Publié le 5 Dec 2022 - 21:18
RSE DEFAILLANTE A KÉDOUGOU

L’or ne brille pas pour les populations

 

La région de Kédougou a un riche potentiel économique. La production en or a été de 101 t, en 2021. Cette richesse du sous-sol en minerais contraste avec la précarité des populations et leurs conditions déplorables de vie.

 

Ce samedi, le carrefour des idées du groupe Alkuma a organisé une deuxième conférence à Kédougou. À cette occasion, les  acteurs du secteur minier, les élus locaux et les populations se sont retrouvés autour d’une table pour débattre sur la thématique ‘’Mines et responsabilité sociétale d’entreprise (RSE) : quels défis et opportunités pour les  collectivités territoriales - Le cas de la région de Kédougou ?’’.

Le maire de la commune de Kédougou, par ailleurs Directeur général de la société nationale de transport Dakar Dem Dikk et parrain de la cérémonie, Ousmane Sylla, a salué le choix du thème, eu égard aux tensions actuelles entre acteurs miniers et populations locales qui aboutissent à des manifestations et autres mouvements d'humeur.

Selon l’édile, il est anormal que, malgré tout le potentiel dont regorge Kédougou, celle-ci soit la deuxième région la plus pauvre du pays.

En effet, on y enregistre un taux de chômage de 26,3 %, contre 15 % au niveau national.  C’est pourquoi, au nom des populations de la région, il souhaite que ‘’les sociétés d’exploitation aient une vision minière, avec comme ambition d’arriver à une exploitation à retombée équitable et optimale, en vue d’une large croissance durable et d’un développement socioéconomique pour les populations des trois départements de la région de Kédougou’’, dit-il.

 Dans la même veine, le DG de DDD souhaite qu’’’une impulsion politique soit donnée à la RSE jusqu’ici largement laissée aux seules mains des entreprises’’. Car, souligne Ousmane Sylla, les collectivités territoriales ne sentent pas l’impact des réalisations des entreprises dans le cadre de la RSE.

Dès lors, il appelle ces dernières à mieux communiquer dans ce sens et au-delà à impacter réellement les populations.

Le premier magistrat  de la commune de Kédougou n’a pas manqué d’inviter les sociétés minières à penser à l’après-mine. Sachant qu’une mine à une durée de vie, il demande aux entreprises d’être dans l’anticipation, en formant les jeunes, en travaillant à la reconversion des miniers, mais aussi en mettant en place des mécanismes qui permettent aux entreprises de se réorienter et de se développer.

Le représentant du président du Conseil départemental de Kédougou, Amadou Séga Kéita, est lui revenu sur une disposition de la Constitution qui stipule de façon expresse que ‘’les ressources naturelles appartiennent aux peuples’’. C’est pourquoi il réclame le droit des populations locales dans l’exploitation minière. Pour lui, cette réflexion sur la RSE doit tourner principalement autour des stratégies et des politiques à définir et à mettre en œuvre pour que les populations (Kédougou et du Sénégal) profitent comme il se doit des retombées des ressources naturelles.

À en croire toujours Kéita, l’exploitation minière ne doit pas seulement se limiter aux règles écrites, elle doit prendre en compte les règles non écrites, les coutumes et usages des localités différentes. ‘’Par conséquent, j’interpelle ici et maintenant les sociétés minières du Sénégal par rapport à la sauvegarde de nos patrimoines culturels qui sont en train d’être détruits’’, ajoute-t-il.

De 4 t en 2019 à 16 t en 2021

Lors de cette rencontre, le conférencier, Ousmane Cissé, Directeur général de la Société des mines du Sénégal, a relevé qu’au cours des dix dernières années, la production industrielle d’or est passée de 4 t en 2019 à 16 t en 2021, soit 390 milliards F CFA en valeur. Depuis l’entrée en production des gisements d’or de Sabodala en 2009, la production cumulée est de 101 t d’or en 2021. 

Lors de cette conférence, plusieurs questions ont été soulevées, à savoir l’absence d’infrastructures de base, d’écoles, de structures sanitaires, le problème de l’accès à l’eau, l’électricité et surtout l’épineuse question de l’emploi des jeunes. Entre les sociétés minières et les jeunes de Kédougou, les rapports sont tendus à cause de la lancinante question de l’emploi. Les jeunes veulent être formés et recrutés dans les entreprises minières. Ils veulent que la population locale, qui est plus impactée par les méfaits de l’exploitation, bénéficie d’emplois.

En effet, au moins 10 jeunes ont perdu la vie entre 2011 et 2019, à cause de la poussière sur la route de l’or, axe Bembou - Sabodala. Cette situation a favorisé d’ailleurs la manifestation des jeunes des villages de Khossanto, le 14 novembre 2020, pour exiger son bitumage. Au mois d’octobre 2021, les jeunes du village de Mako, dans la commune de Tomboronkoto, ont manifesté pour exiger leur recrutement par la société minière Petowal Mining Company (PMC). À l’issue de cette violente manifestation, des jeunes ont été arrêtés et mis en prison.

D’ailleurs, la conférence a été l’occasion pour l’initiateur, le président-directeur général du groupe Alkuma, Maké Dagnokho, de demander au chef de l’Etat d’œuvrer pour la libération de ces jeunes.

Les sociétés minières présentes  à la rencontre ont pris la parole pour lister leurs réalisations, à travers la RSE. Ainsi, dans le cadre d’assurer une traçabilité des paiements sociaux et de renforcer le contrôle des engagements pris par les sociétés, des recommandations ont été soulevées. Il s’agit, dans un premier temps, de mettre en place une structure ayant pour attribution le suivi des engagements des sociétés minières en matière de RSE. La seconde recommandation consiste à mettre en place des mécanismes en vue d’assurer la traçabilité des paiements sociaux dans l’objectif de maximiser leurs impacts sur les populations locales.

BOUBACAR AGNA CAMARA (TAMBACOUNDA)

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