Publié le 5 Nov 2026 - 18:19
PREMIER ESSAI

Nogaye Babel Sow ose être lue

 

Dans Publier, l’enseignante-chercheuse sénégalaise revient sur ce qui l’a longtemps retenue de partager ses écrits. Elle raconte la peur de livrer une part de son intimité et s’interroge sur la responsabilité de celui qui rend ses mots publics.

 

Elle écrit depuis plus de vingt ans. Il lui a fallu quatre jours pour rédiger Publier, son premier essai autobiographique. Entre les deux, des pages accumulées, des manuscrits conservés et des textes longtemps tenus à l’abri des regards. Dans cet ouvrage de 104 pages, Ndeye Nogaye Babel Sow Niass revient sur le temps qu’il lui a fallu pour se décider à partager ses écrits. « Publier n’a pas été un exercice facile parce que je pense que l’écriture n’a jamais été un souci », confie-t-elle lors d’un entretien.

Grande lectrice, elle voit dans cette première publication une manière de rendre ce que les livres lui ont apporté. « Ceux qui me lisent pourront à leur tour bénéficier de contenus différents, d’une écriture différente, d’informations et de messages différents », explique-t-elle. Elle inscrit aussi sa démarche dans une réflexion sur la liberté d’expression. Publier, à ses yeux, revient à exercer un droit conquis au fil des luttes et à rendre hommage à ceux qui se sont battus pour que chacun puisse faire entendre sa voix.

Dans Publier, Nogaye Babel Sow revient sur une crainte moins facile à formuler que celle d’être jugée. « J’ai peur qu’on me comprenne un peu trop », reconnaît-elle. Elle redoute qu’un lecteur puisse, à travers ses mots, accéder à une part de son intimité qu’elle a longtemps préservée.

Avec le recul, elle identifie aussi le perfectionnisme comme l’un des principaux freins à sa publication. Tant qu’un texte reste entre ses mains, elle peut encore le reprendre. Accepter qu’il puisse être lu avec ses imperfections est l’un des apprentissages qu’elle raconte dans son essai.

La responsabilité de publier

« Écrire est un choix, c’est un droit. Publier, par contre, c’est autre chose, c’est une responsabilité », souligne l’autrice. Elle insiste sur la nécessité de vérifier ses sources et de s’interroger sur l’intention qui guide chaque prise de parole. Cette exigence vaut, selon elle, pour un livre comme pour une publication sur les réseaux sociaux.

Elle distingue cette vigilance des hésitations qui l’ont longtemps retenue. Quand la peur du jugement ou la quête de perfection deviennent les seuls obstacles, estime-t-elle, il faut savoir franchir le pas. « Un manuscrit qui n’a jamais quitté le bureau n’a jamais changé la vie de personne », dit-elle.

En parallèle de ses activités dans la recherche et l’entrepreneuriat et de son engagement panafricaniste, Nogaye Babel Sow a déjà plusieurs manuscrits en réserve. Certains ont été coécrits avec d’autres auteurs africains. Elle souhaite toutefois laisser à Publier le temps de rencontrer ses lecteurs avant d’envisager de nouvelles parutions.

Cette rencontre avec les lecteurs soulève aussi, pour elle, la question de l’accès aux livres. L’enseignante-chercheuse déplore l’état de nombreuses bibliothèques scolaires et plaide pour une politique d’acquisition d’ouvrages dans les établissements. Elle y voit une façon de donner aux jeunes davantage de possibilités de lire et de se former.

Fatou Ba

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