Publié le 21 Mar 2023 - 11:37
PROJECTION DU FILM ‘’FAT KINE’’

Portrait de femmes ‘’père-mère’’

 

La célébration du centenaire de la naissance d’Ousmane Sembène se poursuit avec le ciné-club Samba Félix Ndiaye. Samedi dernier, ‘’Fat Kiné’’ a été projeté au musée de la Femme Henriette Bathily. Le choix du lieu de projection et du film n’est pas fortuit. C’est pour s’inscrire dans la célébration de la lutte des droits des femmes, en ce mois de mars. 

 

Elles sont nombreuses les femmes qui ont dû éduquer seules leurs enfants pour diverses raisons. C’est le cas de Fat Kiné, personnage principal du film éponyme réalisé par Ousmane Sembène et sorti en 2000. Vingt-trois ans après, la thématique est actuelle et les portraits de femmes que proposait Sembène à cette époque étaient bien en avance sur leur temps.

Fat Kiné a deux enfants de pères différents. Aucun des deux n’est né des liens d’un mariage. La première grossesse l’a éloignée de l’école et a coûté un mariage à sa mère. Le deuxième est né alors qu’elle avait un poste de pompiste. Le père disparaîtra après l’avoir grugée. Elle portera ses deux enfants et sa mère. Elle se battra pour son indépendance financière et deviendra gérante de station-service. Dans un milieu purement macho, elle a su s’imposer. Elle n’a pas eu son Bac et a pu avoir sa propre maison à force de travail et offrir à ses deux enfants une belle éducation. Ils réussiront au Bac avec la manière. Moment choisi par leurs géniteurs pour refaire surface.

Si Fat Kiné symbolise le présent, la femme émancipée, sa mère est le passé. Elle est ancrée dans la tradition. Elle est fière de ce qu’est devenue sa fille, mais ne manque jamais, en privé, de lui rappeler leur dure trajectoire.

Par ailleurs, sa petite-fille, la fille de Fat Kiné, symbolise le futur. A 19 ans, elle assume sa sexualité devant tous, ne veut pas devenir gérante de station. Ambitieuse, elle veut plus.

Que dire des amies de Fat Kiné ! Un trio de femmes ‘’fortes’’. Elles ont en commun leur célibat. Une manière peut-être pour Sembène de dire que la femme n’a pas forcément besoin d’un homme pour être épanouie. Ce que ne semble pas comprendre la famille de Fat Kiné qui veut vaille que vaille lui trouver un mari.

En filigrane et de manière subtile, Senghor traite de questions politiques. Il parle du colonialisme, des indépendances et du néocolonialisme à travers les discours des membres du club Utopie et perspectives.

Ce film avant-gardiste à bien d’égards de Sembène a été projeté samedi dernier au musée de la Femme Henriette Bathily. C’est dans le cadre de la célébration du centenaire de la naissance de Sembène Ousmane. La projection a été organisée par le ciné-club Samba Félix Ndiaye. L’initiateur du ciné-club, le journaliste et critique de cinéma Aboubacar Demba Cissokho, est revenu sur la place de la femme dans la cinématographie de ‘’L’aîné des anciens’’. Ce qui s’explique par ses origines.

En effet, il a rappelé que Sembène est né en Casamance où la place de la femme dans la société diola a une certaine influence et que la mère de Sembène est rattachée au Walo avec les valeurs de femmes indépendantes.

Ainsi, que cela soit dans œuvres cinématographiques ou littéraires,   Sembène Ousmane met toujours la femme en avant. Par exemple, dans son livre ‘’Les bouts de bois de Dieu’’, il parle d’une  marche des femmes qui n’a  jamais existé dans la réalité, mais il l’a fait pour montrer le rôle important que peuvent jouer les femmes dans le dénouement des conflits. Dans ses œuvres cinématographiques comme ‘’Xala’’, ‘’La Noire de’’ ou encore ‘’Moolaade’’, les femmes sont en première ligne. En quelque sorte, Sembène était un féministe qui connaissait le droit des femmes.

DEYE KHOUDIA DIENG (Stagiaire)

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