Publié le 15 Mar 2016 - 20:13
TRANSVERSALE

Que foot-on à Diambars ?

 

Le football est un art singulier, insaisissable qui tire son charme légendaire dans sa capacité insondable à se soustraire aux lois de la science exacte. Et sa lubie actuelle à noyer les Diambars de Saly dans les profondeurs du classement de la Ligue 1 sénégalaise s’offre comme une énième ode à sa glorieuse incertitude. Avec, en sous-texte, un brûlant message d’humilité pour quelques “penseurs de bazar” ou “marchands de sable” qui avaient foi au centre de formation de Saly comme d’un vivier intarissable qui devait irriguer par son flot de talents une Equipe nationale du Sénégal enfin triomphante.

C’est touchant de regarder les Diambars lambiner par ce sale temps, comme étreints par un cruel mélange d'indécision, d’angoisse et de vertige propre à des gamins footballistiquement égarés qui, à peine entrés sur le terrain, promènent le sentiment croissant d’avoir trahi les serments d’avant. Ceux des grandes promesses, quand les “Académiciens” étaient louangés comme les nouveaux élus du jeu.

Il était loin l’époque où Diambars se vouait à jouer au plaisancier sur une autre planète footballistique, dans une dimension cosmique tournant toujours autour du même astre : le beau jeu, collectif et emballant. Une autre époque. Qu’il semble loin le temps où la chronique médiatique survendait la patte gauche et la science du jeu du récupérateur-régisseur Salim Ndao dont la vitesse et la vivacité de scaphandrier semblent rédhibitoires pour espérer, un jour, prospérer au plus haut niveau. Qu’ils semblent desséchés les lauriers tressés aux virevoltants Arfang Daffé et Souleymane Cissé, dont les arabesques portées par leur physique rachitique ont  fini par buter inexorablement sur la rudesse et l’âpreté des combats présents.  Avant, un succès de Diambars était un plaisir, aujourd’hui, c’est juste un soulagement. Cruel présent qui questionne (ou)vertement les vertus compétitives du footballeur ‘’siglé Diambars’’ longtemps vanté par son Président.

Saer Seck a un ‘’truc’’ à lui, un je-ne-sais-quoi qui s’apparente à du génie : il ne lui faut que quelques battements de cils pour installer une sorte de concorde entre ce qu’il consent à dire et l’écho de ses propos auprès de ses interlocuteurs, comme si ces derniers prenaient subitement conscience que ce qu’ils considéraient comme un problème (ou une bonne question) n’en était pas un à l’échelle où l’homme-lige de Diambars se place. Mais la magie de cet insubmersible charmeur a comme connu le coup de la panne. Sa fabrique de talents, avec. L’observer chiner ici ou là quelques ‘’pièces rapportées’’ pour tenter de rafistoler une compétence d’équipe à ‘’ses’’ Diambars désincarnés se révèle presque comme un aveu d’impuissance. Et l’heure semble promise aux questionnements existentiels d’une œuvre ambitieuse qui a mal en ses perspectives.

A force de promener l’encensoir dans les coursives de l’écrin de Saly, les Diambars ont fini par s’étouffer de trop de certitudes posées sur un frêle esquif, à la merci du moindre vent contraire. Car le ballon se laisse rarement dompter par la vanité ou la suffisance. Où est la gloire quand son enfant-prodigue est de la généalogie des ‘’bourrins’’. Qu’est Idrissa Gana Guèye sinon un coureur à pied ? Un obscur ‘’mouilleur de maillot’’, un besogneux qui goûte faire le molosse, à passer ses après-midi anglais à happer les mollets des artistes d’en face quand l’époque voudrait que son poste soit le centre de modulation de la régie de jeu.  Où est la gloire quand, après dix ans d’existence, la couveuse de talents semble incapable de laisser éclore un talent offensif au plus haut niveau (1) ?

Dans sa quête vitale de second souffle, Diambars devrait ouvrir ses arcanes à une introspection salutaire afin de ne pas s’embourber dans une sorte d’usure technique et mentale, s’interroger en famille sur sa mystique de formation et la compétence de ses cadres techniques. Le savoir-devenir de l’Institut passe par sa capacité à se poser les bonnes questions : Comment optimiser sa qualité de détection de talents ? Faut-il repenser la formation technique ? Doit-on rehausser et/ou renouveler la compétence des formateurs ? Quelles améliorations apporter à l’entraînement visible (athlétisation) et invisible (nutrition et soins au sens large) ? Comment inculquer un mental de compétiteur ? Etc.

Il est d’une rare évidence que le football d’exportation de talents n’est jamais un football gagnant (dans la durée, s’entend), mais le matin où Diambars serait d’accord avec une époque qui réclame un footballeur-athlète, quelques-unes de ses pépites sublimeront les écrins des plus grands clubs du monde.

Plus de dix ans après son érection, Diambars se résume philosophiquement en une sorte de promesse permanente. On se dit toujours que ça va le faire, que ça va arriver, mais jusque-là ses suiveurs, à défaut d’être paumés, ont les mains délestées des folles espérances de l’aube.

 

ABDALLAH DIAL NDIAYE

1.              Les joueurs formés à l’Institut Diambars et qui prospèrent dans les cinq grands championnats européens (Angleterre, Espagne, Allemagne, Italie, France) sont soit défenseurs soit milieux récupérateurs.

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