Publié le 18 Mar 2015 - 12:01
BRAS DE FER MAIRIE DE DAKAR/ETAT DU SENEGAL

Khalifa Sall assène ses vérités et active ses réseaux

 

Le bras de fer qui oppose la mairie de Dakar et le gouvernement n’a pas encore livré tous ses secrets. Les deux camps, aussi bien la mairie de Dakar que le ministère de l’Economie et des Finances affûtent leurs armes. EnQuête qui avait ébruité cette affaire, a pu parcourir les dernières réponses livrées par le maire de Dakar, Khalifa Sall, à la lettre du ministre de l’Economie et des Finances. Une missive bien salace…

 

Le ton est polémique et les arguments visiblement travaillés par une armada de conseillers. Dans cette correspondance qui répond à la lettre N°00205 du 27 février 2015, mais qui n’est parvenue  à son destinataire que le 3 mars 2015 à 16 heures 45 minutes, le maire de Dakar, Khalifa Sall affûte son angle d’attaque pour, sans doute mieux se libérer de l’étau des Finances. Si en effet ‘’la Ville s’en remet définitivement au Conseil Régional de l'Epargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF) et s’attend à la confirmation de la décision autorisant l’émission de l’emprunt obligataire, décision fondée sur l’instruction N°36/2009 du 23 novembre2009’’, elle s’empresse d’attirer l’attention de l’Etat sur les ‘’risques’’ de voir le Sénégal perdre sa ‘’crédibilité’’, s’il persiste dans la voie empruntée.

‘’Votre décision risque d’entacher la réputation de notre pays, notamment dans sa capacité à respecter sa signature et ses engagements internationaux’’, écrit en effet le maire de Dakar. Dans cette lettre dont l’identité des ‘’ampliataires’’ renseigne sur la stratégie choisie, les bailleurs de fonds occupent une place centrale. La lettre réponse de Khalifa Sall est adressée au Fonds monétaire international (FMI), à la Banque mondiale (BM), à l’USAID et à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO). 

L’Agence française de développement est citée dans l’argumentaire du maire de Dakar, dans la partie relative aux aspects financiers de l’emprunt obligataire, du fait que sur les 19,7 milliards retenus comme encours de la dette envers le secteur bancaire, les 16,3 milliards concernent l’Agence française de développement (AFD) et la Banque ouest africaine  de développement (BOAD). Et ce n’est sans doute pas un hasard si on retrouve encore l’agence française et la Fondation Gates ensemble dans beaucoup d’initiatives comme cet ‘’atelier sur les conditions pour favoriser l’accès des collectivités africaines aux  marchés obligataires (Lab municipal bond markets)’’, qui se tiendra le 27 mars prochain au siège de l’AFD à Paris. Officiellement, c’est un atelier, qui ‘’s’insère dans un mandat donné par le Gouvernement éthiopien à la Fondation Gates pour préparer un rapport sur les financements innovants assis sur les marchés de capitaux à présenter à Addis’’. Comme par hasard, ‘’il est vivement souhaité une présentation par Monsieur le Maire de  l’expérience de la Ville de Dakar dans la préparation d’un emprunt obligataire’’, selon les termes du document parcouru par EnQuête.

Eléments de réponse

La lettre-réplique de Khalifa Sall au ministère de l’Economie et des Finances Amadou Bâ s’intéresse aux arguments juridiques et financiers avancés par les services du ministre de l’économie et des Finances pour disqualifier la  procédure d’emprunt obligataire. L’aspect financier de la structure de l’endettement de la  mairie de Dakar est une mine d’information. ‘’Le tableau fait ressortir une moyenne annuelle de remboursement de 3,5 milliards en 2015 et 2016’’, alors que ‘’ce montant est ramené à 1,6 milliard pour la période allant de 2017 à 2024 et moins de 400 millions pour lé période allant de 2025 à 2034. Ce qui fait dire à Khalifa Sall que ‘’la ville de Dakar, au regard du niveau actuel de ses recettes n’aura aucune difficulté pour honorer ses engagements financiers envers le secteur bancaire’’. Ce, d’autant plus que ‘’le montant de la patente collectée par la ville ne va pas subir de modification substantielle’’. C’est ‘’sous cet angle que la Ville de Dakar a élaboré son budget de l’année 2015’’.

Ne tiennent pas non plus la route, dans la logique de la  Mairie  de Dakar, les arguments consistant à dire que 6,2 milliards de francs Cfa ont été décaissés par l’Etat ‘’pour apurer des factures d’électricité de la ville de Dakar’’. Réponse : ‘’depuis 2004, l’Etat s’est engagé à payer les factures d’éclairage public de toutes les collectivités locales’’ et que ‘’la convention que l’Etat a signée avec la Senelec dans le cadre du règlement des dettes croisées ne concerne pas spécifiquement la ville de Dakar, mais toutes les collectivités locales du Sénégal’’. Dans la même veine, il  est relevé, que la participation de l’Etat dans la gestion des ordures ‘’ne bénéficie pas à la ville de Dakar, mais à l’Entente Cadak Car’’. Mieux, ‘’la ville de Dakar prend en charge chaque année sur son budget à hauteur de deux milliards, la gestion des autres déchets qui ne sont pas pris en compte par l’Entente Cadak Car’’.

Dans tous les cas, relève Khalifa Sall, ‘’depuis l’indépendance de notre pays, les charges relatives à la gestion des ordures ménagères sont supportées par l’Etat qui, sous une forme ou une autre, s’est toujours substitué aux collectivités locales’’. A suivre….

Mame Talla Diaw

 
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