Publié le 24 Mar 2026 - 15:39
AN 2 DIOMAYE

L’année de l’affirmation

 

Justice, réconciliation nationale, réformes publiques… La deuxième année de Diomaye aura été celle de l’affirmation d’un Président longtemps sous le joug de son Premier ministre et “leader” politique.

 

Si la première année du magistère de Bassirou Diomaye Diakhar Faye a été marquée par l’affaire de la dette cachée qui tarde encore à se dénouer, la deuxième est rythmée par un antagonisme au sommet de l’Exécutif, entre le président de la République et son Premier ministre Ousmane Sonko. Ces hostilités ont été ouvertement déclenchées par le chef du gouvernement qui, en juillet dernier, a fait une sortie qui restera dans les annales, allant jusqu’à taxer le président de la République de manquer d’autorité. Il venait d’essuyer un nouveau revers dans l’affaire l’opposant à l’ancien ministre Mame Mbaye Niang.

Par la suite, au mois de novembre, Ousmane Sonko a mobilisé toutes ses troupes pour donner une sorte d’ultimatum au président de la République, en l’invitant à regagner les rangs.  Arrivé au pouvoir dans un contexte où le pays était miné par des divergences profondes, le président Bassirou Diomaye Faye avait beaucoup misé sur la réconciliation nationale, plusieurs fois revenue dans ses premiers discours d'avant et après investiture. Deux ans plus tard, le président Faye s’efforce bon an mal an de rester fidèle à cette promesse. Il n’a eu de cesse de tendre la main aux Sénégalais de tous bords, pour bâtir un Sénégal de paix et de concorde. Pour lui, le bien le plus précieux du Sénégal, c’est sa stabilité. “C’est pourquoi, je ne ménagerais aucun effort pour préserver cette paix et cette stabilité”, disait-il, à  l’occasion de la réception des conclusions du dialogue national sur le système politique.

Cette ligne de conduite a fini de le placer au cœur de la guerre opposant le nouveau pouvoir de Pastef à l’ancien incarné par l’APR de Macky Sall. D’un côté, ses ex-amis de Pastef lui reprochent de privilégier la réconciliation sur la justice ; de torpiller les promesses de rupture et de reddition des comptes... D’un autre, les responsables et sympathisants de l’ex-pouvoir l’accusent d’instrumentaliser la justice pour affaiblir et neutraliser leur camp.  C’est dans ce contexte de tensions et de suspicions que le président de la République s’est vu presque contraint de se chercher une nouvelle trajectoire politique, une sorte de troisième voie qui s’éloigne de ce clivage APR/PASTEF. Une orientation qui vise à dépasser les logiques d’affrontements partisans pour privilégier la stabilité institutionnelle, la cohésion nationale et l’efficacité de l’action publique. Le président n’échappe cependant pas aux pressions de son Premier ministre qui a fini par avoir le limogeage des ministres de la Justice et de l’Intérieur.

Justice : une volonté assumée d’être au-dessus de la mêlée 

La justice a ainsi été au cœur de ces deux premières années au pouvoir. Entre reddition des comptes, traque des insulteurs publics, réformes judiciaires, il n’y a presque pas eu de répit depuis 2024. Il y a un an, faisant le bilan de l’an 1, EnQuête relevait pas mal d’insuffisances dans le fonctionnement de la Justice. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Diomaye s’est émancipé de l’emprise de son Premier ministre et chef de parti pour assumer pleinement sa mission présidentielle. Il imprime ainsi une avancée notoire par rapport aux alternances précédentes.  De plus en plus, la Justice instruit à charge et à décharge. De plus en plus, elle poursuit aussi bien des partisans de l’opposition que ceux du pouvoir. Cette posture, le Président l’a assumée malgré les critiques de ses amis. “C’est à la fois un honneur et un privilège d’être le président de la République. Cette charge, je compte l’assumer pleinement et avec humilité….

C’est pourquoi la priorité des priorités pour moi a été de restaurer la confiance des sénégalais envers la justice. Et quand on veut une justice véritablement indépendante, il faut la libérer”, réagissait-il suite aux accusations de son numéro 02, en juillet dernier.  Cette volonté de libérer l’institution judiciaire ne fait pas que des heureux. Tout en contribuant à renforcer l’image d’un président soucieux d’être au-dessus de la mêlée, elle est perçue comme un manque de fermeté par ses partisans qui s’attendaient à des arrestations massives chez les ex tenants du pouvoir. Pourtant, ils sont nombreux les dignitaires et partisans de l’ancien régime à avoir été envoyés en prison au nom de la reddition des comptes. D’ailleurs, du côté de ses adversaires, chaque procédure judiciaire est systématiquement dénoncée comme une possible tentative de règlement de comptes. Dans ce contexte, la ligne que Diomaye tente de tenir apparaît comme un exercice délicat d’arbitrage entre exigence de justice et respect des principes démocratiques. Le principal risque étant de dérouter sa base naturelle sans être assuré de convaincre ses adversaires.

L’année des réformes  

Mais sur cette question, Diomaye reste focus comme il en avait fait la promesse en démissionnant des postes de responsabilité au sein de son propre parti. Il avait d’ailleurs annoncé des réformes majeures pour ce premier trimestre 2026. Parmi ces réformes constitutionnelles, on note les projets de textes relatifs à la Cour constitutionnelle, au Conseil supérieur de la Magistrature, à la Commission électorale nationale indépendante (CENI), ainsi que le projet de Code électoral. Des réformes qui devraient considérablement changer l’architecture institutionnelle politico-judiciaire.  Auparavant, le régime avait adopté les lois sur l’accès à l’information et la protection des lanceurs d’alerte. Idem pour l’Ofnac et le blanchiment de capitaux qui ont aussi été des réformes presque unanimement saluées.  Au plan économique, le mandat a été marqué par l’inépuisable question de la dette publique.

Ils ont été nombreux à prédire un défaut de paiement du Sénégal au mois de mars. Mais à l’arrivée, le pays a déjoué certains pronostics en s’acquittant des eurobonds qui attiraient le plus l’attention. Mais cet épisode ne doit pas masquer les nombreuses tensions auxquelles font face quotidiennement les responsables des Finances. Ce qui impacte considérablement le rythme des investissements et des travaux publics.  Le jour même de la korité, le Premier ministre expliquait les lenteurs dans le démarrage de certains travaux, dont le pont Émile Badiane à Ziguinchor, par cette question de la dette et l’absence d’un nouvel accord avec le Fonds monétaire international. Dans le même sillage, il faut inscrire l’arrêt ou le ralentissement de nombreux programmes dont le Programme spécial de développement. Malgré ces difficultés, le régime a réussi à opérer pas mal de baisse au niveau des prix des produits de première nécessité.  À propos de la renégociation des contrats, des efforts ont été annoncés dans certains domaines, mais dans le secteur des hydrocarbures, c’est encore le branle-bas.

MOR AMAR

Section: 
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