Publié le 14 Jul 2026 - 20:24
OUSMANE DIAGNE, PDT DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL

Ce qu’il faut retenir du parcours de l’homme

 

Après 40 ans de carrière dans la magistrature, Ousmane Diagne trône désormais à la tête du Conseil constitutionnel, dans un contexte marqué par une guerre constitutionnelle épique entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire.

 

Ousmane Diagne rejoint les Sages. Il a été promu président du Conseil constitutionnel à travers le décret n° 2026-1318 du 13 juillet 2026. Une promotion qui ne laisse presque personne indifférent. Magistrat très respecté, Ousmane Diagne a été le premier ministre de la Justice sous l’ère Diomaye-Sonko. Ceux qui ont suivi son parcours n’ont guère été surpris par une telle promotion, après la chute du régime de Macky Sall. Au plus fort de la crise politique entre 2021 et 2024, Ousmane Diagne faisait partie des magistrats qui s’efforçaient de rester à équidistance des parties en conflit.

À l’époque procureur général près la Cour d’appel de Dakar, il n’avait pas hésité à instruire des plaintes introduites par le président de Pastef, Ousmane Sonko, contre des dignitaires du régime d’alors. Parmi les dossiers dont la presse s’était fait l’écho figuraient celui du procureur Serigne Bassirou Guèye ainsi que des plaintes contre les avocats Me Sarr et Me El Hadji Diouf, tous transmis à la Division des investigations criminelles pour enquête, suscitant l’ire des plus hautes autorités, qui n’avaient pas tardé à sévir. Ousmane Diagne a ainsi été limogé et remplacé par le procureur Ibrahima Bakhoum.

Ce n’était pas la première fois que le magistrat rencontrait ce genre de difficultés avec ses supérieurs hiérarchiques. Sous Wade déjà, il avait fait preuve de la même liberté et de la même indépendance, qui lui avaient valu pas mal d’inimitiés. La chronique avait surtout retenu ses nombreuses bisbilles avec le ministre de l’Intérieur de l’époque, Me Ousmane Ngom, ainsi qu’avec plusieurs ministres de la Justice.

Il lui est arrivé de réagir avec la plus grande fermeté pour protester contre des abus de l’autorité politique. Ce fut notamment le cas dans les affaires Alioune Tine et Thiat de Y’en a Marre, à la veille de la Présidentielle de 2012. Il avait tout bonnement fermé son parquet à l’officier de police judiciaire qui avait arrêté les deux acteurs de la société civile sur ordre du ministre de l’Intérieur, selon les parutions de l’époque.

Ironie de l’histoire, moins d’un an plus tard, le régime de Wade tombe ; il fera à nouveau face à Me Ousmane Ngom, cette fois comme justiciable, arrêté manu militari dans le Sud et déféré devant le procureur de Dakar. Diagne lui dira d’ailleurs, de manière très taquine et jubilatoire : « Estimez-vous heureux que l’on ne vous applique pas vos propres recettes », rapportait Dakaractu. Malgré ces difficultés avec la hiérarchie, il est resté plus de sept ans à la tête du parquet de Dakar sous Abdoulaye Wade.

Sous le régime du président Macky Sall, il sera emporté par l’une des premières grandes affaires, à savoir le dossier Aïda Ndiongue, avec une justice placée sous l’autorité d’une certaine Aminata Touré. Remplacé par Serigne Bassirou Guèye, il a eu droit à une véritable célébration de ses pairs et de ses collaborateurs lors d’un pot de départ offert en son honneur.

« Je n’ai jamais été un procureur du gouvernement »

C’était en mai 2013. Il en avait profité pour solder ses comptes et décliner sa conception du métier de magistrat, qu’il soit du siège ou du parquet. « J’ai effectivement la réputation de dire ce que je pense là où je le pense… Je n’ai jamais été autre chose qu’un procureur de la République, pas un procureur du gouvernement », confiait-il avec beaucoup de fierté, sous les salves d’applaudissements de ses collègues parquetiers.

À cause de son caractère, Ousmane Diagne s’est rarement entendu avec ses supérieurs hiérarchiques. Lui-même le disait et assumait les divergences. « J’ai travaillé avec plusieurs gardes des Sceaux. À l’exception notable du professeur Moustapha Sourang, à qui je rends hommage, j’ai toujours eu de grandes difficultés à certains moments », fulminait-il. Le magistrat expliquait que son objectif avait toujours été de garder la tête haute, de préserver sa dignité et son intégrité en refusant toute pression contraire à ses convictions. Il affirmait n’avoir aucun regret d’avoir toujours dit non lorsque cela s’imposait.

« À chaque fois qu’il m’a été possible de dire non, j’ai dit non de la façon la plus ferme, la plus irrévocable, et Dieu m’est témoin que je n’ai aucun regret. L’indépendance, elle s’assume et elle se paie… » Au moment de quitter cette fonction qu’il disait avoir tant aimée, il déclarait : « Je n’ai absolument aucun regret. Si j’avais à refaire ce que j’ai fait pour partir, je le referais mille fois », s’enorgueillissait-il. Parlant du « devoir de déplaire », il reconnaissait fièrement : « Moi, j’en ai usé, j’en ai même abusé et j’en suis fier. »

Un ministre respectueux de la séparation des pouvoirs

Devenu ministre de la Justice dans le premier gouvernement de Sonko, beaucoup s’attendaient à ce qu’il mette un peu d’eau dans son vin. Mais Ousmane Diagne est resté égal à lui-même. Face aux députés du pouvoir, qui ne rataient jamais une occasion de faire pression sur lui, il ne cessait de leur rappeler l’indépendance des magistrats. « En toute objectivité, je ne comprends pas du tout ces observations, pour ne pas dire ces critiques.

C’est comme si, finalement, ce qui semble intéresser les gens, c’est moins la bonne marche de la justice que l’arrestation et la poursuite de certaines personnes qui ont été citées. Si on veut une bonne administration de la justice, il faut respecter les règles et les procédures. Ce qui nous intéresse, c’est que tout se passe dans les règles de l’art », a-t-il martelé.

Le procureur Diagne ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Fermement, il disait à ses détracteurs : « Je n’ai jamais accepté que l’on fasse pression sur moi, surtout dans un sens déterminé. Qu’on ne compte pas sur moi pour exercer la moindre pression sur les magistrats.

Je sais qu’ils font un excellent travail. » Le ministre se disait, malgré les critiques récurrentes de son Premier ministre, extrêmement satisfait de la manière dont la justice était rendue. « Il n’est plus dit qu’un opposant ou quelqu’un en délicatesse avec le pouvoir, s’il a des problèmes, sera fatalement condamné. Il est arrivé qu’il y ait des décisions de relaxe, des décisions de classement sans suite que nous assumons en toute responsabilité », réagissait-il sèchement.

Par Mor Amar

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