Publié le 8 Oct 2026 - 15:23
“SAUVER L’ENTREPRISE SÉNÉGALAISE”

Le cri d’alarme du secteur privé

 

L’Unacois, l’Acis et le CEATLCS dénoncent une concurrence déloyale, des coûts portuaires excessifs et un manque de concertation avec l’État. Réunies en conférence de presse à Dakar, les trois organisations réclament des mesures de protection des entreprises locales et un cadre de dialogue régulier avec les autorités.

 

Protéger les entreprises sénégalaises face à la concurrence, alléger les coûts au Port de Dakar et participer aux décisions qui affectent leurs activités. Ce sont les principales demandes formulées par l’Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal (Unacois), l’Association des commerçants et industriels du Sénégal (Acis) et le Collectif des entreprises et acteurs du transport et de la logistique du commerce sénégalais (CEATLCS), lors d’une conférence de presse conjointe à la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (CCIAD).

Prenant la parole au nom de ces organisations, le directeur exécutif de l’Unacois Jappo, Ousmane Sy Ndiaye, a présenté leur démarche comme une alerte sur les difficultés des entreprises et leurs conséquences sociales. « L’heure est grave ! Les souffrances des Sénégalais et des entreprises ont atteint leur paroxysme. Notre démarche n’est ni une posture d’opposition, ni une revendication corporatiste. C’est une démarche de responsabilité pour préserver la stabilité, la sécurité et la paix sociale », a-t-il déclaré.

Une concurrence jugée déloyale

Les organisations décrivent un marché dans lequel les petites et moyennes entreprises sénégalaises peinent à défendre leur place. Elles mettent en cause l’arrivée de conteneurs de produits qu’elles présentent comme subventionnés, les avantages fiscaux ou logistiques dont bénéficieraient de grands groupes étrangers et le développement d’activités échappant à la fiscalité.

Selon elles, ces pratiques fragilisent les acteurs locaux et menacent les emplois. « Ce n’est pas de la concurrence, c’est une destruction organisée de notre tissu de PME. Chaque entreprise qui ferme sacrifie 10 à 50 emplois directs », affirme Ousmane Sy Ndiaye.

Face à ce qu’ils qualifient de « loi de la jungle », les regroupements d’opérateurs demandent l’activation de mesures de sauvegarde de l’industrie locale. Ils réclament également la création d’une autorité de la concurrence indépendante, dotée de pouvoirs de sanction.

Les coûts portuaires dans le viseur

Autre motif de préoccupation : les conditions de passage des marchandises au Port autonome de Dakar. Les importateurs et les transporteurs dénoncent des frais qu’ils jugent excessifs, associés à des lenteurs qui alourdissent la facture des entreprises.

Ils citent notamment des tarifs de manutention et de stationnement fixés, selon eux, unilatéralement, ainsi que des conteneurs immobilisés pendant plusieurs semaines. Les surestaries atteindraient, d’après les montants avancés lors de la conférence de presse, entre 150 000 et 300 000 F CFA par jour. Les organisations signalent aussi des marchandises endommagées ou des conteneurs ouverts en l’absence de leur propriétaire.

« Entre le prix FOB d’une marchandise et son prix de sortie du Port de Dakar, les coûts logistiques et parafiscaux représentent aujourd’hui jusqu’à 45 % de la valeur de la marchandise. C’est du jamais vu dans la sous-région. C’est ce surcoût qui se répercute directement sur les prix des produits de consommation courante », soutient le directeur exécutif de l’Unacois Jappo.

Pour réduire ces charges, les trois organisations réclament un audit général de la chaîne des coûts portuaires, un plafonnement des tarifs et une révision des arrêtés encadrant la tarification des consignataires et de la manutention.

Un dialogue régulier avec l’État réclamé

Les opérateurs déplorent également des décisions prises sans concertation suffisante. Ils évoquent de nouvelles taxes, des restrictions d’importation et des mesures réglementaires qui, selon eux, ne sont pas précédées d’études d’impact. « Un dialogue où l’État parle et le secteur privé écoute n’est pas un dialogue. C’est un monologue », lance Ousmane Sy Ndiaye.

Le front conjoint propose d’institutionnaliser un dialogue public-privé au niveau de la Primature, sous la supervision du chef de l’État. Ce cadre se réunirait chaque trimestre, sur la base d’un ordre du jour élaboré conjointement. Les organisations souhaitent que les décisions prises soient contraignantes et que leur exécution fasse l’objet d’une évaluation dans le temps.

Selon les chiffres qu’elles avancent, le secteur privé national fournit plus de 80 % des emplois et des investissements du pays. Elles assurent ne solliciter ni subventions de complaisance ni traitement de faveur. « Le secteur privé national ne demande pas l’aumône. Il demande trois choses simples : des règles du jeu équitables, un port qui fonctionne avec des coûts prévisibles, et une place autour de la table où se décide son avenir », conclut Ousmane Sy Ndiaye.

MAMADOU DIOP

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