Publié le 30 Nov 2019 - 02:24
VOTE BUDGET SANTE 2020

Les députés au chevet d’un secteur malade 

 

Abdoulaye Diouf Sarr est passé, hier, devant l’hémicycle, pour le vote du budget du ministère de la Santé et de l’Action sociale. Les députés ont passé au peigne fin les difficultés et interpellé la tutelle sur les manquements constatés. Le ministre a annoncé des actions à venir.

 

Le secteur de la santé inquiète tous les Sénégalais qui n’ont pas les ressources d’aller se faire soigner dans les cliniques ou à l’étranger. Les députés se sont fait, hier, l’écho de ce désarroi. Face au ministre de la Santé et de l’Action sociale, les députés se sont lancés dans un exercice de diagnostic de ce secteur vital qui, à leurs yeux et celui de tous, est aussi malade que ses patients.

Ainsi, le leader du Pastef, Ousmane Sonko, estime que le Sénégal est très loin d’atteindre le minimum, si on se réfère aux normes édictées par l’Organisation mondiale de la santé (Oms). ‘’Je crois que nous avons un médecin généraliste pour 59 mille habitants, là où les normes sont à 1 médecin pour 10 mille.  Nous avons 1 sage-femme pour 10 mille habitants, là où la norme est 1 sage-femme pour 6 mille patientes. Nous avons 1 infirmier pour 11 mille, alors que l’idéal est 1 infirmier pour 3 mille…’’, a listé l’opposant.

Sonko ajoute à ce tableau l’insuffisance des fonds consacrés à la santé. A l’en croire, les dépenses de ce secteur représentent 1,47 % du Pib comparé aux Etats-Unis ou à la France où on parle de 10 à 11 %. ‘’Nous constatons que les 191 milliards prévus pour la Santé sont très insuffisants par rapport au besoin des Sénégalais. Cela nous amène à nous poser un certain nombre questions, car la santé est à la 7e place des priorités, on ne peut pas comprendre que les infrastructures, les transports, les forces armées viennent avant la santé’, se désole le parlementaire. Pour qui le régime en place devrait intégrer dans ses priorités l’implantation d’industries pharmaceutiques au Sénégal, car, révèle-t-il, les deux industries sur place viennent du Maghreb.

Contrairement à son collègue, Abdou Mbacké Dolly estime que le budget alloué au secteur grossit, d’année en année, sans qu’aucune réalisation palpable ne soit notée. ‘’Nous avons besoin d’un hôpital de niveau 2 et d’un bloc opératoire dans le département de Mbacké.  Sinon, combien d’infrastructures hospitalières avez-vous terminées ? Vous ne faites qu’achever les constructions de Me Abdoulaye Wade et ne parvenez même pas à équiper ces hôpitaux !’’, fulmine le membre du Parti démocratique sénégalais (Pds). Dans la même veine, son frère Cheikh Mbacké Bara Dolly a soutenu que la faiblesse du plateau médicale explique les évacuations à l’étranger.  Le président du groupe parlementaire Liberté et démocratie a, à cet effet, donné l’exemple du chef du Service de la médecine interne de l'hôpital Aristide Le Dantec, le professeur Abdoulaye Pouye.

Même les députés de la mouvance présidentielle ne sont pas en reste. Pape Sagna Mbaye de l’Afp s’est plaint de la cherté des soins à l’hôpital de Pikine. Qui, dit-il, doit être hissé à un niveau plus élevé. Le député Seydou Diouf s’émeut, lui, des difficultés pour affecter les spécialistes dans les zones reculées. Il invite, à cet effet, le gouvernement à négocier avec ces médecins ou même leur octroyer une prime de motivation.  

Parmi toutes ces voix outrées, préoccupées, voire apeurées, s’est dressée celle du président du groupe parlementaire Bby, Aymérou Gning, qui invite ses collègues à ne pas être ‘’nihilistes’’. A ses yeux, l’Etat a consenti d’importants efforts dans le domaine de la santé, de 2012 à nos jours. ‘’Seize hôpitaux ont été construits, 23 centres de santé, 1 013 districts de santé et plus de 2 millions investis pour la gratuité de la prise en charge des enfants’’, a listé le parlementaire.

Abdoulaye Diouf Sarr : ’’Il reste du chemin à faire, mais…’’

A sa prise de parole, le ministre de la Santé a tenté d’éclaircir ce tableau peu reluisant peint par l’opposition sur le système sanitaire sénégalais. Abdoulaye Diouf Sarr reste convaincu qu’il reste du chemin à faire, certes, mais estime que d’importantes réalisations ont été effectuées.  Il précise d’emblée que le budget de la Santé est passé de 125 milliards en 2012 à plus de 200 milliards en 2019, si on intègre la Couverture maladie universelle.

‘’Des réalisations ont été faites dans la prise en charge des malades du cardiaque. On trouve un peu partout des centres pour le traitement de la dialyse, actuellement. Il faut noter aussi que 3 612 fonctionnaires ont été recrutés dans le système sanitaire pour s’ajouter aux 7 492 qui étaient là en 2012’’, a-t-il tenté d’éclairer.

Selon le maire de Yoff, ces progrès ont eu un impact positif dans l’amélioration de la santé maternelle et la réduction de la mortalité infanto-juvénile. Toujours dans les acquis, l’hôte du jour de l’Assemblée nationale annonce qu’avant la fin de l’année 2020, les hôpitaux de Touba, Sédhiou, Kédougou et Kaffrine seront achevés.

Répondant à Ousmane Sonko sur les ratios, Diouf Sarr l’a invité à revoir ses chiffres qui seraient erronés. ‘’La norme est d’une sage-femme pour 300 femmes en âge de procréation et un infirmier pour 3 000 habitants. J’aurais bien aimé que la comparaison de la santé soit par rapport au budget national, mais pas au Pib’’. Ainsi Abdoulaye Diouf Sarr renseigne également que plus de 555 ambulances ont été achetées, depuis l’accession de Macky Sall au pouvoir, pour assurer la liaison entre centres de santé, districts et hôpitaux.

Concernant le cas des médecins spécialistes, le ministre de la Santé renseigne que c’est une branche chère au régime en place. Ce qui justifie, d’ailleurs, l’augmentation de leur bourse qui passe de 150 à 300 mille F Cfa.

Toutefois, le maire de Yoff précise que le relèvement du niveau des hôpitaux dépend de la carte sanitaire qui obéit à une cohérence nationale. ‘’Il faut étudier les demandes et ne pas vous baser sur les sollicitations des personnels de santé. Ces derniers pensent souvent aux subventions, en parlant du relèvement du plateau médical. Des localités comme celui de Mbour doivent cependant avoir un hôpital de niveau 2. Une étude est également en train d’être menée pour faire la situation des blocs opératoires et voir pourquoi certains sont fermés’’, a fait savoir le ministre de la Santé.  

A la fin des exposés, le budget de ce département a été arrêté à 701 709 588 658 F Cfa en autorisation d’engagement et à 191 714 747 125 F Cfa en crédits de paiement.

HABIBATOU TRAORE

 

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