Sarr, représentante d'Onu Femmes, à l'occasion d'un atelier consacré à la budgétisation sensible au genre et aux VBG, témoignent de l'ampleur du phénomène. Intervenant devant les membres de l'Association des professionnels de l'information sur le genre (APIG), elle a souligné les avancées enregistrées grâce au partenariat entre Onu Femmes, l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) et la Direction de l'Équité et de l'Égalité de Genre (DEEG), notamment à travers la réalisation de l'Enquête nationale de référence sur les violences faites aux femmes et aux filles. Selon les résultats de cette étude, 31,9 % des femmes âgées de 15 ans ou plus déclarent avoir subi au moins une forme de violence physique, sexuelle, psychologique ou économique au cours des douze derniers mois. Derrière cette moyenne nationale se cachent toutefois de fortes disparités territoriales.
La région de Diourbel enregistre le taux de prévalence le plus élevé du pays avec 42,6 %, tandis que Fatick affiche le niveau le plus faible avec 15,1 %. Les écarts sont également marqués entre les zones urbaines et rurales. Ainsi, 36,9 % des femmes vivant en milieu urbain déclarent avoir subi des violences récentes, contre 24,9 % en milieu rural. L'enquête met également en lumière le caractère massif et ancien du phénomène. Selon les données présentées, 89,2 % des femmes interrogées affirment avoir été victimes d'au moins une forme de violence au cours de leur vie, tandis que 87,5 % déclarent avoir subi des violences avant l'âge de 18 ans. Pour Ndèye Seynabou Sarr, ces statistiques constituent désormais une base solide pour orienter les politiques publiques, renforcer les dispositifs de prévention et améliorer la prise en charge des victimes.
...« Ces données confèrent une base statistique solide pour mesurer l'ampleur du phénomène, orienter les politiques de prévention et renforcer l'accompagnement des victimes », a-t-elle expliqué. Au-delà de la production des données, la représentante d'Onu Femmes a insisté sur la nécessité de les rendre accessibles au grand public. Selon elle, les médias ont un rôle déterminant à jouer dans la lutte contre les violences basées sur le genre. « Les professionnels de l'information sont des acteurs incontournables du changement social. À travers leurs productions, ils contribuent à sensibiliser les populations, à nourrir le débat public et à renforcer la redevabilité des institutions », a-t-elle indiqué. Elle a également appelé à un traitement médiatique fondé sur des données fiables, respectueux des principes éthiques et orienté vers la prévention plutôt que vers la stigmatisation des victimes.
La budgétisation sensible au genre comme outil de transformation L'atelier a aussi permis de mettre l'accent sur la budgétisation sensible au genre, présentée comme un instrument essentiel pour traduire les engagements politiques en résultats concrets. Selon Ndèye Seynabou Sarr, les budgets publics ne sont jamais neutres. Ils peuvent contribuer à réduire les inégalités entre les femmes et les hommes ou, au contraire, les renforcer. Une meilleure maîtrise des mécanismes budgétaires par les journalistes leur permettra ainsi d'exercer un regard plus critique sur les politiques publiques et leurs effets différenciés sur les populations. Pour les organisateurs, l'objectif est de faire de la donnée statistique un véritable levier d'action afin de renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles et promouvoir une gouvernance plus attentive aux enjeux d'égalité.






