Publié le 16 May 2015 - 22:22
NON-APPLICATION DES RECOMMANDATIONS SUR L’ECOLE

Toujours à l’étape du diagnostic

 

En matière de réflexion, tout ce dont a besoin l’école sénégalaise a été déjà fait. Et le résultat est toujours le même : langues nationales exclues, non-prise en compte des réalités socioculturelles et des besoins, exclusions…. Le forum citoyen tenu hier sur initiative de la Cosydep et ses partenaires entend rappeler aux décideurs leurs engagements

 

Le forum citoyen 2015, une activité qui entre dans le cadre de la semaine mondiale d’action pour l’éducation, a été organisé hier à l’hôtel de ville de Dakar par la Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep) et ses partenaires. Il a pour thème ‘’le droit à l’éducation, de 2000 à 2030’’. Il comporte donc, comme l’a souligné le coordonnateur de la Cosydep, Cheikh Mbow, une partie bilan (2000/2015) et une partie perspectives (2015/2030). S’agissant du bilan, le constat est clair et ne date pas d’aujourd’hui. L’école n’est pas encore une école sénégalaise, elle est inefficace et n’est pas ancrée dans les valeurs sociales et religieuses, parce que fonctionnant avec un système emprunté. Ce qui occasionne l’émergence d’autres systèmes qui répondent à des besoins non reconnus ou insuffisamment pris en compte.

Le résultat, d’après Cheikh Guèye du Groupe Refondation, se traduit par un antagonisme entre les systèmes, la stigmatisation des uns par les autres, des discours revanchards. Donc des profils difficilement réconciliables. De ce fait, il trouve qu’il y a risque que demain des citoyens soient face-à-face et créent ainsi un conflit comme dans certains pays. Tout ce bilan, d’après M. Mbow, est le résultat d’engagements forts au départ mais non tenus à l’arrivée. L’agenda post 2015 sera donc l’occasion de rappeler aux décideurs le non-respect de la parole donnée et de les inciter en même temps à prendre de nouveaux engagements qu’ils tiendront.

C’est donc le moment d’attirer leur attention sur la nécessité de prendre des mesures d’urgence. Au Sénégal, il suffit juste d’une application des recommandations des Assises de l’éducation et de la formation de 2014.

En effet, le constat d’aujourd’hui est presque le même qu’en 1981 avec les états généraux de l’éducation. Mais la remarque faite par Amadou Wade Diagne de la Cosydep est que la loi qui devait permettre l’application de l’introduction des langues a été votée en 1991, c’est-à-dire 10 après les concertations. Aujourd’hui encore, c’est-à-dire 24 ans après, on est encore à la réflexion. Par conséquent, conclut Moussa Mbaye, Pca de la Cosydep, la question qui se pose est de savoir comment les mettre en œuvre. La réponse est trouvée dans l’implication des communautés. Il leur appartient désormais non seulement de porter les initiatives, mais aussi d’assurer leur suivi.

25 milliards grâce aux anciens

L’autre problème de l’école est le financement. A ce niveau aussi apparaît l’importance de l’implication des communautés. Le Pr Abdou Salam Sall affirme que les moyens pour l’éducation seront toujours inférieurs aux besoins. Il propose donc que les cadres qui occupent certaines positions grâce à l’école renvoient l’ascenseur. ‘’Nous sommes combien ? Cent mille ou un million ? Si chacun de nous donne 25 000 F, ça fera soit 2,5 milliards soit 25 milliards. Ça nous permet de démarrer au lieu d’attendre toujours les bailleurs’’. Des partenaires qui d’ailleurs, à son avis, ont tellement de conditionnalités de décaissement qu’il se demande à la limite s’il ne faut pas renoncer à leur argent. D’où le concept du retour à l’école qui permet à la fois de donner un modèle aux enfants et de mettre la main à la poche.

Introduction des langues nationales

Les propositions du sociologue Souleymane Gomis

La question de l’introduction des langues nationales dans le système éducatif continue d’être agitée. Son efficacité est pourtant prouvée selon plusieurs études. D’après ces études, les enfants apprenant avec une des langues locales maîtrisent mieux le français et les sciences. Le sociologue de l’éducation, Souleymane Gomis, un des panélistes du forum citoyen organisé hier par la Cosydep, a fait quelques propositions pour l’effectivité. Un, enseigner dans la langue du pays la moitié des programmes. Deux, l’autre moitié du programme dispensée en langue étrangère. Trois, avoir une troisième langue parallèle. L’universitaire estime que cette introduction des langues nationales est non seulement réalisable, mais hautement recommandée.

En termes de modalités pratiques, il préconise de démarrer l’utilisation de la langue en classe de 6ème secondaire, commencer l’enseignement par les maths et sciences, et recruter un groupe de linguistes-traducteurs. Le résultat, selon lui, est qu’au bout de 7 ans (baccalauréat), le Sénégal aura des cadres bilingues pour son administration. Il n’a pas manqué de souligner toutefois les coûts élevés de la traduction, mais il demande qu’ils soient comparés à la perte de fonds liée aux redoublements, à la déperdition scolaire, à la non-maîtrise des sciences et à la perte des savoirs et du savoir-faire endogènes. 

BABACAR WILLANE

 

Section: 
RENFORCEMENT DU SYSTÈME PHARMACEUTIQUE : 1,3 milliard F CFA pour renforcer la distribution des médicaments
MISE EN PLACE DES INTRANTS AGRICOLES À HAUTEUR DE 90% C’est un leurre, selon les paysans
RIZ LOCAL – AUTOSUFFISANCE : Le grand paradoxe
PERSPECTIVES DE DÉVELOPPEMENT EN AFRIQUE DE L’OUEST 2026 (BIDC) : La guerre au Moyen-Orient menace les acquis de l’Afrique de l’Ouest
FORA'ESS 2026 : L'Afrique veut faire de l'économie sociale un véritable moteur de développement
ÉCOULEMENT DU RIZ LOCAL : Des commerçants s’engagent à acheter la production
ALIOU DIONE - MINISTRE MICROFINANCE, ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE : “Les femmes ne sont pas des bénéficiaires, mais des décideuses...”
Campagne agricole 2026-2027
Campagne agricole 2026-2027
ASSOCIATION IMPACT’ELLE : Impact'elle dénonce une usurpation de son identité associative
Souveraineté alimentaire
FORA'ESS DAKAR 2026 – ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE : Le Sénégal veut faire de son modèle une référence africaine
DECENTRALISATION ET AMENAGEMENT DU TERRITOIRE : Vers un « consensus des territoires »
À LA TÊTE DE LA LONASE : Abdourahmane Baldé signe son retour à la direction générale
RESTRUCTURATION – FMI – AVD : Entre progrès et stagnation
DÉTENTION DE KHADIM BA ET DANE SARR : “Aar Sunu Kom-Kom” porte la fronde du secteur privé
À CAUSE DE LA MALNUTRITION : Le Sénégal perd 425 milliards F CFA par an
DÉCLARATION DE PATRIMOINE : Ultimatum de l'OFNAC
GESTION DE LA DETTE – RESTRUCTURATION : Cafouillage au sommet !
COOPÉRATION SÉNÉGAL-ALLEMAGNE Diomaye Faye et Friedrich Merz misent sur un partenariat économique renforcé