Publié le 3 Apr 2020 - 22:53
DISPONIBILITÉ DE RESPIRATEURS ET APPAREILS DE RÉANIMATION

Professeur Mamadou Bèye rassure

 

Dans la lutte contre la pandémie du coronavirus, les respirateurs et les appareils de réanimation sont les véritables freins. Le pays n’en dispose pas beaucoup et les anesthésistes-réanimateurs ne sont pas nombreux. Le directeur du Samu national assure, toutefois, qu’il n’y a pas péril en la demeure et s’en explique. Il a fait, hier, le bilan mensuel de la lutte contre la pandémie.

 

Il y a juste un mois, jour pour jour, que le coronavirus s’est introduit au Sénégal. Depuis, le nombre de cas ne cesse de croître. Hier, sur 127 tests réalisés par l’Institut Pasteur de Dakar, 5 se sont révélés positifs dont 2 cas importés et 3 cas contacts. Dans le même temps, 10 patients hospitalisés ont été déclarés guéris.

À ce jour, annonce le ministre de la Santé et de l’Action sociale Abdoulaye Diouf Sarr, 195 personnes sont déclarées positives au Sénégal dont 55 guéris et 138 sous traitement. Dans la foulée de ces annonces, l’équipe qui s’occupe du plan de riposte pour la prise en charge des malades de la Covid-19 a fait un bilan mensuel de la situation.

Selon le directeur général du Samu national, Professeur Mamadou Diara Bèye, dans cette riposte, toutes les entités impliquées dans la prise en charge se concertent tous les jours afin d’apporter une réponse adéquate à ces patients graves. Il y a eu, dit-il, une très bonne anticipation par rapport aux lits de réanimation. Même si, souligne-t-il, ces lits de réanimation manquent dans le monde entier et constituent le véritable problème en médecine. Car un lit de réanimation complet nécessite énormément de ressources humaines et en équipements. ‘’C’est la crise qui vient démasquer toutes ces insuffisances à la disponibilité de ces lits’’, fait-il savoir.

Toutefois, dans un souci d’anticipation, par rapport à la prise en charge de cette épidémie, d’emblée, 56 lits de réanimation ont été préparés pour répondre à cette riposte. Ces lits sont répartis à Dakar dans différents hôpitaux. Il s’agit de l’hôpital Fann, au service de réanimation, Dalal Jam et le centre de traitement de Diamniadio. En dehors de ces 56 lits, il y en a 40 qui sont en cours de mise à disposition dans d’autres hôpitaux. C’est l’hôpital Aristide Le Dantec, l’hôpital général de Grand-Yoff et l’hôpital de Pikine’’, informe Pr. Bèye.

Pour ce qui est des respirateurs, il rassure que beaucoup d’efforts ont été faits pour leur mise à disposition. Avant de souligner que la défaillance respiratoire dans l’aggravation est la première chose à constater. Ce, même si le coronavirus a un trophisme sur l’appareil respiratoire dans la prise en charge des cas graves. ‘’Tous les malades n’ont pas besoin de respirateurs. C’est une phase de prise en charge qui est assez longue. Dans un premier temps, les malades doivent être oxygénés, surveillés. Il y a des comorbidités qui participent à l’aggravation qu’il faut corriger. Il y a une étape essentielle. Mais nous avons réquisitionné des respirateurs qui n’ont pas été utilisés ou qui étaient en maintenance. Avec la Direction des infrastructures et des équipements, un pack de respirateurs a été mis à la disposition des équipes. Ils seront installés dans les différents sites de prise en charge’’, annonce Pr. Bèye.

Seulement 96 anesthésistes-réanimateurs au Sénégal

Au-delà de l’équipement, il soulève la contrainte des ressources humaines. Avant de souligner que les anesthésistes-réanimateurs ne sont pas très nombreux. Mais, au Sénégal, précise-t-il, ils ont dénombré 96 anesthésistes-réanimateurs répartis dans les structures publiques et privées. À l’en croire, la Société sénégalaise des anesthésistes-réanimateurs et des médecins urgentistes s’est réunie, très récemment. Elle est en train de proposer des procédures. ‘’La particularité de cette maladie est qu’elle est contagieuse. On a d’autres maladies qui sont là. On a encore le fardeau des urgences obstétricales, des urgences cardiovasculaires, les urgences métaboliques. On a énormément d’urgences qui sont encore là. Même d’autres pathologies qui ne sont pas liées à la Covid et dont le traitement doit se faire dans les services de réanimation. Donc, puisque c’est une maladie contagieuse, c’est ce qui rend la problématique un peu difficile’’, fait-il savoir.

Pour lui, il faut d’abord créer un espace où les autres malades pris en charge ne seront pas contaminés. Mais également, mettre les équipements nécessaires pour rendre encore beaucoup plus fonctionnels ces services dédiés dans les régions. ‘’C’est pour cela, à Saint-Louis, il y a des lits dédiés pour la réanimation. A Kaolack, cela a été fait ; à Thiès et à Diourbel, c’est en cours’’, énumère le Pr. Bèye.

En ce qui concerne les deux cas graves qui ont été hospitalisés la semaine dernière, les 26 et 27 mars, dont l’un a rendu l’âme, il souligne qu’ils ont été évacués par les services du Samu national au Centre de traitement de l’hôpital Fann, où une surveillance continue est mise en place dans toutes les salles.

‘’Pape Diouf est mort au cours de la prise en réanimation’’

Même dans l’hospitalisation classique, renseigne l’urgentiste, c’est des malades qui ont un appareil de monitorage, mais qui peuvent être oxygénés dans ces centres. ‘’C’est dans ce cadre que cette aggravation a été notée. Toutes les équipes se sont retrouvées sur place, dans la nuit. C’est d’abord à 4 h du matin. Les équipes de réanimation de l’hôpital Fann sur la chirurgie cardiovasculaire et les équipes du Samu national ont discuté longuement et finalement, ont décidé du transfert en réanimation. C’est au cours de cette prise en charge en réanimation que Pape Diouf a perdu la vie’’, renseigne Pr. Dièye.

S’agissant des demandes d’évacuation, il souligne que ce n’est pas un problème de disponibilité du plateau technique. Parce que, précise-t-il, le service des réanimations où ces patients ont été pris en charge a des normes européennes. ‘’C’est des malades opérés du cœur, de pathologies cardiaques sévères qui sont pris en charge dans cette réanimation. Donc, on ne peut pas parler d’équipements ou de non-disponibilité d’un plateau technique. Ces rapatriements ont été demandés et c’est très courant. Parce qu’en dehors du coronavirus, quasiment des centaines d’évacuations sanitaires sont faites sous demande de la famille. Parce que tout simplement, c’est des malades qui résidaient à l’étranger’’, dit-il.

À son avis, la gravité de la maladie est liée au fait que le virus a un trophisme respiratoire. ‘’Ce sont les voies respiratoires qui sont attaquées le plus souvent et cela détermine une complication qui est assez grave. Cette complication même en dehors de la Covid-19 est une complication connue. Le syndrome de détresse respiratoire aiguë est une pathologie très grave dont la prise en charge se fait en réanimation avec un taux de mortalité qui est un peu élevé. Même dans les pays les plus développés, avec les réanimations les plus équipées, le taux de mortalité avoisine les 30 %. Maintenant, associé à une maladie infectieuse aussi sévère que le coronavirus, c’est ce qui explique ce nombre de décès très élevé’’.

VIVIANE DIATTA

 

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