Publié le 29 Aug 2025 - 17:56
PARTENARIAT FRANCE-SÉNÉGAL

La vérité des chiffres

 

Marchés publics, exportations, importations, investissements directs étrangers. Que pèsent véritablement les entreprises françaises au Sénégal ? ‘’EnQuête’’ fait le point.

 

Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a déroulé, hier, son agenda dans la capitale française. Au menu, outre la rencontre de très haut niveau avec son homologue français, il a eu à rencontrer pas mal de personnalités et surtout d’hommes d'affaires à qui il s’est évertué à vendre la destination Sénégal.

Dans un communiqué, la présidence informe qu’en marge de sa participation à la Rencontre des entrepreneurs de France, dont il était l’invité spécial, le PR Bassirou Diomaye Faye a accordé une série d’audiences à des acteurs économiques et institutionnels majeurs, et échangé sur certains défis de son gouvernement.

Vicat, Eramet, Lagardère, NGE : le ballet des champions français devant Diomaye 

Selon le communiqué, le chef de l’État a ainsi rencontré le groupe Vicat, actionnaire de la Sococim, pour échanger sur la compétitivité du secteur cimentier, la réduction du coût du ciment et son rôle dans les grands chantiers structurants. Il a aussi reçu des représentants du groupe Eramet Sénégal qui exploite le zircon à Diogo ; Lagardère gestionnaire des duty free de l’AIBD, NGE dans les BTP, Matières Sénégal…

Invité spécial de la Rencontre des entrepreneurs de France, le chef de l’État s’est aussi entretenu avec des représentants du Mouvement des entreprises de France (Medef), organisateur de l’événement. Une occasion, selon la présidence, “pour explorer les opportunités d’investissement et dynamiser la coopération économique”.

À la quête de nouveaux investisseurs

D’après le communiqué, ces rencontres ont confirmé la volonté du Sénégal de bâtir des partenariats solides, durables et créateurs de valeur, en appui à la Vision Sénégal 2050 et au Plan national de transformation. Pour l’essentiel, le chef de l’État a reçu des groupes déjà bien implantés, mais espère bien en attirer d’autres. 

Il ressort de plusieurs sources officielles françaises que quelque 270 entreprises françaises sont présentes au Sénégal (enquête SE Dakar 2023). Elles emploient plus de 31 000 personnes, dont 86 % seraient sénégalaises.

La présence française au Sénégal est donc une réalité, compte tenu notamment des relations historiques très anciennes. Longtemps principaux maîtres à bord, cela fait longtemps que les Français n’ont plus le “monopole” du marché sénégalais.

Hyper-domination des Français : entre mythe et réalité

Déjà sous Wade, dans les années 2000, on avait noté une arrivée massive des Chinois autrefois chassés par le régime socialiste qui avait préféré les relations diplomatiques avec Taïwan. Dans le même temps, se développaient des relations plus intenses avec les pays arabes et d’autres pays asiatiques.

Sous Macky Sall, la présence chinoise s’est encore renforcée. Dans les marchés publics, ces derniers dament souvent le pion à leurs concurrents français. Lors de la présentation des rapports 2020-2021 (ce sont les derniers rapports disponibles), le directeur général de l’Arcop révélait que les Chinois gagnent plus de marchés au Sénégal. “En ce qui concerne les entreprises étrangères qui gagnent des marchés au Sénégal, il faut noter que les entreprises chinoises viennent largement en tête, avec en moyenne 18 % des marchés durant les deux dernières années”, déclarait l’ancien directeur de l’ARMP dans notre édition du 1er décembre 2022.

Sous Macky Sall, les Chinois sont devenus premiers dans les marchés publics, les Turcs bousculent les Français dans les BTP.

Outre les Chinois, on note aussi une forte présence des Turques ces dernières années. Toujours selon les chiffres de l’ARMP, les entreprises chinoises sont suivies par celles turques et françaises qui sont autour de 4 %. Enfin, il y a les entreprises allemandes, marocaines et émiraties qui sont autour de 3 %, renseignait le DG, non sans préciser que les Sénégalais ont le plus gros lot puisque que seuls éligibles en principe sur les marchés financiers sur ressources internes.

Des chiffres bien loin de certaines déclarations tendant à faire croire que les gouvernements successifs donnent tout aux entreprises françaises.

Reléguées au deuxième rang, presque à égalité avec les entreprises turques dans les marchés publics, les sociétés françaises restent tout de même le premier partenaire du Sénégal, notamment en matière d’investissements directs étrangers.

Premier investisseur direct au Sénégal

Selon le site officiel du Trésor français, la France reste le premier investisseur au Sénégal, avec 16 % des stocks d’IDE en 2023. Elle voit cependant son poids relatif décliner progressivement (66 % du stock d’IDE en 2015).

