Publié le 20 Nov 2015 - 16:21
PENSION FAIBLE, DENUEMENT DES RETRAITES

Le ver est dans le système de cotisation

 

Si un retraité vit mal au Sénégal, le système de cotisation actuellement en vigueur y est pour beaucoup. La contribution obligatoire est trop faible et celle dite complémentaire et volontaire presque inexistante. Mais ce n’est pas tout, la fraude des patrons et le laxisme des travailleurs figurent aussi parmi les raisons. La révélation est du directeur des prestations à l’IPRES qui animait une conférence hier à l’UCAD.

 

Au Sénégal, aller à la retraite équivaut presque à emprunter le chemin de l’enfer. Les facteurs qui expliquent le dénuement dans lequel se retrouvent les personnes ayant fait leur vie active sont nombreux. Ils ont été expliqués par le Directeur des Prestations à l’IPRES, lors d’une conférence organisée à l’université par les femmes retraités de l’UCAD sur le thème : ‘’Préparer et vivre en retraite.’’ D’après Papa Cheikh Seck, une fois à la retraite, le travailleur se retrouve avec une modique pension, par la faute du système. En fait, les cotisations à l’IPRES sont de deux ordres.

L’un obligatoire est une solidarité professionnelle entre les partenaires : les travailleurs, les employeurs et l’Etat. La base de ce prélèvement est de 200 000 F Cfa pour les employés simples et 700 000 F Cfa pour les cadres. Pour les travailleurs non-cadres, les revenus ont beau grimper allant même jusqu’à 500 000 F, la cotisation IPRES ne prend en compte que les 200 000 F. La situation est plus grave chez les cadres qui gagnent parfois des millions, mais qui cotisent sur la base de 700 000 F. Ce qui fait qu’une fois à la retraite, de hauts cadres comme des profs d’université, des magistrats, directeurs de banque etc. se retrouvent avec des pensions de retraite de 350 000 F environ. Une chute brutale de revenu généralement intenable pour des personnes habituées à une certaine vie. M. Seck révèle d’ailleurs qu’une étude a montré qu’un travailleur simple vit mieux qu’un cadre, après la retraite. Aujourd’hui, un travail qui permettrait la poly-pension est en cours. C'est-à-dire, l’élargissement de l’assiette à tous les émoluments.

L’autre forme de cotisation est celle dite complémentaire et volontaire. C’est elle qui devait aider à relever le niveau et permettre au travailleur de se retrouver avec une pension qui assure une vie décente. Mais, regrette le conférencier, elle est très peu développée. Et à chaque fois qu’elle existe, généralement, constate-t-il, c’est parce qu’elle est imposée. Le cas échéant, ce sont les banques, en collaboration avec les compagnies d’assurance, qui contraignent le citoyen, dans le cadre des prêts, sans que celui-ci ait son mot à dire. C’est pour cette raison que, malgré l’importance de la protection complémentaire pour la vie future du travailleur, M. Seck demande aux banques de laisser le libre choix à la personne.

En outre, la faiblesse de ces cotisations fait que l’IPRES a du mal à assister davantage les retraités. Ce qu’il faut comprendre d’abord, c’est que l’institution n’a pas des comptes où est logé l’argent versé par les retraités. Elle n’a pas de fonds à manipuler. Elle utilise les cotisations de la population active pour payer les pensions. Les rentes de la génération d’aujourd’hui seront donc payées par les versements de la génération future, ainsi de suite. Par ailleurs, la loi prévoit les cotisations de 18 à 55 ans, soit 37 ans de contribution. Cependant, la réalité montre qu’avec le chômage et les études supérieures, les jeunes décrochent leur premier emploi tardivement, 30 ans environ.

Sans compter toute la fraude qui entoure la déclaration. Certaines entreprises ne déclarent pas la totalité de leurs travailleurs. D’autres font une déclaration sans que le versement suive. Même l’Etat est en flagrant délit. En effet, il existe des agents non fonctionnaires comme les maîtres et professeurs contractuels qui font toute une carrière sans un franc de cotisation. A noter cependant que l’autorité a fait un effort en versant 20 milliards.

Actionnaire à la SONATEL, à la BHS et dans des sociétés d’assurances

Face à cette situation, l’IPRES est obligée de courir derrière l’Etat et les employeurs privés, surtout que la subordination du paiement est levée, depuis 2007. Le directeur des prestations se plaint d’ailleurs du fait qu’avec le manque de civisme social des entreprises, cette pression qui autrefois tombait sur l’employé est désormais transférée aux agents de l’IPRES. En fait, que le patron verse régulièrement ou pas les cotisations, dès l’instant qu’un travailleur a participé pour une durée de deux ans, il a droit à une pension viagère comme celui qui a contribué pendant 35 ans. En guise de comparaison, il faut 15 ans de cotisation au fonds national de retraite pour avoir droit à une pension à vie. En plus, le travailleur qui a le plus cotisé consomme tout ce qu’il a versé à l’IPRES au bout de 9 ans. Au-delà, il bénéficie de la contribution des autres. C’est donc autant d’argent, pas nécessairement recouvré, qu’il faut pourtant payer.

Il s’y ajoute que l’institution a l’obligation d’avoir une réserve statutaire de deux ans pour payer les pensions, soit 140 milliards en raison de 70 milliards par an. Pape Cheikh Seck rassure à ce niveau : ‘’Aujourd’hui, nous avons 3 ans et demi de réserve’’. Il y a toutefois une inquiétude. Car, autrefois, il y avait un ratio de 5 cotisants pour un bénéficiaire. Aujourd’hui, le ratio est de 2,5 contributeurs pour un récipiendaire. Le régime peut donc redevenir déficitaire comme ça a été le cas vers les années 1990. C’est pourquoi l’IPRES est obligée de trouver des solutions alternatives. Ainsi, l’institution a fait des placements dans plusieurs secteurs. Elle est présente dans l’immobilier. Elle a aussi des actions à la SONATEL, à la BHS, et dans des compagnies d’assurances.

Anticipation

Au cours de la conférence, le directeur des prestations à l’IPRES a longuement insisté sur l’anticipation. Si l’on en croit M. Seck, les travailleurs ne s’intéressent à l’institution qu’à leur retraite. Avec le manque de civisme social des patrons, les mauvaises surprises sont nombreuses. Beaucoup se rendent compte après leur vie active que le patron n’a jamais cotisé pour eux. Ou alors, leur situation n’est pas régulière. A ce moment, si l’entreprise est en faillite par exemple, l’IPRES ne pourra rien faire pour le travailleur. Il risque de se retrouver sans revenu pour le reste de sa vie. C’est pourquoi il demande aux salariés d’aller vérifier leur compte. Soit en adressant un courrier personnel (ou avec l’aide du syndicat) à l’institution, soit en se déplaçant physiquement. Il a aussi invité les patrons à accompagner leurs travailleurs dans ce sens. Le recteur de l’UCAD s’est déjà engagé.      

BABACAR WILLANE

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