Publié le 10 Nov 2015 - 17:09
TERRORISME

Les défis d’une sécurité mondialisée

 

La deuxième conférence internationale de Dakar sur la Paix et la sécurité en Afrique s’est ouverte hier pour deux jours. Près de mille participants prennent part à cette rencontre qui veut ébaucher les pistes de solutions nouvelles aux évolutions des risques et menaces sécuritaires.

 

La prégnance de la menace terroriste est telle qu’aucune région du monde n’est à l’abri. ‘‘Si un pays se sent à l’abri, on l’invite à se demander pour combien de temps’’, a lancé le Premier ministre togolais. L’Afrique est l’un des principaux théâtres où se sanctuarise le phénomène. Nigeria, Somalie, Kenya, Egypte, Libye, R.D Congo, Soudan, Soudan du Sud, Algérie, Mali font partie du top 25 du dernier classement 2013 de l’indice mondial de terrorisme.

Le conseiller fédéral à la Sécurité du Nigeria,  le général Babagana  Monguno, dont le pays remporte la palme africaine (4ème mondial), estime que combattre la rébellion Boko Haram ne suffit  pas et qu’il faut ‘‘encourager les gouvernements à travailler main dans la main pour défaire ces organisations criminelles. ‘’Avec une multiplication des alliances, la lutte pouvait être beaucoup plus efficace’’, a-t-il plaidé.

La situation mondiale du terrorisme s’aggrave, selon le rapport de l’Indice mondial du terrorisme (IMT). Près de 10 000 attaques terroristes ont été recensées en 2013, ce qui constitue une augmentation de 44 % par rapport à 2012, sachant qu'elles ont donné lieu (en 2013) à presque 18 000 décès, soit une augmentation de 61% par rapport à l'année précédente. Le caractère polymorphe de la menace terroriste pose un problème dans l’appréhension du phénomène. Le chef d’état-major des armées françaises, Pierre de Villiers, décline deux lignes de force qui sous-tendent l’activité terroriste : ‘‘le caractère transfrontalier et transnational et la mondialisation multiplient les risques pour les jeunes sans espérance, de transmettre des messages de haine accessibles par tous et partout. Une propagande qui place la violence au cœur de nos sociétés’’, analyse-t-il.

Selon les intervenants, l’évolution des moyens de combat peu coûteux et aisément accessibles comme les attaques-suicides, mines, cyber attaques sont à l’avantage de ces groupes. Leur force principale repose sur ‘‘la mobilité, la réactivité et l’adaptabilité’’, analyse le chef de l’armée française qui parle d’une stratégie délibérée de la violence. Avec la maîtrise des outils technologiques, le mal apparaît comme une hydre. A ce titre, l’élimination de la figure de proue d’Al-Qaïda ne rend pas la lutte moins facile, de l’avis d’Elissa Slotkin, du ministère de la Défense américaine. ‘‘Nous avons le sentiment que depuis la mort de Ben Laden, les choses ont évolué, mais nous faisons face à des ennemis tout aussi déterminés’’, prévient-elle.

 ‘‘Ils ont un message attractif pour les jeunes, et il n’y a pas une solution exclusivement militaire. Nous devons avoir un travail politique, économique et culturel’’, plaide-t-elle.

Les solutions varient d’une zone à une autre, selon les spécificités des régions du monde. Si l’aspect sécuritaire prédomine dans la recherche des solutions, les intervenants invitent les autorités à combattre la cause et non l’effet, c’est-à-dire la pauvreté et ses corollaires. ‘‘Si vous ne vous occupez pas des jeunes, d’autres vont venir les occuper avec un discours jihadiste qui donnera un sens à leur exclusion sociale’’, avertit le ministre malien de la Défense, Tieman Hubert Coulibaly qui s’inquiète de la finalité de l’extrémisme. ‘‘Le terrorisme a un projet politique destiné à asservir la démocratie, à remplacer le système conventionnel de gouvernance par un système mafieux’’, conclut-il.

OUSMANE LAYE DIOP

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