Publié le 9 Dec 2015 - 14:01
SOUTIEN DES DEPUTES AU MINISTRE DE L’EDUCATION NATIONALE

Les élèves-maîtres dénoncent une violation du principe de la séparation des pouvoirs 

 

Les élèves-maitres exclus du système éducatif dénoncent l’attitude des députés qui ont demandé au ministre Serigne Mbaye Thiam de ne pas revenir sur sa décision. Ils réaffirment leur innocence et dénoncent l’immixtion du pouvoir législatif dans les affaires judiciaires.

 

Les élèves-maîtres exclus du système éducatif ont très peu goûté à la dernière sortie des députés qui ont pris fait et cause pour le ministre de l’Education. Hier, en conférence de presse au siège du syndicat Saems/Cusems, ils ont réaffirmé leur détermination à rentrer dans leur droit et dit leur indignation contre l’attitude des députés, lors du vote du budget du ministère de l’Education nationale. Accompagnés de leur avocat, Me Aliou Sow, ils ont estimé qu’il y a une violation flagrante du droit et de la séparation des pouvoirs. « Les députés soutiennent aujourd’hui un hors-la-loi qui a refusé d’appliquer la décision de la Cour suprême. Si les représentants du peuple, qui votent les lois, demandent à ce qu’on les viole, c’est extrêmement grave », a fulminé le coordonnateur du Grand cadre, Mamadou Lamine Dianté venu soutenir les exclus du système éducatif. Le syndicaliste d’ajouter : « Comment peut-on faire plus de 100 fautes dans un texte de 374 mots ? Je défie quiconque de le prouver. »

Empruntant le même chemin, le porte-parole des élèves-maîtres, Mamadou Dia, a chargé les députés. Selon lui, cette histoire de fraude a été fabriquée de toute pièce. « Le ministre nous accuse d’avoir fait plus de 150 fautes dans une épreuve de dictée. Alors qu’en 2013, il n’y avait pas de dictée. Comment dans un pays où la séparation des pouvoirs est consacrée par la Constitution, des membres du pouvoir législatif peuvent s’attaquer à une décision de la Cour suprême ? » s’est-il interrogé. Me Aliou Sow a affirmé pour sa part que ses clients n’ont jamais fraudé. C’est pour cette raison, selon lui, que la Cour suprême a décidé d’annuler la décision du ministre de l’Education nationale Serigne Mbaye Thiam. Pour le jeune avocat, si le ministre était conséquent avec lui-même, il aurait démissionné de son poste. « Ils ont utilisé tous les arguments possibles avec l’agent judiciaire de l’Etat et ses experts, mais malgré tout, la Cour nous a donné raison. Cela prouve qu’ils n’ont jamais fraudé.

Ceux qui ont fraudé se trouvent dans le ministère et Serigne Mbaye Thiam est le premier responsable. Il a choisi des gens pour superviser le concours. Mais, en constatant qu’il y a eu des fraudes, la conséquence devait être sa démission », a expliqué Me Sow. Il informe que, selon la loi, quand il y a fraude dans un concours, on doit annuler tout et non une partie. A en croire le juriste, aujourd’hui, c’est l’Etat de droit qui est menacé au Sénégal. « Un Etat de droit est celui qui se soumet aux décisions de justice. » Il estime que le ministre de l’Education doit être dessaisi du dossier pour une bonne suite. « Les élèves-maîtres doivent être rétablis dans leur droit et indemnisés au moins à hauteur de 100 milliards de francs CFA », conclut l’avocat.

Le syndicaliste Mamadou Lamine Dianté soutient qu’il y a eu deux poids deux mesures dans cette affaire. Il estime qu’on a sacrifié des jeunes innocents, en laissant les véritables coupables vaquer à leurs occupations sans être inquiétés. « S’il y a des acheteurs de conscience, il y a des vendeurs de conscience qui se trouvent au ministère de l’Education. Son Chef de cabinet était impliqué dans la fraude. Il le relève et il l’amène à Kaolack pour devenir intendant au lycée Valdiodio Ndiaye. Il gère un gros budget là-bas », a-t-il révélé. A ses yeux, cela justifie le manque de cohérence de leur ministre de tutelle. 

ABDOURAHIM BARRY (STAGIAIRE)

 

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