Publié le 3 Jun 2025 - 22:11
DIALOGUE NATIONAL AU SÉNÉGAL

Incertitudes autour du statut du chef de l’opposition

 

Derrière les formules de courtoisie ayant marqué l’ouverture du Dialogue national initié par le président Bassirou Diomaye Faye, se profile une question de fond : qui incarnera officiellement le rôle de chef de l’opposition sénégalaise ? Cinq jours après le lancement des discussions, qui doivent s’achever ce mercredi, la question reste entière et les divergences de vues sont bien réelles.

 

Selon les termes de référence (TDR) rendus publics à l’ouverture du Dialogue national, ce point figure bien à l’ordre du jour. En plus de la rationalisation des partis politiques, de la réorganisation du calendrier républicain et de l’encadrement du financement des formations politiques, la reconnaissance du statut de l’opposition et de son chef constitue l’un des principaux sujets encore débattus.

Pourtant, la prise en charge de cette question semble timide, déplorent certains participants. ‘’La question est discutée, mais n’a pas encore été tranchée’’, confie une source proche des débats.

Invitée récemment sur la télévision nationale, la juriste et femme politique Amsatou Sow Sidibé s’est étonnée de l'absence de concrétisation d’un tel statut, malgré les dispositions claires issues du référendum du 20 mars 2016. ‘’L’article 58, alinéa 2 de la Constitution affirme que l’opposition a droit à un statut qui lui permet de s’acquitter de ses missions. Pour moi, cela devrait aller de soi. Je ne comprends pas qu’en 2025, rien n’ait été fait depuis 2016. Le dialogue ne doit pas être une simple palabre entre politiciens. J’espère que cette fois-ci sera la bonne’’, a-t-elle déclaré.

Mais rien n’est jamais simple dans l’arène politique sénégalaise. Les luttes de positionnement, aussi bien au sein du pouvoir que de l’opposition, compliquent l’adoption d’un consensus. Déjà, en 2023, le dialogue politique avait buté sur cette question. L’ancien Premier ministre Idrissa Seck, pourtant arrivé deuxième à la présidentielle de 2019, n’avait jamais véritablement incarné ce rôle, plombé par des querelles protocolaires et des considérations d’ego.

Aujourd’hui encore, même si le contexte a changé, la problématique reste brûlante. Ousmane Sonko, leader du Pastef, avait donné le ton, lors du séminaire du 25 novembre 2024 à Saly Portudal, en défendant une lecture parlementaire du statut. Autrement dit, c’est le poids aux législatives – et non les résultats de la présidentielle – qui devrait déterminer le leadership de l’opposition.

Si cette logique était retenue, ce serait alors Macky Sall, leader du camp arrivé deuxième aux législatives, qui occuperait cette position. Mais celui-ci ne semble guère intéressé par ce rôle. Fort d’un important réseau international, il apparaît davantage tourné vers des ambitions diplomatiques, notamment le poste de secrétaire général de l’ONU. De plus, sa formation politique a boycotté le dialogue, même si certains de ses anciens cadres y participent. Macky Sall et son parti non partants, Amadou Ba reste en pole position pour prendre cette casquette, lui qui est arrivé deuxième à la présidentielle avec le soutien de son ancien parti.

Pour l’heure, le débat est porté par la commission politique du dialogue. Selon plusieurs indiscrétions, Pastef maintient la position exprimée par Ousmane Sonko. Le Parti démocratique sénégalais (PDS) serait lui aussi favorable à cette approche. Mais reste à savoir si le président Bassirou Diomaye Faye y adhère pleinement.

L’économie, priorité silencieuse du dialogue

Au-delà des considérations politiques, beaucoup estiment que l’urgence est ailleurs. Le véritable enjeu, soulignent certains intervenants, est économique.

‘’Le principal défi est d’établir des cadres de concertation qui évitent de tout exposer sur la place publique’’, affirme un proche d’Amadou Ba. ‘’Pour nous, les questions économiques relèvent d’abord de la souveraineté. Notre leader Amadou Ba l’a dit clairement lors de l’ouverture du dialogue. Il faut désormais comprendre ce qu’il a dit et surtout ce qu’il n’a pas dit publiquement. Ces discussions doivent se tenir dans des cadres spécifiques, où chaque acteur apporte sa pierre à l’édifice pour le bien du Sénégal’’.

Quelles que soient les conclusions de cette séquence du dialogue politique, elles sont attendues avec intérêt, y compris par les partis absents du processus, comme l’Alliance pour la République (APR) ou encore la République des valeurs de Thierno Alassane Sall, qui vient d’interpeller publiquement le gouvernement sur la question du réendettement discret du pays.

Tout un programme !

 

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