Publié le 5 Dec 2020 - 20:23
MBOUR

Un talibé battu à mort dans un ‘’daara’’

 

Le châtiment corporel est prohibé dans tous les établissements scolaires du Sénégal, modernes comme religieux. Mais certaines personnes semblent ignorer ce règlement. A Mbour, dans un complexe coranique, un talibé a été battu à mort par ses maîtres. Les responsables ont été arrêtés été déférés. Ils risquent gros.

 

Dans notre édition d’hier, le psychosociologue Ousmane Ndiaye déclarait ceci, au moment d’analyser le fonctionnement des camps de redressement de Serigne Modou Kara et notre système d’éducation basé sur les brimades : ‘’Le système d’éducation traditionnelle qui prévalait depuis des siècles dans notre société et qui fonctionnait sur la base de la soumission basée sur les coups, les injures, les menaces, etc., a forgé la personnalité et le comportement des Sénégalais pendant des siècles. Et nous n’avons malheureusement pas évolué, depuis les indépendances.’’ Ceci est d’autant plus vrai qu’on a appris hier la mort tragique du petit P. N. D. Un petit talibé mort des suites de châtiments corporels infligés par ses maîtres coraniques dans un ‘’daara’’ située entre Mbour et Malicounda.

L’enfant de 14 ans a été conduit par son père dans le ‘’daara’’ tenu par le fils d’un célèbre responsable politique du département. Espérant donner à son fils l’éducation religieuse dont il a besoin, le père du gamin a eu la déception de sa vie, quand il a découvert que son enfant a été battu à mort par ses bourreaux.

Tout a commencé le mardi 24 novembre, lorsque le papa a conduit P. N. D dans le célèbre ‘’daara’’. Trois jours après, le jeudi 26 novembre plus exactement, le jeune a fugué pour retourner chez lui. Mais c’était sans compter sur la détermination de son papa qui l’a reconduit dans le complexe éducatif où ils arrivèrent vers les coups de 19 h. Convaincu d’avoir joué son rôle de père devant son enfant, il s’en retourna paisiblement, prenant la route de Joal où il habite. Mais, chemin faisant, son téléphone sonna. Au bout du fil, il y avait un des responsables du ‘’daara’’ qui lui a annoncé que P. N. D s’était évanoui, suite à une crise qu’il a piquée. Voulant sauver son fils le plus rapidement, il appela automatiquement son frère résidant à Mbour, pour parer au plus pressé. Il lui demanda d’aller s’enquérir de la situation, en attendant qu’il rebrousse chemin. Mais l’oncle a trouvé l'enfant déjà mort.

La colère du père

Arrivé à son tour, le papa a tout mis sur le compte de la fatalité, croyant que la mort était naturelle. Il s’est alors incliné devant la volonté de son Seigneur. Ainsi, la dépouille fut acheminée dans une morgue du quartier Santessou de Mbour, en attendant le lendemain, vendredi, pour enterrer le corps.

C’est durant les préparatifs de l’enterrement qu’il a découvert le grand mensonge. En lavant la dépouille mortelle, des stigmates de violences corporelles ont été découverts. Ce qui a provoqué l’ire du père qui demanda qu’on arrêtât immédiatement toutes les préparations pour en informer les autorités compétentes, après avoir asséné aux bourreaux que l’information qu’ils lui avaient servie n’était pas vraie et, du coup, il était inconcevable qu’on enterre son fils sans qu’une enquête ne soit menée.

C’est par la suite que la gendarmerie a fait une réquisition au niveau de l’hôpital de Grand-Mbour pour une autopsie. Le médecin légiste a alors révélé que l’enfant est mort de coups et blessures.

Convoqués par les limiers, les responsables du ‘’daara’’, Oustaz Dieng, Oustaz Diallo et Oustaz Ndiaye ont tous nié les faits et ont déclaré que, dans ce complexe, il n’était pas dans leurs pratiques de frapper qui que ce soit. Pour s’en sortir, ils ont essayé d’enfoncer le père, en l’accusant d’avoir battu son enfant, avant de le déposer au ‘’daara’’.

Sur ce, les gendarmes ont fait une descente sur les lieux pour mener des investigations. La même chanson a été chantée par la majorité des talibés qui semblaient être préparés pour un tel exercice. Plus de quatre tours d'horloge n'ont pas suffi pour faire les investigations nécessaires.

Ils ont alors changé de tactique et examinant les corps des 400 talibés qui étaient sur place. Les pandores ont découvert sur beaucoup de pensionnaires des traces de violences corporelles, de coups sur leurs corps.

Après avoir été placés en garde à vue, l’un d’eux a fini par craquer et a reconnu les faits. Le grand responsable Oustaz Dieng n’a reconnu les faits qu’au petit matin. Ils ont été déférés pour coups et blessures volontaires ayant entrainé la mort. Ils risquent gros.

IDRISSA AMINATA NIANG

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