Publié le 3 Sep 2018 - 20:28
FAIBLE UTILISATION PAR LES FEMMES

Ces facteurs qui bloquent la contraception

 

Le Sénégal a fait beaucoup d’efforts dans la planification familiale, avec un taux de prévalence de 21%. Cependant, la faible utilisation de la contraception chez les femmes de certains milieux ainsi que la forte croissance démographique risquent de faire foirer le combat.

 

Au Sénégal, la fécondité affiche une tendance régulière à la baisse. Selon un rapport de la Direction du développement et du capital humain (Ddch) présenté samedi par le statisticien Ibrahima Diagne, en 1986, le nombre d’enfants en moyenne par femme était de 6,6 et le taux de prévalence contraceptive de 4,1%. En 2014, c’est 5 enfants en moyenne par femme avec 20% de prévalence contraceptive. Une baisse très significative qui va impacter positivement sur la croissance économique, même si, relève M. Diagne, la population est très jeune, avec environ 42,1% âgés de moins de 15 ans. Il s’exprimait au cours d’une formation destinée à l’Association des journalistes en santé population et développement sur le dividende démographique.

Cependant, a-t-il souligné, il y a une faible utilisation de la contraception moderne. Ce qui lui fait dire que les efforts du Sénégal risquent d’être anéantis par le rythme de la croissance démographique. Chaque année, la population augmente de 2,5%. Il ressort de l’étude que la pratique contraceptive chez les femmes est fonction des facteurs socio-économiques et socioculturels d’une part, et des facteurs sociodémographiques, d’autre part. L’influence de ces divers facteurs sur la pratique contraceptive passe directement ou indirectement par les facteurs intermédiaires qui sont étroitement liés à la pratique contraceptive.

Ainsi, il ressort des résultats de l’étude que les femmes qui vivent en milieu rural utilisent moins la contraception moderne que celles qui résident en milieu urbain. De même, les femmes sans instruction ont une propension plus élevée à ne pas utiliser la contraception que leurs sœurs qui ont un niveau d’instruction élevé. Celles de niveau de vie faible ont plus de risque de ne pas utiliser la contraception moderne que d’autres qui ont un niveau de vie élevé. Les femmes qui désirent plus d’enfants sont plus enclines à ne pas utiliser la contraception moderne que celles qui en désirent moins. Les femmes vivant dans la région Ouest (Thiès et Dakar) utilisent plus la contraception que celles des autres régions. Les dames qui exercent une activité sont plus disposées à en faire usage que celles qui sont sans activité.

Les femmes en milieu rural utilisent moins la contraception

Selon Ibrahima Diagne, le groupe formé par les non-utilisatrices de la contraception moderne est celui des femmes sans niveau d’instruction, ne connaissant aucune méthode, habitant au Centre, au Nord et au Sud, et d’ethnie mandingue, soninké ou poular. Elles vivent en milieu rural, sont d’âge jeune (15-19 ans), de niveau de vie très pauvre, sans travail, désirent 6 enfants et plus et ne sont pas exposées aux médias. Sur ce, la Ddch recommande aux responsables de la planification familiale de mieux prendre en charge les jeunes dans les programmes, étant donné que les résultats de l’étude montrent que cette frange utilise moins la contraception.

En outre, il est constaté que la forte croissance démographique qui risque de compromettre les efforts de capture du dividende démographique est tributaire d’une fréquence des mariages précoces et, par conséquent, d’une forte fécondité des jeunes. Parmi les recommandations, il y a aussi l’utilisation d’autres langues dans la sensibilisation pour atteindre les objectifs dans la maîtrise de la fécondité. Aux décideurs politiques, il est demandé de renforcer les capacités des femmes à travers la scolarisation plus longue et soutenue, d’améliorer l’accessibilité aux services de planification familiale, tant sur le plan financier que géographique, de décentraliser les interventions au profit du milieu rural. A ceux qui sont dans la lutte contre la pauvreté, il est conseillé de renforcer l’autonomisation financière des femmes en favorisant l’entrepreneuriat féminin.

VIVIANE DIATTA

 

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