Publié le 7 Dec 2016 - 19:02
PROCESSUS DE DECAISSEMENT DES ENGAGEMENTS FINANCIERS POUR LE SENEGAL

La Banque mondiale dénonce les lenteurs 

 

Le Sénégal et la Banque mondiale ont passé hier en revue leur coopération conjointe. Le taux de décaissement des engagements financiers de la BM est aujourd’hui de 45%. Même s’il y a une augmentation par rapport à 2015 où il était de 22,7%, (selon la BM) et plus de 30%, (selon le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan), Louise Cord pense qu’il faut aller plus loin. Pour cela, il faut lever les différents goulots d’étranglement à la bonne exécution des projets.

 

L’année dernière, lors de la revue annuelle conjointe de la coopération entre la Banque mondiale (BM) et le Sénégal, l’ancienne directrice générale des opérations Vera Songwé dénonçait les ‘’lenteurs’’ dans le processus de décaissement des engagements financiers de l’Institution de Bretton Woods pour le Sénégal. En 2015, le taux était de 22,7%. Le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan n’était pas d’accord avec ce chiffre de la BM, lui qui estimait le décaissement à plus de 30%. Cette année encore, il y a des lenteurs dans les décaissements même si un léger mieux a été noté.

Selon la nouvelle directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Sénégal, au 31 novembre 2016, le taux était de 45% sur un volume financier global de 595 milliards de F CFA. Si Louise Cord considère cela comme ‘’une bonne performance’’, elle note, par ailleurs, ‘’qu’il faut aller plus loin car un projet qui ne décaisse pas à temps opportun ne peut pas réaliser les résultats que les populations attendent’’.

Retard de la contrepartie nationale

En outre, lors de cette revue de coopération conjointe avec la Banque mondiale, la Directrice des opérations a listé un certains nombre de goulots qui étranglent la bonne exécution des différents projets engagés par son Institution. D’abord, Louise Cord cite la mobilisation de la contrepartie nationale. D’après elle, cette contrepartie n’est pas mobilisée à temps. Cela est même ‘’devenu récurrent’’, dit-elle. Une situation qui ‘’affecte 50% de nos projets et peut créer des problèmes surtout pour l’exécution de certaines activités importantes’’.

De l’avis de Fatou Fall Samba, spécialiste en gestion financière, c’est à cause des retards dans la mobilisation de la contrepartie de l’État qu’il arrive souvent que des constructions qui devraient durer 8 mois prennent plus de deux ans voire plus. Ainsi, elle conseille aux deux parties de procéder à une ‘’analyse, projet par projet, de la situation des fonds de contrepartie, selon les engagements dans les accords de financement’’.

Ensuite, l’autre contrainte est l’effet des banques. Louise Cord renseigne que ces dernières sont parfois ‘’incapables de décaisser les sommes demandées’’. Pour cela, Fatou Fall Samba demande au ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, de vérifier les capacités des banques où elles logent ces fonds. D’après Mme Samba qui cite l’exemple d’une banque commerciale de la place, elle n’a même pas la capacité de faire des paiements de plus de 500 millions d’un seul coup. ‘’Elle est une filiale et elle doit demander l’autorisation de sa banque mère en Côte d’Ivoire qui, elle, a une banque mère au Maroc. Pour un paiement qui dépasse 500 millions, nous devons attendre plus de 3 semaines avant que ça se fasse’’, déplore-t-elle. La situation est pire quand il s’agit de délivrer des lettres de créances, raconte-t-elle. Si le montant dépasse 4 milliards de F CFA, ajoute-t-elle, la banque a des difficultés pour les établir. ‘’Malgré beaucoup d’assistance, elle peut mettre 7 mois à établir des lettres de crédits. Nous demandons de revoir la capacité de certaines banques avant de leur donner des projets de grande envergure’’, invite Mme Samba.

Pire, renchérit Fatou Fall Samba, certaines banques refusent même de répondre aux demandes des auditeurs qui veulent des confirmations de solde. Cela, fait-elle savoir, a comme impact des réserves sur les audits. ‘’Ce ne sont pas des fonds de la Banque mais plutôt ceux des donateurs. Ils (donateurs) se demandent pourquoi il y a des réserves et pourtant, elles sont dues simplement aux banques qui refusent de répondre’’, explique-t-elle. Sur cette question, la Banque mondiale recommande au gouvernement de ‘’fermer les comptes dans les banques qui ne répondent pas aux demandes des auditeurs pour la simple raison que cela risque d’avoir un impact sur les dons que reçoit le pays’’.

Harmonisation des rémunérations

Par ailleurs, l’autre problématique soulevée par Fatou Fall Samba dans l’exécution des projets financés par la BM est ‘’l’instabilité du personnel’’. Ce personnel bouge de projet en projet pour profiter des augmentations de salaires. Pour mettre fin à cette pratique, la BM a demandé au Mefp de ‘’mettre en place une grille pour enlever cette surenchère salariale’’. Depuis 2015, il y a eu une circulaire prise par le Mefp pour fixer une grille salariale, informe-t-elle. Toutefois, elle note qu’il y a un ‘’succès partiel’’ car seulement 37% des projets appliquent actuellement cette grille. Aujourd’hui, une autre grille est en cours de validation. Une fois que cette grille sera mise en œuvre, la progression du personnel des projets financés par la BM dépendra de la performance personnelle et aussi de celle globale du projet. ‘’Il faut que le projet soit compétitif, performant afin qu’on puisse accepter une augmentation des membres de ce projet. Cela peut aider à améliorer les décaissements’’, estime-t-elle. 

ALIOU NGAMBY NDIAYE

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