Publié le 18 Jun 2016 - 11:21
MOTS CHOISIS

« Soufi mon amour » d’Elif Shaffak Editions : 10/18

 

« Soufi, mon amour », formidable roman de l’écrivaine turque  Elif Shafak. Ce livre est une lumière qui vient éclaircir le chemin de tous ceux qui cherchent à renforcer leur foi par la connaissance.

Ella Rubinstein  est une femme heureuse apparemment : une jolie maison dans le Massachusetts, trois beaux enfants, un chien fidèle…, tout le confort matériel qui permet de s’installer dans le bonheur. Mais tout ceci suffit-il pour être heureux ? Des questions pressantes sur le sens de sa vie s’agitent en elle dès lors que ses enfants sont devenus maintenant grands alors qu’elle, est toujours demeurée femme au foyer. A quarante ans, elle se demande si elle n’est pas passée à côté de l’essentiel.

Les infidélités de son mari n’arrangent pas les choses et sa vie monotone, pèse de plus en plus sur elle. Alors et par un concours de circonstance,  elle est engagée comme lectrice par un agent littéraire. Il lui est demandé de rédiger une note sur un manuscrit signé Aziz Z. Zahara, « Le doux blasphème ».

Ce roman, qui retrace la rencontre entre le poète mystique persan Mawlana Djalal ad-Din Rûmi et du célèbre derviche mystique iranien Shams de Tabriz, va être une révélation pour Ella Rubinstein, elle la juive. Elle plonge dans le manuscrit et y découvre ce qui va bouleverser sa vie : le soufisme. Au fil des pages, sa vision s’éclaircit.

Elle découvre le soufisme et toute sa tolérance avec  le refus des conventions au travers des quarante règles de la sagesse didactiquement rappelées dans le roman. Elle est subjuguée par  la splendeur de l’amour et par la complicité des deux mystiques du monde musulman. Ce manuscrit est un déclic pour elle et, de pages en  pages, elle entre dans une autre sphère, sa vie enclenche un autre tournant. Elle entretient un lien épistolaire avec Aziz Z. Zahara installé à Amsterdam, devenu désormais cet ami lointain à qui on ose tout révéler parce qu’apparaissant plus comme un missionnaire, voire  un libérateur envoyé du Ciel.

« Soufi, mon amour » est un formidable roman qui magnifie l’amour, ce sentiment libérateur  pour certains, nous révélant à la fois  comment cette tendresse peut transformer notre existence et à quel point la complicité intellectuelle exerce une fonction entremetteuse entre les êtres. Au travers du récit et surtout de la relation d’Ella Rubinstein et d’Aziz Z. Zahara, l’on ne peut s’empêcher de penser à cette réflexion de Jean d’Ormesson dans Histoire du juif errant : « Il n’y a jamais rien eu, chez les hommes, de plus fort que cette faiblesse, de plus impitoyable que cette tendresse, de plus égoïste que cette soumission à un autre, de plus durable à travers l’histoire et de plus puissant à jamais que cet élan passager : l’amour. »

Et oui ! Ici, l’amour a été une passerelle vers le Soufisme si admirablement décrit au travers de Shams de Tabriz et Rûmi. Eva de Vitray-Meyrovitch nous avait familiarisé avec dernier dans « l’Islam, un autre visage » et,  Elif Shafak, dans « Soufi, mon amour »  dissèque ici la vie de ce grand érudit Soufi et nous parle surtout de l’influence qu’a exercée sur lui, cet autre grand érudit derviche, Shams de Tabriz qui initia la danse sacrée des derviches tourneurs, la danse du Sâma. Peut-être faisait-elle le parallèle. Tout comme Shams de Tabriz était venu libérer Rûmi sept siècles auparavant, Aziz Z. Zahara n’est-il pas venu  l’affranchir… ?

Merveilleux roman historique qui nous plonge au cœur de l’histoire de deux grands mystiques qui, de par leurs enseignements, nous libèrent d’un certain joug hélas entretenu ici encore…

Elif Shafak est une écrivaine turque née en France et a publié plusieurs romans dont « La batarde d’Istanbul », « Lait noir » et « Crime d’honneur », sa dernière publication en 2013.

Ameth GUISSE

 

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