La Teranga au cœur des mots et du vivre-ensemble

À Golf Sud, une palabre littéraire a rassemblé élèves, journalistes et passionnés de lecture autour du livre de Paul Sédar Ndiaye pour redonner à la lecture toute sa place dans la formation des jeunes.
Les locaux du Centre incubateur de la Commune de Golf Sud ont vibré, samedi dernier , au rythme des mots, des idées et des échanges. À l'initiative de plusieurs acteurs engagés dans la promotion de la lecture et de la citoyenneté, la « Palabre Littéraire » consacrée à l'ouvrage Teranga, la gestion de l'hospitalité de l'enseignant et écrivain Paul Sédar Ndiaye a réuni élèves, journalistes, éducateurs et acteurs culturels autour d'une même ambition : réhabiliter le goût de la lecture et transmettre les valeurs du vivre-ensemble.
Plus qu'une simple rencontre autour d'un livre, cette activité a pris la forme d'un véritable laboratoire d'idées où la littérature s'est mise au service de l'éducation, de la citoyenneté et du dialogue intergénérationnel. Les élèves de l'internat Adama, principaux bénéficiaires de cette initiative, ont découvert un cadre d'échanges inhabituel où la parole leur appartenait pleinement.
Au centre des discussions : Teranga, la gestion de l'hospitalité, un ouvrage dans lequel Paul Sédar Ndiaye explore les enseignements du patrimoine culturel sérère à travers l'histoire de Samba, un homme moderne dont la vie bascule lorsqu'il se perd sur les routes du terroir sérère avant d'être accueilli dans une concession du village de Ndianda. À travers ce récit initiatique, l'auteur invite ses lecteurs à dépasser les apparences pour redécouvrir des valeurs ancestrales qui continuent d'éclairer les défis contemporains du leadership, de la solidarité et de la cohésion sociale. Selon le synopsis de l'ouvrage, la Teranga est bien plus qu'une simple hospitalité.
Elle constitue une philosophie de vie fondée sur le partage, l'ouverture à l'autre et la transmission. Une conception illustrée par un proverbe sérère qui a servi de fil conducteur aux échanges : « Lorsqu'un hôte arrive chez toi, il est aveugle ; en repartant, c'est un griot ». Une formule riche de sens qui rappelle que l'accueil transforme celui qui le reçoit et fait de lui un témoin capable de raconter et de transmettre une expérience humaine. La palabre littéraire à permis une ouverture aux participants de découvrir l'univers de l'auteur ainsi que les motivations qui l'ont conduit à écrire cet ouvrage.
Naviguant entre le monde de l'enseignement, celui de la recherche et celui de l'entreprise dans le secteur des télécommunications, Paul Sédar Ndiaye puise son inspiration dans les récits de son enfance sérère. Pour lui, les grandes leçons de leadership, de stratégie, de gestion humaine et de courage existent depuis longtemps dans les traditions orales africaines. « Dans la culture sérère, un proverbe, une légende ou l'épopée d'un héros n'étaient pas de simples divertissements.
C'étaient de véritables leçons de vie », a-t-il expliqué. À ses côtés, les journalistes Ndèye Maty Diagne, Khady Ndoye et Fatoumata Gadjigo ont apporté leurs analyses sur l'importance de la littérature dans la construction de la pensée critique et la transmission des valeurs culturelles. Leurs interventions ont permis de replacer les enseignements de la Teranga dans le contexte actuel marqué par l'omniprésence des réseaux sociaux et la transformation des habitudes de lecture chez les jeunes. Après les échanges introductifs, les participants ont été répartis en plusieurs groupes de travail autour de trois thématiques majeures inspirées du livre. Le premier groupe s'est penché sur le thème : « L'Étranger et l'Accueil : Se perdre pour se retrouver ».
Les élèves ont réfléchi à la manière dont les rencontres inattendues peuvent transformer une existence et enrichir notre perception du monde. Le deuxième groupe a exploré la question : « Tradition versus Modernité : Le choc des temporalités ». Les débats ont porté sur la coexistence parfois difficile entre les valeurs héritées des générations précédentes et les exigences d'une société en mutation rapide. Le troisième groupe s'est intéressé au thème : « Le Pouvoir des Mots : Du silence au griot ». Les participants ont analysé le rôle de la parole, de la transmission et du récit dans la préservation de la mémoire collective.
