Tambacounda, Matam, Kédougou et Saint-Louis en première ligne

La situation alimentaire s'est nettement dégradée au Sénégal en 2024. Si près de huit personnes sur dix restent en phase minimale, plus de 892 000 Sénégalais sont en situation de crise ou pire. Les régions de Tambacounda, Matam, Kédougou et Saint-Louis figurent parmi les plus touchées, selon le dernier rapport de l'ANSD.
La sécurité alimentaire s'est dégradée au Sénégal en 2024. Si la majorité de la population parvient encore à couvrir ses besoins essentiels, plusieurs régions font face à une aggravation préoccupante des situations de stress et de crise alimentaire. C'est ce que révèle le rapport sur la situation économique et sociale nationale (SESN) publié par l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD).
Selon les résultats du Cadre harmonisé (CH) de novembre 2024, 77,9 % de la population se trouvait en phase minimale durant la période courante (octobre-novembre-décembre). Autrement dit, près de huit Sénégalais sur dix ont pu satisfaire leurs besoins alimentaires et non alimentaires sans utiliser des stratégies d'adaptation atypiques ou non durables. Dans 30 des 46 départements analysés, les ménages ont affiché une consommation alimentaire jugée satisfaisante.
Mais derrière ces chiffres globaux se cachent des fragilités importantes. Au total, 892 311 personnes, soit 4,7 % de la population, étaient en phase de crise ou pire et avaient nécessité une assistance alimentaire immédiate pour préserver leurs moyens d'existence. Par ailleurs, 3 330 471 personnes (17,5 %) réussissaient sous pression alimentaire : leur consommation restait minimale, mais au prix de sacrifices sur les dépenses non alimentaires et de stratégies d'adaptation disent « de stress ».
Ainsi, à l'échelle territoriale, Tambacounda apparaît comme la région la plus affectée. Deux départements, Goudiry et Bakel, sont classés en phase de crise, tandis que Tambacounda et Koumpentoum sont en situation de sous pression. Suivent les régions de Matam et de Kédougou, chacune enregistrant un département en crise et les autres sous pression. Saint-Louis est également concernée, avec le département de Podor en crise. Toutefois, les autres départements de la région restent en phase minimale, contrairement à la situation respectée dans l'Est du pays. Dans les zones en crise, les difficultés se traduisent notamment par une faible diversité alimentaire et un recours accumulé à des stratégies d'adaptation négatives.
Une nette dégradation par rapport à 2023
Comparée à 2023, la situation est considérablement dégradée. Le nombre de personnes en phase de crise ou d'urgence est passé de 314 055 à 892 311 en un an, soit près du triple. Le nombre de personnes en phase de stress a également progressé de 18,7 %. Quant aux départements classés en crise ou pire, ils sont passés de 9 à 18 entre 2023 et 2024. Les projections pour la période juin-juillet-août 2024 ne sont guère rassurantes. La proportion de personnes en phase de crise ou pire pourrait atteindre 7 %, soit 1 334 132 personnes. Les départements de Podor, Matam, Kanel, Bakel, Goudiry, Tambacounda, Salémata, Saraya et Malem Hodar sont identifiés comme les plus exposés. Le rapport met également en lumière les disparités dans le secteur de la santé. Le nombre de médecins est passé de 1 707 en 2021 à 2 057 en 2022, soit une hausse de 20,5 %.
Cependant, la répartition demeure déséquilibrée. Dakar concentre à elle seule 42,4 % des ressources humaines en santé, loin devant Thiès (10 %). À l'opposé, Sédhiou et Kédougou ne disposent que de 2,5 % chacun. Au regard des normes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Sénégal reste en deçà des normes pour les sages-femmes et les infirmiers. En 2022, on comptait une sage-femme pour 1 197 femmes en âge de reproduction, et un infirmier pour 2 937 habitants. En matière d'infrastructures, le pays disposait en 2022 de 2 197 cases de santé, 1 584 postes de santé et 114 centres de santé. Les hôpitaux publics (EPS1, EPS2 et EPS3) étaient au nombre de 41. Là encore, Dakar concentre l'essentiel des structures les plus spécialisées. Les ratios de couverture restent en déçà des normes : un poste de santé pour 11 199 habitants, un centre de santé pour 155 603 habitants et un hôpital pour 443 469 habitants.
Concernant la situation des enfants, 10,5 % des moins de 18 ans exercent une activité. Le phénomène est plus marqué en milieu rural (13 %) qu'en milieu urbain (7,8 %). Les garçons sont plus concernés (12,9 %) que les filles (7,9 %), mais ces dernières sont davantage mobilisées dans les tâches domestiques (8,2 %). En milieu rural, 5,1 % des filles sont occupées au foyer contre 3 % en milieu urbain. S'agissant des enfants de moins de cinq ans, 51,7 % sont des garçons et 48,3 % des filles. Plus de la moitié des garçons (52,1 %) vivent avec leurs deux parents, contre 47,9 % des filles. Parmi ceux vivant avec au plus un parent, les garçons sont majoritairement avec le père uniquement, tandis que les filles sont proportionnellement plus nombreuses à ne vivre avec aucun parent.
CHEIKH THIAM







