Publié le 4 Nov 2026 - 00:18
EXIL ACADÉMIQUE

Quand le savoir cherche refuge

 

Comment poursuivre ses recherches lorsqu’on est contraint de quitter son pays ? Cette question sera au cœur d’un colloque international organisé du 3 au 5 novembre à Dakar. Présentée lundi au WARC, la rencontre abordera les conditions d’accueil des universitaires en exil et les conséquences de ces déplacements sur leurs parcours professionnels et familiaux.

 

Quitter son pays pour se mettre à l’abri, puis trouver les moyens de poursuivre ses travaux : pour les universitaires contraints à l’exil, la protection et la continuité de la recherche sont deux préoccupations étroitement liées. C’est à ces parcours que sera consacrée la troisième édition du colloque international « Réfugiés académiques et savoirs en exil : dialogues Afrique–Europe–Amérique latine », prévue du 3 au 5 novembre à Dakar.

Les organisateurs en ont présenté les enjeux lundi 2 novembre, lors d’une conférence de presse au West African Research Center (WARC). Selon eux, les conflits armés, les crises politiques et les restrictions des libertés mettent en péril la sécurité de chercheurs et d’enseignants, mais aussi leur possibilité de travailler. L’un des objectifs de la rencontre est de mieux documenter ces situations et les conditions dans lesquelles une activité scientifique peut reprendre dans un pays d’accueil. Le colloque est organisé conjointement par l’Institut Convergences Migrations, en France, l’Université de Campinas (Unicamp), au Brésil, et l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis. Il réunira des participants d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine pour confronter leurs expériences et examiner les formes d’accompagnement des universitaires concernés.

L’accueil au Sénégal en discussion

Pour Aly Tandian, directeur du Groupe d’études et de recherches sur les migrations (GERM) de l’UGB, la tenue de cette rencontre à Dakar offre également l’occasion d’interroger l’expérience sénégalaise. Le chercheur met en avant une tradition d’accueil des universitaires réfugiés, sur laquelle il propose de s’appuyer pour réfléchir aux mécanismes de solidarité et d’intégration. « C’est l’occasion d’accueillir des collègues de la France, du Brésil, mais également du Maroc, de la Tunisie et de beaucoup d’autres pays d’Afrique centrale », a-t-il déclaré.

Au-delà de la diversité des participants, les échanges porteront sur les obstacles à la poursuite des travaux scientifiques et sur les possibilités de coopération entre établissements. Les organisateurs souhaitent notamment consolider les réseaux susceptibles de soutenir les chercheurs dans leur pays d’accueil. Aly Tandian appelle aussi à accorder davantage d’attention aux femmes concernées par ces déplacements. Les trajectoires des chercheuses contraintes à l’exil et celles des conjointes qui accompagnent un universitaire soulèvent des questions distinctes, auxquelles s’ajoutent les difficultés d’adaptation des enfants. Cette dimension familiale et sociale doit, selon lui, trouver sa place dans les discussions.

Poursuivre la recherche après le départ

La conférence de presse a également réuni Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, directrice de l’Institut Convergences Migrations, Ana Carolina de Moura Delfim Maciel, de l’Université de Campinas, ainsi que Pascale Laborier, de l’Université Paris Nanterre et d’UXIL. Les travaux se dérouleront à l’Institut français, au Goethe-Institut et au WARC. L’organisation locale est assurée par l’association Alter Natives, avec la collaboration d’Emmanuelle Cadet et d’Issa Dia. Pendant trois jours, les participants examineront ainsi ce que l’exil fait aux parcours universitaires et aux savoirs qu’ils contribuent à produire et à transmettre. Avec une question commune : quelles conditions d’accueil permettent à un chercheur contraint au départ de retrouver une place dans la vie scientifique ?

Fatou Ba

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