Durant plusieurs minutes les jeunes ont échangé, argumenté, rédigé et construit des textes nourris par leurs expériences personnelles, leurs aspirations et leur compréhension des valeurs développées dans l'ouvrage. Loin d'un exercice académique classique, la Palabre Littéraire s'est transformée en un espace d'expression libre où chaque participant a pu donner vie à son imagination. Le point culminant de la journée a sans doute été la restitution publique des travaux réalisés par les différents groupes. Face à leurs camarades, aux journalistes et aux organisateurs, les élèves ont présenté leurs productions avec assurance et enthousiasme.
Certains ont choisi le récit, le témoignage. Tous ont tenté de traduire à leur manière les enseignements tirés des discussions. Cette prise de parole publique a constitué un exercice particulièrement formateur. Au-delà de l'écriture, les jeunes ont appris à défendre leurs idées, à structurer leur pensée et à s'exprimer devant un auditoire. Pour Paul Sédar Ndiaye, cette dimension est essentielle. « Ce livre a été le prétexte pour pouvoir faire une palabre littéraire afin d'inciter les jeunes à plus lire, à faire de la production littéraire et à progresser », a-t-il déclaré. L'écrivain estime que la lecture est aujourd'hui confrontée à de nombreux défis. « Nous nous sommes rendu compte que la lecture est en train de disparaître au profit des réseaux sociaux. Nous avons également constaté une baisse du niveau en français. Ces palabres littéraires sont l'occasion pour nous d'inciter les élèves à la lecture et à l'écriture », a-t-il expliqué. Selon lui, la littérature demeure un formidable outil d'émancipation. « Écrire permet d'extérioriser ses sentiments, de progresser dans ses études et de prendre confiance en soi », a-t-il souligné.
L'auteur s'est également réjoui de l'engagement manifesté par les participants. « Nous avons été surpris par leur implication et leur soif d'apprendre. Je pense que la prochaine fois qu'on leur demandera de participer à une palabre littéraire, ils viendront en masse », a-t-il confié. Partenaire de l'événement, le Centre Incubateur de la Commune de Golf Sud a joué un rôle central dans l'organisation de cette rencontre. Son responsable, Mandiaye Ndiaye, également responsable de l'internat Adama, a salué la qualité des échanges et l'impact pédagogique de l'activité. Selon lui, cette initiative répond à plusieurs objectifs. Le premier consistait à faire découvrir les missions du Centre Incubateur, engagé dans l'accompagnement des populations à travers différents partenariats institutionnels. Le second visait à promouvoir la lecture auprès des jeunes.
« Étant enseignant, je sais qu'aujourd'hui les enfants lisent moins. Lorsque nous avons découvert les activités menées par Paul Sédar Ndiaye autour des palabres littéraires, nous avons immédiatement souhaité faire bénéficier nos pensionnaires de cette expérience », a-t-il indiqué. Pour Mandiaye Ndiaye, le contact direct avec un auteur constitue une expérience particulièrement enrichissante. « Lire un livre est une chose, rencontrer son auteur en est une autre. Nous voulions offrir cette opportunité aux enfants afin qu'ils comprennent que derrière chaque livre se trouve une personne réelle. Cela peut susciter des vocations », a-t-il affirmé. Cette conviction semble déjà produire ses effets. Parmi les participants, plusieurs élèves ont exprimé leur enthousiasme à l'issue de l'activité. C'est notamment le cas de Nogaye Sow qui n'a pas caché sa satisfaction.
« J'ai eu plaisir à partager cette activité avec mes camarades. Cela me fait imaginer une autre dimension. C'est bien de lire et il faut lire. La palabre littéraire a été une expérience merveilleuse que je répéterai volontiers », a-t-elle déclaré. Son témoignage résume à lui seul l'esprit de cette rencontre : ouvrir des horizons nouveaux et donner aux jeunes l'envie de découvrir davantage le monde à travers les livres. Au-delà du livre présenté, la journée a surtout permis de rappeler l'importance de la Teranga comme valeur fondatrice de la société sénégalaise.
À une époque marquée par l'individualisme, les tensions sociales et la rapidité des échanges numériques, les organisateurs ont voulu remettre au centre du débat des notions telles que l'écoute, le partage, la solidarité et la transmission. La littérature est apparue comme un outil privilégié pour porter ces messages. En donnant la parole aux jeunes, en valorisant leur créativité et en les invitant à réfléchir sur des questions essentielles, la Palabre Littéraire a démontré que les livres peuvent encore rassembler, inspirer et transformer.
Fatou Ba






