Publié le 28 Aug 2014 - 00:29
PROCES DE KARIM WADE

Les exceptions de nullité pour retarder l’échéance

 

Les nombreuses exceptions de nullité sur lesquelles s’agrippent les avocats de Karim Wade ont donné une certaine tournure au procès de l’ancien ministre d’Etat. Mais il faudra bien qu’ils en finissent un jour pour affronter un fond de dossier que certains imaginent sulfureux à bien des égards.

 

Le procès de Karim Wade était parti pour être alléchant et sensationnel. Mais la tournure que prennent les événements a fini par lasser une partie de l’opinion du fait de la longue bataille de procédures engagée par les avocats de la défense depuis l’ouverture du procès. Jugeant la Cour de répression contre l’enrichissement illicite (CREI) ‘’incompétente’’ pour juger leur client – avec son statut d’ancien ministre, il ne pourrait comparaître que devant la Haute cour de justice -, les avocats du fils de l’ancien président de la République ont, sans relâche, usé et abusé des exceptions de nullité. Une démarche que certains assimilent à du ‘’dilatoire’’ pour éviter d’aborder le fond d’un dossier que certains imaginent sulfureux. Que cherchent les avocats de Karim Wade ? Y a-t-il des relents politiques inavouables dans cette affaire ?

« Eviter le débat de fond »

Me Bamba Cissé, avocat à la Cour, se veut prudent. ‘’En droit, il n’y a pas de moyens politiques ; il n’y a que des moyens judiciaires’’, dit-il, catégorique après avoir été joint par EnQuête. Me Baba Diop en convient certes avec son confrère, mais il est d’avis lui qu’il y a des velléités politiques dans la démarche des avocats de la défense. ‘’En soulevant des exceptions de nullité, les avocats de la défense, cherchent peut-être à gagner du temps. Et puisqu’on parle de retrouvailles de la famille libérale, tout peut changer entre temps’’, dit l’avocat. Toutefois, la robe noire ne voit pas de pertinence dans cette stratégie, car au moment où la défense s’appesantit sur les exceptions de nullités, ‘’leur client croupit en prison’’.

Un point de vue partagé par Me Ndèye Fatou Touré, persuadée pour sa part  que les avocats de Karim Wade cherchent uniquement à ‘’éviter le débat de fond’’ afin de ‘’mettre la pression sur le maître des poursuites’’. ‘’C’est excessif’’, fulmine l’ancienne députée du Mouvement Tekki, même si elle reconnaît à ses confrères le droit de recourir aux exceptions de nullité, ‘’chemin par lequel on passe pour arriver devant une juridiction de jugement’’. Mais dans tous les cas, elle invite la défense à en venir à l’essentiel. ‘’C’est le fond (du dossier) qui intéresse les Sénégalais.’’

« La faute à la CREI »

Du côté de la défense, on se défend contre le procès qui leur est fait. Me Abdou Dialy Kane, conseil de Pierre Agboba, ex Pca de l’Aviation Handing services (AHS), coïnculpé de Karim Wade, justifie leur démarche par le fait qu’aucune possibilité ne leur a été offerte pour faire des recours  durant la phase d’instruction. ‘’Nous ne pouvions rien faire avant. C’est une fois que le procès est ouvert que maintenant nous pouvons soulever des exceptions de nullités devant la CREI’’, justifie l’avocat. ’’Nous ne faisons pas du dilatoire’’, assure-t-il. Mais Me Ndèye Fatou Touré ne semble pas convaincue par un tel argument au regard des déclarations qu’elle dit avoir entendues venant de la défense. ‘’J’ai été surprise d’entendre un avocat de la défense (elle ne cite pas de nom) dire un jour que si on va dans le fond du dossier, on n’y trouvera pas plus de 5 milliards’’, raconte-t-elle. ‘’Même si Karim Wade n’a pris qu’un  franc, c’est l’argent des Sénégalais, a fortiori 5 milliards’’. Avec 5 milliards, dit-elle, on peut construire une maternité, financer des projets pour femmes, construire des pistes de production, des forages, etc.

Karim Wade, un avenir politique en suspens

S’il est hasardeux de pronostiquer sur l’issue de ce procès, l’avenir politique de Karim Wade reste, évidemment, suspendu à la sentence que la Cour devrait prononcer à son encontre. Si l’ancien ministre d’Etat est reconnu coupable puis  condamné à une peine d’emprisonnement ferme, il verrait sa (brève) carrière politique prendre presque fin. Car, selon Me Baba Diop, Karim Wade serait fatalement privé de ses droits civiques et politiques. Autrement dit, il ne pourra pas être éligible à une élection présidentielle encore moins être conseiller municipal pour une durée qui varie selon la peine.

‘’S’il est condamné par exemple à 5 ans de prison ferme, explique l’avocat, la réhabilitation est de 10 ans.‘’ Me Abdou Dialy Kane confirme. Pour lui, ‘’Karim étant un homme politique’’, par conséquent sa condamnation éventuelle ’’aura forcément des conséquences politiques’’. Toutefois, la justice offre à un condamné la possibilité de se rattraper. « S’il a purgé sa peine, il peut à sa sortie de prison demander une réhabilitation judiciaire pour retrouver ses droits civiques. Le cas échéant, il appartiendra au juge d’apprécier‘’, dit Me Baba Diop.

DAOUDA GBAYA

 

 

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