 “Toutefois, les stocks d’IDE français au Sénégal ont connu une forte, hausse entre 2011 et 2023, passant de 980 M EUR à 2,4 MDS EUR (+144 %) sur la période”, indique le portail, qui précise que “le Sénégal est la 4e destination des investissements français dans la zone CEDEAO en 2022 et en 2023 (3eauparavant, au profit du Ghana) et 2e de l’UEMOA, derrière la Côte d’Ivoire”. 

D’après l’International Trade Administration (US. Trade Administration), les principaux pays investisseurs au Sénégal (en parts du stock d’investissements directs étrangers) sont : la France avec 17 % du stock total d’IDE. Viennent ensuite la Chine, la Turquie, les Émirats arabes unis, puis plusieurs autres tels que le Canada, l’UE, le Maroc et la Côte d’Ivoire, souligne la même source.

Il faut noter que pour les dernières années, la croissance des investissements chinois au Sénégal a pris des proportions presque rarement égalées. Par exemple, entre 2013 et 2023, les Chinois ont investi plus d’un milliard d’euros dans le pays. À ce rythme, ils pourront bientôt être au même niveau, sinon dépasser leurs concurrents français. Les Turcs aussi ont réalisé des progrès très importants, surtout dans des domaines comme les BTP où ils sont actuellement parmi les leaders.

14e client du Sénégal (exportations), 1er fournisseur (importations)

Les mêmes tendances sont également notées dans le domaine des exportations. La France est loin d’être le premier marché des produits sénégalais. Selon des chiffres de l’ANSD, les exportations sénégalaises en 2023 s’élèvent à 3 224 milliards F CFA (4,9 MDS d’euros). Le Mali demeure le premier client du Sénégal avec près de 23 % du total des exportations sénégalaises (1,1 MD EUR), devant la Suisse (12,1 %) et l’Inde (10,2 %). “La France se positionne au 14e rang des clients du Sénégal, en légère progression par rapport à 2022 (17e), mais toujours en deçà de sa position historique”, note le site du Trésor français.

Relativement aux biens exportés, l’ANSD renseigne qu’il s’agit des produits pétroliers (21 % de la valeur totale des exportations). Suivent l’or avec la Suisse (16,4 %) et l’acide phosphorique pour l’Inde (8,2 %).

Pour les importations, les chiffres de l’ANSD l’évaluaient à 7 207 milliards F CFA (11 MDS d’euros) en 2023. “Les principaux fournisseurs du pays ont été la France (12 %) qui reprend son rang perdu en 2022 au profit de la Chine (10,9 %) et le Nigeria (8,6 %)”, rapporte le Trésor français, qui précise que le Nigeria a dépassé l’Inde (6,7 %) en doublant ses parts de marché au Sénégal sur un an.

La France a donc gagné des parts de marché durant l’année 2023. Une place qu’elle avait perdue au profit de la Chine. L’on note également une avancée fulgurante de la Russie qui a gagné d’importantes parts de marché sous Macky Sall. Le portail français faisait remarquer une progression de plus de 135 % en cinq ans, entre 2023 et 2019). Le pays de Poutine est ainsi passé du rang de 17e fournisseur du Sénégal en 2016 à celui de 4e en 2023.

Dans le même temps, plusieurs pays de l’UE ont vu leurs parts de marché diminuer, entre 2022 et 2023. C’est le cas, par exemple, de la Belgique-Luxembourg (de 6,3 % à 5,8 %), de l’Espagne (de 6,1 % à 2,5 %) et des Pays-Bas (de 5,2% à 2,8 %).

Il faut noter que les produits manufacturés constituent le premier poste d’importation avec plus de 70 % du total des produits importés en 2023.

Toutefois, les achats extérieurs de denrées alimentaires de première nécessité et de produits pétroliers restent également très élevés.

AIDE PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT

La France, premier bailleur bilatéral

En sus des relations commerciales encore fortes, mais de plus en plus bousculées par la concurrence, la France est aussi bien présente dans le domaine de l’aide au développement, avec notamment la présence de l’Agence française de développement (AFD).

Sous ce registre, la France est présentée comme le premier bailleur bilatéral du Sénégal.  “Depuis la reprise des prêts souverains en 2007, l’AFD a engagé près de 2 MDS EUR au Sénégal, tous produits financiers et secteurs confondus, initiant une progression forte de ses engagements annuels”, informe le Trésor français.

Le portail de préciser que le portefeuille de l’AFD au Sénégal est constitué de plus de 70 projets en cours d’exécution, orientés vers les secteurs de l’agriculture et du développement durable, l’eau-assainissement, le transport et le développement urbain, l’énergie, le développement humain et l’éducation, la gouvernance et le secteur privé.

“Au 30 septembre 2023, Proparco a financé (en direct) au Sénégal 21 entreprises pour un montant de 262 millions d’euros et au 31 octobre 2023, elle a octroyé 138 millions d’euros en garantie à des entreprises. Dans le cadre de la 1re phase de Choose Africa, 100 millions d’euros ont été engagés”, informe le portail du Trésor français.

MOR AMAR

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