Publié le 18 Oct 2017 - 17:38

L’EI bientôt clandestin, mais loin d’être vaincu

 

Le groupe jihadiste avait prévu la disparition de son «califat». Une chute qui ne l’empêchera pas de

 

L’Etat islamique a perdu mardi Raqqa, sa capitale syrienne. Il avait aussi été chassé en juillet de Mossoul, son fief irakien. Son «califat», qui a attiré des dizaines de milliers de jihadistes venus d’une centaine de pays, n’en finit plus de s’étioler. En Irak, il se réduit à deux poches le long de la frontière avec la Syrie. Les forces irakiennes les reprendront. En Syrie, l’organisation contrôle encore une partie de la province de Deir el-Zor, au sud de Raqqa. Mais là-bas aussi, sa défaite est programmée. Le califat disparaîtra. Mais pas l’Etat islamique, qui n’a pas attendu de reculer pour muter. «L’EI est loin d’être mort. En Syrie et en Irak, il profitera des failles sécuritaires pour se reconstituer. Il pourra aussi se réimplanter dans des zones désertiques. Au niveau international, il peut compter sur ses implantations au Yémen, en Libye ou en Afghanistan»,explique Arthur Quesnay, chercheur dans le collectif Noria.

Les dirigeants de Daech avaient anticipé leur défaite territoriale. A la différence d’Al-Qaeda, ils avaient choisi de créer leur proto-Etat dès que possible, en juin 2014. Mais ils savaient qu’il ne résisterait pas aux offensives de leurs ennemis, plus ou moins coordonnées, mais appuyées par les avions et les forces spéciales de la coalition internationale. L’ex porte-parole du groupe, Mohammed al-Adnani, principale figure avec Abou Bakr al-Bagdadi, l’avait reconnu en mai 2016, trois mois avant d’être tué par un tir de drone américain : «Etions-nous finis quand nous avons perdu nos villes en Irak et que nous étions dans le désert, sans ville ou territoire ? Serions-nous finis si vous [les Etats-Unis] preniez Mossoul, Syrte ou Raqqa, ou même toutes nos villes et que nous redevenions comme avant ? Certainement pas !»

Anticipation

L’EI a l’habitude de la clandestinité. Il l’a expérimentée à partir de 2009 en Irak. Deux ans plus tôt, les Etats-Unis avaient décidé de financer des milices sunnites locales, usées par les kidnappings, les meurtres et les attentats des jihadistes. Le groupe, alors intitulé l’Etat islamique d’Irak, perd ses bastions et semble disparaître. Il se reconstituera entre autres dans les prisons, avant de profiter de l’exaspération de la population sunnite, ostracisée par le pouvoir irakien de Bagdad, pour prospérer à nouveau jusqu’à supplanter Al-Qaeda dans le jihad mondial. Ce risque existe toujours aujourd’hui en Irak. Beaucoup de sunnites de Mossoul, chassés par les combats pour reprendre la ville, n’y sont pas retournés. Ils préfèrent rester dans les camps à la lisière de la ville, où ils estiment être mieux protégés contre les milices chiites qui veulent se venger. L’EI compte en outre encore des milliers de partisans qui ont réussi à échapper à la mort ou à l’arrestation lors des différentes offensives contre leurs fiefs irakiens et peuvent à nouveau commettre des attaques.

La fin annoncée du califat ne signifie pas plus celle des attentats en Europe. «Nous estimons que l’EI a toujours l’intention et les capacités de diriger, faciliter, soutenir et inspirer des attaques transnationales»,affirmait en mai le directeur du renseignement intérieur américain, Daniel Coats, lors d’une audition devant le Sénat. De fait, alors que le «califat» recule depuis 2015, les attaques n’ont pas cessé. Ces derniers mois, des jihadistes ont frappé à Marseille, Barcelone, Londres ou Manchester. Leurs liens avec l’EI sont plus ou moins avérés. Ahmed Hanachi, qui a tué deux jeunes femmes devant la gare de Marseille, n’avait, selon les éléments actuels de l’enquête, jamais été en Syrie ou en Irak. Là aussi, l’organisation jihadiste avait anticipé, multipliant les appels à frapper sans qu’il soit nécessaire de suivre des ordres venus du califat. «La plus petite action que vous pouvez commettre au cœur de leurs pays [les pays ennemis de l’EI] nous est plus chère que la plus grande action que nous pourrions commettre. Elle est aussi plus efficace», avait déclaré Adnani à l’été 2016.

Allégeances

L’EI peut également compter sur ses autres fiefs à travers le monde, loin de ses territoires historiques. Il s’est déployé dans une quinzaine de pays, au Yémen, en Afghanistan ou en Egypte. Il opère souvent via des allégeances de groupes jihadistes déjà présents, comme Boko Haram au Nigeria, aujourd’hui en recul. Ou celle d’une faction d’Abou Sayyaf aux Philippines. Mardi, le président philippin a annoncé que la ville de Marawi avait «été libérée de l’influence des terroristes». En réalité, les combats se poursuivent. Ils durent depuis près de cinq mois et ont fait plus de 1 000 morts.

libération.fr

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