Publié le 22 Sep 2018 - 20:20
ENTREPRENARIAT PRIVE EN AFRIQUE

Les experts-comptables passent au crible les difficultés des Pme, Pmi et Tpe 

 

L’orientation des politiques économiques des Etats africains, l’absence de comptabilité, le problème d’accès au financement sont, entre autres, les aspects qui plombent les activités des Pme, Pmi et Tpe dans le continent. C’est ce qui ressort du panel de clôture du 2e Congrès des experts-comptables de l’Uemoa tenu hier, à Dakar.

 

Les petites et moyennes entreprises (Pme), les petites et moyennes industries (Pmi) et les toutes petites entreprises (Tpe) constituent, avec le secteur public, les premiers pourvoyeurs d’emplois en Afrique. Au Sénégal, selon le professeur de comptabilité financière à l’Université du Québec, en Outaouais, Félix Zogning, plus de 42 % des emplois salariés proviennent de ces entreprises, de même que 50 % de la productivité. ‘’C’est éminemment important de s’occuper d’elles, de savoir comment est-ce qu’on peut les aider à se sentir mieux. Parce que l’essentiel de l’économie repose là-dessus. Or, il se trouve qu’elles ont de sérieuses difficultés. Dans notre environnement, il y a au moins 3 sur 5 Pme qui ne voient pas leur 4e anniversaire’’, regrette le Pr. Zogning. Il modérait, hier, le panel de clôture du 2e Congrès des experts-comptables de l’Union économique et monétaire ouest-africain tenu à Dakar.

Le chercheur rattaché au Groupe de recherche sur la performance (Grp) souligne que la plupart de ces entreprises ont un problème d’accès au financement, de coût de financement. Car la qualité de leurs états financiers ‘’n’est pas acceptée’’ par les banquiers. ‘’Ces derniers ne croient ni à la régularité ni à la sincérité de l’information financière qu’elles véhiculent. Elles ont aussi des problèmes de management, de gouvernance. La Pme, ce n’est pas une grande entreprise, c’est beaucoup plus compliqué et subtile que ça. Une de ses caractéristiques, c’est que son fonctionnement dépend essentiellement de la typographie de son propriétaire, de son principal dirigeant’’, explique M. Zogning. Le professeur de comptabilité financière demande aux acteurs de faire quelque chose pour améliorer leur taux de survie, leur croissance, leur expansion. ‘’Ce n’est que comme ça qu’on aura la croissance économique. Si les Pme vont mal et n’ont pas suffisamment de financement, ça casse la croissance. Donc, l’émergence dont on parle un peu partout en Afrique, on ne l’aura pas’’, prévient le spécialiste des marchés financiers.

Libéraliser les économies africaines

Le président de l’Ordre des experts-comptables de la Côte d’Ivoire, Idrissa Koné, abonde dans le même sens et signale que le premier point pour le développement de ces entreprises, c’est l’orientation des politiques économiques des Etats. ‘’C’est intéressant aussi que les experts-comptables les accompagnent dans ces réflexions. Il faut mettre l’accent sur la volonté de libéralisation de nos économies. On doit souhaiter voir réduire le secteur informel. Dans ce cas, on aura une assiette fiscale plus élargie’’, soutient le commissaire aux comptes. D’après M. Koné, si on peut mobiliser plus d’argent auprès de plusieurs opérateurs économiques, on va réduire la pression fiscale sur les acteurs. Car, sur le continent, c’est entre 3 et 4 % de ceux qui sont présents qui ‘’paient particulièrement’’ l’ensemble des impôts.

Il est également important, à son avis, de disposer des données statistiques fiables, car, en l’absence de comptabilité, d’engagement, pour pouvoir extraire la valeur ajoutée en tant que telle, on est obligé d’utiliser des méthodes d’échantillonnage et qui ‘’ne disent pas forcément la réalité des choses’’.

Ainsi, le président de l’Ordre ivoirien incite les Etats à favoriser l’accès au financement à la commande publique. ‘’A chaque fois, on parle de banques, mais même quand on veut participer à des appels d’offres des structures de l’Etat, on demande des états financiers, une attestation de régularité fiscale, celle de la Caisse de sécurité sociale. Il y a d’abord le cadre juridique et les dispositifs, des arrêtés qui viennent compléter pour opérationnaliser ce processus’’, explique-t-il. Concernant les banques, M. Koné pense qu’elles devraient ‘’faire du crédit’’, lorsqu’elles constatent que le business plan de l’entreprenant est ‘’capable de rembourser’’ l’argent qu’on lui donne. D’ailleurs, c’est ce qui a amené la Commission de l’Uemoa à prendre la décision d’inviter tous les contribuables, tous les opérateurs économiques des Etats membres à avoir le visa des états financiers.

Le secrétaire permanent de l’Ohada, Dorothé C. Sossa, de rappeler que les pays, à travers cette organisation, ont pris des mesures pour ‘’faciliter la création et le développement’’ de ces types d’entreprises. Il s’agit notamment du statut de l’entreprenant,  la redéfinition le statut de la société coopérative…

MARIAMA DIEME

 

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