Publié le 2 Sep 2013 - 14:15
PORTRAIT

 ''Mimi'', dame de fer devenue PM

 

 

C'était dans l'air du temps, Aminata Touré dite ''Mimi'' remplace Abdoul Mbaye à la tête du gouvernement. Personnalité intransigeante, elle est le fruit mûr d'un long parcours, chevillé dans des idées de gauche. EnQuête a essayé d'en savoir plus sur le parcours d'une femme exceptionnelle, à travers ce portrait retouché...

Aminata Touré est la deuxième dame à la tête du gouvernement sénégalais, après Mame Madior Boye, sous le magistère de Wade. Cette forte personnalité s’est vite révélée être une vraie dame de fer, face aux dossiers brûlants du département de la Justice. Désormais, elle va mener la barque gouvernementale.

De son enfance, le nouveau Premier ministre Aminata Touré, 52 ans, noire d'ébène, a dévoilé un pan la veille du Conseil des ministres délocalisé à Tambacounda, lors du baptême à son nom de la salle de classe où elle a fait ses premiers pas à l’école Batou Diarra, dans la commune de Tamba. «Quelle que soit l’origine sociale, quelles que soient les difficultés qu’on a rencontrées dans la vie, en venant au monde, par l’école, on peut arriver où l’on veut arriver avec la grâce de Dieu». Mais en vérité, la jeune Aminata Touré n'est pas issue d'une famille... goorgoorlu. Son père, Madiyou Touré, très lié à la gauche communiste, a occupé de hautes fonctions sous l'administration de Senghor, au niveau du ministère de la Santé. Sa mère fut sage-femme. L'expérience tambacoundoise d'Aminata Touré serait en fait la conséquence de la mobilité professionnelle de son père, très proche du Parti africain de l'indépendance (PAI). Une mobilité qui la conduira jusqu'en France, alors que son père travaillait à l'Organisation mondiale de la Santé. Conséquence, «Mimi» y fera une partie de ses études primaires et supérieures.

Brillante depuis le bas âge, dit-on, la jeune fille, très physique, est lauréate du Concours général en Économie, classe de Terminale. La même année, en 1981, elle décroche son baccalauréat série D, avant de poursuivre ses études en France. Plus tard, elle obtiendra une Maîtrise d'économie à Dijon, un DESS de gestion des entreprises à Aix-en-Provence et un PhD en Management financier international de l'École internationale de management de Paris. Mais c'est à New York qu'elle décroche son doctorat en Économie internationale, à l'International School of management.

Première femme directrice de campagne en 1993

Rentrée au Sénégal, elle devient militante de la Ligue communiste des travailleurs (LCT), devenue plus tard le Mouvement pour le socialisme et l’unité (MSU). Et c’est elle qui dirigera en 1993 la campagne électorale du candidat à la présidentielle Landing Savané, devenant ainsi la première directrice de campagne femme dans l’histoire politique du Sénégal. Dans ce domaine précis de la politique, une seule conviction chez elle, mais une conviction chevillée au corps : «La politique ne doit pas être une spécialité. Elle ne doit pas être un métier, mais une volonté de changer les choses», ne cesse-t-elle de ressasser. C'est son côté révolutionnaire qu'elle garde encore.

Ancienne cadre de la défunte Société de transport public Sotrac, elle a travaillé à l’Association pour le bien-être familial (Asbef), dernière expérience qui ajoute une dose de féminisme à une carrière et un cursus jugés remarquables à bien des égards. Aminata Touré a ainsi contribué, grandement, à la promotion de la planification familiale et à la santé de la reproduction. Une expertise qui lui a ouvert une carrière de fonctionnaire des Nations-Unies. «Mimi» a ainsi dirigé le département Droits humains du Fonds des Nations-Unies pour la population (FNUAP), basé à New York. Aminata Touré vivait au New Jersey avec sa famille (mari et enfants), avant d’intégrer l’équipe de Macky Sall, contribuant de manière notable à la confection du programme «Yoonu Yokkute» (le chemin du changement).

Pas accroc aux choses qui brillent...

Mais cette fenêtre d'histoire qu'elle s'est aménagée apparaît comme une virgule dans son cursus ; Aminata Touré étant plutôt structurée de...gauche. Elle n'aime pas l'argent. Un de ses ex-époux confie, en privé, que ''quel que soit ce qu'on peut lui reprocher, elle partage tout. L'argent n'est pas son problème''. Une sensibilité propre aux gens de la gauche qui a sans doute fait que les deux maris qu'elle a eu dans la vie n'étaient pas du tout pleins aux as lorsqu'elle les épousait. L'ancien ministre Omar Sarr avec qui elle a eu une fille, puis le journaliste Momar Wade, un ancien de Sud-Communication (deux enfants) étaient des goorgoorlu, au moment elle choisissait de se lier à eux.

Le point faible d'Aminata Touré, c'est qu'à force d'être dans la contre-culture, elle a perdu le pied. ''Elle reste comme une funambule dans une société qu'elle n'aime pas trop et qu'elle veut changer. C'est assez prétentieux de sa part, mais c'est cela...'', confie un de ses proches. Aminata Touré, c’est aussi une sportive accomplie, qui a même joué au football, avec l’équipe féminine de son quartier de Grand Yoff. Et cela fait peut-être son côté garçon manqué, son port vestimentaire sans coquetterie excessive, presque désinvolte, loin de la mise des «driankés» sénégalaises. La voix est forte, assurée, le verbe haut. Aucune trace d’émotion ne filtre de son discours. Elle sait arborer le masque de la froideur.

Traque des biens mal acquis

Dans le dossier de la traque des biens mal acquis, Aminata Touré n’entend pas reculer. ''Aucun marabout ne peut me faire reculer'', aurait-elle déclaré, selon des sources du journal Direct Info. Des propos qui témoignent du degré d’engagement de la dame de fer Lorsqu'on lui parle de son ancien époux, l'ex-ministre Omar Sarr, poursuivi dans le cadre de la traque des biens mal acquis, elle répond en privé : ''Que voulez-vous que je fasse. Je ne ferai rien''.

 

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