Publié le 14 Jun 2012 - 16:05
FINANCES PUBLIQUES 2000 - 2010

Les résultats en deçà du niveau d’engagement

Amadou Kane, Ministre Économie et Finances

 

De 2000 à 2010, l'option du régime d'Abdoulaye Wade a consisté à plus de dépenses publiques. Sauf que les résultats sont loin d'être à la hauteur des ambitions. Faute d'efficience et d'efficacité.

 

Plutôt ''mieux'' que ''plus''. Bien qu'ayant crû de façon importante (120%) entre 2000 et 2010, les dépenses publiques hors dette au Sénégal souffrent de déficit d'efficience et d'efficacité. C'est le constat fait lors de la Revue des finances publiques, hier, au King Fahd Palace. Il ressort en effet de l'analyse de la Banque mondiale que ''le Sénégal n'obtient pas des résultats proportionnels à ses efforts budgétaires''.

 

Cet impair est constatable dans les secteurs de l’éducation, de la santé et des infrastructures de transport. Avec 33% des dépenses courantes et 25% du total des dépenses publiques, l’utilisation des ressources dans le secteur de l’éducation reste “inefficace et inefficiente“, selon la banque mondiale. Les dépenses récurrentes dans l’éducation sont principalement allouées aux salaires (plus de 42 milliards) et 12 milliards de dépenses de personnels non identifiés dans le système. Certes la scolarisation des enfants a fortement augmenté, mais des disparités sont notées entre les régions : Diourbel, Kaffrine, Louga et Matam sont loin derrière avec des taux de scolarisation largement faibles. “Un grand problème de qualité s’impose dans le système éducatif“, relève en outre le rapport, ajoutant que les taux de redoublements et d'abandons restent importants.

 

Dans la santé, la part du budget public alloué au secteur a baissé, passant de 6,47% en 2003 à 5,35% en 2009. Certes, la mobilisation des ressources publiques a permis à l’État du Sénégal d’améliorer son personnel médical et la mobilité urbaine et interurbaine, mais peu de progrès sont notés sur la santé maternelle et infantile, avec une perte de vies de 400 femmes pour chaque 100 000 mille naissances. De plus, les disparités géographiques entre les personnels de santé restent encore très fortes et 20% des populations les plus pauvres ne bénéficient que de 14% des dépenses publiques. Dans l’ensemble, il reste encore dans le secteur de la santé un effectif énorme de personnels non qualifiés. Les programmes de gratuité, comme la césarienne et le plan sésame, annoncés par le gouvernement, n’ont toujours pas abouti. ''Les soins de santé offrent toujours des qualités de service très faibles'', évoque le rapport de la Banque mondiale.

 

Le cas le plus critique demeure le secteur des transports, toujours source de ralentissement de la croissance économique du pays. ''La densité et la qualité du réseau de transport du Sénégal est en deçà de la moyenne africaine'', d'après le diagnostic ; le réseau routier est estimé à 45% bon et en moyen état. Le manque de capacités de gestion de contrats a été mis en exergue. Selon Pierre Graftieaux, expert en transport, le contrat du tronçon Patte d’Oie-Pikine-RN1 est passé de 28 à 54 milliards Cfa. Le non respect à la charge à l’essieu, avec son lourd coût estimé à 134 milliards Cfa par an, pose un réel problème de réhabilitation et de maintenance des routes.

 

Partant de cet état des lieux, la Banque mondiale indique qu'après ''une longue période pendant laquelle l'objectif central des politiques était de dépenser plus, les autorités ont besoin d'opérer une rupture pour dépenser mieux''.

 

ALIOU NGAMBY NDIAYE

 

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