Publié le 2 Oct 2026 - 16:24
DIOMAYE EN EGYPTE  

La Cedeao en quête d’une voix commune dans le système UA–CER

 

En Egypte, Bassirou Diomaye Faye joue plus que la partition sénégalaise. À la tête de la Cedeao, il doit porter les intérêts de l’Afrique de l’Ouest dans une architecture continentale en pleine recomposition. La réunion de coordination mi-annuelle de l’Union africaine sera aussi un test du poids que la Cedeao peut encore exercer dans l’agenda africain.

 

La visite de Bassirou Diomaye Faye en Égypte et au Nigéria, du 2 au 4 octobre 2026, s’inscrit dans un cadre institutionnel africain. Le chef de l’État sénégalais doit participer, le 4 octobre à El-Alamein (Egypte), à la 8ᵉ Réunion de coordination mi-annuelle de l’Union africaine et des Communautés économiques régionales, en sa qualité de président en exercice de la Cedeao.

La Réunion de coordination mi-annuelle (Mid-Year Coordination Meeting, ou MYCM) n’est pas simplement une réunion intermédiaire de l’Union africaine. Elle répond à une nécessité institutionnelle particulière consistant à organiser la coordination entre l’échelon continental de l’UA et les organisations régionales africaines qui constituent les principaux espaces d’intégration sous-régionale.

Son mandat est notamment d’évaluer l’état de l’intégration continentale, de coordonner les efforts destinés à l’accélérer, d’organiser la division du travail entre l’UA, les communautés économiques régionales, les mécanismes régionaux et les États membres, et d’harmoniser les politiques de l’UA et des CER. Elle doit également examiner la mise en œuvre des décisions et instruments juridiques qui régissent leurs relations. En d’autres mots, la MYCM cherche à répondre à une question fondamentale de savoir : comment faire fonctionner ensemble les différents niveaux de la construction africaine ?

L’expression UA–CER désigne l’articulation entre l’Union africaine et les Communautés économiques régionales. L’UA représente l’échelon continental. Les Cer constituent les principaux espaces d’intégration à l’échelle des différentes régions africaines : Cedeao en Afrique de l’Ouest, CEEAC en Afrique centrale, SADC en Afrique australe, EAC en Afrique de l’Est, Comesa, Igad ou encore Uma. Ces organisations ne sont pas conçues comme des structures concurrentes de l’Union africaine. Elles sont appelées à contribuer à la réalisation de l’intégration continentale.

Le système UA–CER : une architecture à plusieurs niveaux…

Le principe repose sur la complémentarité, la subsidiarité et la division du travail. Les préparatifs de la 8ᵉ réunion ont d’ailleurs porté sur la répartition des responsabilités entre l’UA, les Cer, les mécanismes régionaux et les États membres. L’UA fixe des orientations continentales, tandis que les organisations régionales disposent de cadres et d’instruments permettant de les traduire à leur niveau. Mais cette articulation n’est efficace que si les différents acteurs coordonnent réellement leurs politiques.

La réunion de coordination mi-annuelle poursuit plusieurs objectifs. Elle doit d’abord faire le point sur l’état de l’intégration africaine et identifier les obstacles qui ralentissent sa progression. Elle doit ensuite clarifier les responsabilités des différents acteurs. La troisième fonction est l’harmonisation des politiques, car les initiatives des Cer doivent pouvoir contribuer aux objectifs continentaux, notamment ceux de l’Agenda 2063. Enfin, la MYCM assure un rôle de suivi des décisions et des instruments juridiques encadrant les relations entre l’UA, les Cer et les mécanismes régionaux.

Les travaux de la 8ᵉ édition portent notamment sur l’intégration continentale, la Zlecaf, la prévention des conflits, les infrastructures et les mécanismes de coopération régionale. La rencontre est donc à la fois politique et opérationnelle. Elle vise à faire converger les initiatives régionales vers des objectifs continentaux communs.

La Cedeao constitue l’un des principaux piliers régionaux du continent. Son président en exercice participe donc à une réunion dont la vocation est précisément de faire dialoguer les organisations régionales avec l’Union africaine. Diomaye ne vient ainsi pas présenter la position du Sénégal, il intervient dans le cadre d’une responsabilité communautaire. La présidence de la Cedeao lui confère une mission qui dépasse les intérêts strictement nationaux : contribuer à faire émerger des priorités régionales et à les inscrire dans le dialogue continental.

