Publié le 6 Jul 2023 - 19:28
RENONCEMENT DE MACKY SALL À UN TROISIÈME MANDAT

Sonko ou le péril croissant d’un isolement politique

 

Le duel entre Ousmane Sonko et Macky Sall, qui a configuré la situation politique au Sénégal depuis 2019, risque de s’effriter au fur et à mesure qu’on approche de la Présidentielle. Le renoncement de Macky Sall à un troisième mandat va devoir pousser le leader de Pastef à reconfigurer son positionnement politique et sa communication marquée par des attaques tous azimuts contre Macky Sall désormais président sortant. Cette situation pourrait engendrer la mise en place d’un consensus républicain vers des élections apaisées, avec comme principale victime Ousmane Sonko inéligible et écarté de la course.

 

La célèbre phrase de Gueorgui Arbatov, conseiller diplomatique soviétique, prononcé à l’endroit de James Becker, secrétaire d’État américain en 1989, à la fin de la guerre froide, ‘’nous allons vous rendre le pire des services. Nous allons vous priver d’ennemi’’, pourrait s’appliquer au duel Macky Sall-Ousmane Sonko. Le chef de l’État, en indiquant sa volonté de ne pas briguer un troisième mandat, vient de mettre fin à une forte dualité qui a configuré l’architecture politique sénégalaise depuis 2020. Le choix d’Idrissa Seck de rejoindre la majorité présidentielle a laissé le champ libre à l’ancien candidat à la Présidentielle 2019.

Ousmane Sonko, qui s’est construit politiquement par son opposition radicale à Macky Sall, risque d’être de plus en plus isolé dans un nouveau landerneau politique. Un Macky Sall désormais hors du champ politique pourrait constituer un problème pour la communication du chef de Pastef. Le narratif entretenu par Ousmane Sonko reposait en grande partie sur une volonté du président de s’éterniser au pouvoir et que toutes les démarches entreprises par Macky Sall devant aller dans ce sens.

De ce fait, Dialogue national, arrestation des militants de Pastef, investitures du candidat Macky Sall, rencontres politiques de BBY, entre autres, devaient préparer l’opinion à un troisième mandat de Macky Sall. Aujourd'hui, le renoncement du Président pousse désormais l’ancien inspecteur des impôts et domaines à revoir son angle d’attaque contre le régime. Un Macky Sall président sortant qui a indiqué, lors de son adresse à la Nation, sa ferme volonté de faire appliquer les décisions de justice et de lutter contre les “fossoyeurs de la République”.

À l’approche du scrutin, les attaques contre le président Macky Sall devraient s'atténuer pour se concentrer sur le prochain candidat de la majorité présidentielle. Le glissement progressif de Macky Sall hors du champ politique pourrait gêner la rhétorique du maire de Ziguinchor qui n’a jamais hésité à tacler le bilan social du régime actuel.

Ainsi, un candidat de la majorité risque d’apparaitre comme non-comptable des dérives de Macky Sall et de se profiler comme un ‘’homo novis’’.

L’appel au peuple d’Ousmane Sonko ‘’pour affronter le régime de Macky Sall’’, à la veille de l’adresse à la Nation, a sonné en porte-à-faux face à l’unanimité des réactions saluant cette décision courageuse du chef de l’État.

En outre, cette décision qui laisse BBY sans candidat pourrait aussi renforcer les ambitions des membres de l’opposition, notamment au sein du Yewwi Askan Wi (YAW). Ces derniers sont aussi susceptibles de se désintéresser du combat de Sonko, d’autant plus que la non-candidature de Macky Sall et l'inéligibilité d’Ousmane Sonko a profondément rebattu les cartes. De ce fait, les Déthié Fall, Babacar Diop, Malick Gakou, à terme, risquent de se détourner du combat d’Ousmane Sonko. Même si, en filigrane, ils chercheront à toujours cultiver une certaine proximité avec le chef de Pastef, dans le but de bénéficier d’une partie de son électorat.

La stratégie de ‘’mise en quarantaine’’ d’Ousmane Sonko 

Sur ce, la dynamique de la plateforme F24, qui a été formée dans le but de lutter contre un troisième mandat de Macky Sall, risque aussi de se désintégrer, au fur à mesure qu’on approche du scrutin. Ousmane Sonko, lors d’un live sur Internet, a dénoncé la volonté persistante du régime de Macky Sall de l'éliminer politiquement. En cas d'arrestation, il a appelé ‘’tout le peuple sénégalais à se lever comme un seul homme et à sortir massivement et cette fois-ci à en finir avec ce régime criminel’’.

Le juge a finalement rendu sa décision le 28 juin 2023, suite à la condamnation d’Ousmane Sonko pour corruption de la jeunesse. La peine prononcée, deux ans de prison ferme, est donc exécutable. D’une certaine manière, Ousmane Sonko est à la disposition du parquet qui, à tout moment, peut décider de son arrestation. Le départ programmé du chef de l’État dans quelques mois peut laisser une marge de manœuvre à Macky Sall. Ce dernier pourrait profiter de cette aura actuelle pour essayer d'écarter définitivement Ousmane Sonko.

La rhétorique de l’élimination d’opposants aurait du mal à se heurter à la réalité politique actuelle. La réhabilitation des candidats Karim Wade et Khalifa Sall visent à l’isoler un peu plus et à le priver de soutiens politiques. Ousmane Sonko, qui rêve de faire lever les charges pénales à son encontre, semble avoir opté pour la résistance, en appelant les jeunes à sortir massivement. Cette stratégie peut aussi se retourner contre lui, en faisant apparaitre Sonko comme le trublion du jeu politique sénégalais. 

Le consensus républicain (partis, société civile) autour du président Macky Sall pourrait rapidement avoir raison de l’intransigeant premier magistrat de Ziguinchor. Le gouvernement sénégalais va tenter de miser sur la lassitude du peuple et la volonté de préserver la paix sociale pour éviter d'éventuels débordements liés à une possible arrestation de l’ancien candidat à la Présidentielle de 2019. 

‘’Le renoncement de Macky Sall ne met pas un terme à la controverse autour de la possibilité pour Ousmane Sonko d’être candidat’’, souligne Gilles Yabi, analyste politique, fondateur et président de Wathie, cercle de réflexion citoyen d'Afrique de l'Ouest, sur le plateau de TV5. 

Le cas Ousmane Sonko dont les partisans précisent qu’il constitue l’unique constante au sein de Pastef, risque de faire perdurer les tensions politiques subjacentes dans notre pays. La communication de Sonko doit s'adapter à cette nouvelle situation, pour éviter d'être isolé sur le plan politique.

Le champ de la compétition est désormais ouvert à tous les candidats pour le scrutin présidentiel du 25 février 2024.

Le désir de tous les partis d’aller vers une élection présidentielle apaisée pourrait conduire certains de ses alliés à ‘’lâcher’’ Ousmane Sonko.

Amadou Fall

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