De la cohésion régionale à l’influence continentale…

Mais cette responsabilité intervient dans un contexte particulièrement délicat. Le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger, devenu effectif le 29 janvier 2025, a profondément modifié l’environnement institutionnel ouest-africain. Les trois États sahéliens ont quitté la Cedeao pour développer leur propre cadre de coopération. De son côté, l’organisation régionale a cherché à préserver certains acquis de l’intégration avec ces pays, notamment en matière de circulation, de résidence, d’établissement et de commerce.

Cette situation a créé une nouvelle configuration régionale. La Cedeao doit désormais préserver sa cohésion interne tout en maintenant des relations fonctionnelles avec des États qui ont choisi de sortir de son cadre institutionnel. Cette réalité pèse nécessairement sur sa capacité de représentation au niveau continental.

Pour peser dans le système UA–Cer, une organisation régionale doit être capable de dégager des priorités partagées et de les défendre dans les enceintes continentales. La Cedeao dispose d’une longue expérience en matière d’intégration économique, de libre circulation, de coopération régionale et de gestion des crises. Mais la rupture avec les trois États sahéliens oblige l’organisation à repenser son environnement et ses méthodes.

La présence de présidents en exercice des différentes organisations régionales permet de mesurer la diversité des expériences africaines. La SADC, la Cedeao, l’EAC, la CEEAC ou encore l’Igad ne connaissent ni les mêmes réalités politiques ni les mêmes niveaux d’intégration. La MYCM constitue à juste titre l’espace où ces expériences peuvent être confrontées.

Pour la Cedeao, l’intérêt est double : faire valoir son expérience et tirer les enseignements des trajectoires des autres régions. Cette dimension devient particulièrement importante dans une période où l’intégration africaine cherche à franchir une nouvelle étape avec la Zlecaf et où la question de la cohérence entre les marchés régionaux et le marché continental demeure centrale.

La sécurité constitue un autre dossier majeur. Les crises sahéliennes ont profondément affecté la Cedeao. Les divergences avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont également montré les difficultés auxquelles peut se heurter une organisation régionale lorsqu’elle doit gérer des orientations politiques divergentes.

L’intégration économique au cœur du dispositif…

Dans ce contexte, la coordination avec l’UA devient essentielle. Les travaux préparatoires de la MYCM intègrent précisément les questions de prévention des conflits et de coordination entre mécanismes régionaux et continentaux. La Cedeao devra donc défendre sa propre approche tout en tenant compte d’un environnement régional dans lequel les mécanismes de coopération ne correspondent plus exactement aux frontières institutionnelles de l’organisation.

L’intégration économique est également au cœur du système UA–Cer : Zleacf, infrastructures, commerce intra-africain, mobilité, interconnexion des marchés et financement du développement. La proximité avec le Alamein Africa Forum, consacré notamment aux investissements, aux infrastructures, à l’industrialisation et au financement du développement, donne d’ailleurs une dimension économique particulière à cette rencontre.

Pour la Cedeai, l’enjeu consiste à faire en sorte que les acquis de l’intégration ouest-africaine puisseot s’inscrire dans la dynamique de la Zlecaf. En d’autres termes, le régional doit servir de socle au continental.

La réunion de coordination mi-annuelle est, au fond, un mécanisme destiné à éviter que l’intégration africaine ne se fasse en ordre dispersé. Elle met en relation l’Union africaine et les organisations régionales autour d’une question centrale : comment transformer les différentes dynamiques régionales en une trajectoire continentale cohérente ?

Pour la Cedeao, cette question prend une dimension particulière après le départ du Burkina Faso, du Mali et du Niger. L’organisation doit préserver son intégration interne, maintenir des relations avec les pays sortis de son cadre et continuer à jouer son rôle dans l’architecture continentale.

C’est dans cette équation que s’inscrit la présence de Diomaye à El-Alamein. Le président sénégalais y arrive avec une grande responsabilité : représenter et contribuer, au nom de la Cedeao, à la définition des priorités africaines.

Khaly SARR

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