Publié le 17 May 2017 - 12:59
COOPÉRATION BILATÉRALE SÉNÉGAL-GHANA

L’empreinte des hydrocarbures

 

Le président ghanéen, Nana Akufo Addo, en visite à Dakar depuis lundi, a assuré à son hôte et homologue sénégalais Macky Sall que son pays l’accompagnera pour ses premiers pas dans l’exploitation d’hydrocarbures.

 

Ça gaze et ça carbure entre Dakar et Accra. Le Sénégal va s’inspirer de l’expérience ghanéenne dans l’exploitation des ressources minérales. Ce pays est déjà entré de plain-pied en fin 2010 dans l’exploitation avec le champ pétrolier offshore de Jubilee notamment. ‘‘On a demandé au Ghana de partager avec nous cette expérience puisque nous n’étions pas un pays pétrolier. Maintenant que nous allons aller vers une exploitation importante des ressources naturelles, toutes les expériences réussies devront nous servir pour éviter de faire des erreurs que beaucoup de pays africains ont eu à faire’’, a déclaré le président sénégalais Macky Sall. En recevant son homologue Nana Akufo-Addo, Président de la deuxième économie de la zone Cedeao, hier au Palais, M. Sall a reçu l’assurance que le Sénégal ne sera pas seul dans l’aventure des ressources minérales.

 ‘‘Je crois que c’est un domaine où une coopération est essentielle entre nos deux pays. Notre expérience vous sera disponible. Si nous mettons toutes nos forces ensemble, nous allons pouvoir confronter les puissants intérêts étrangers’’, a déclaré le successeur de John Dramani Mahama depuis le 7 janvier 2017. Une coopération bilatérale qui concerne surtout le cadre juridique. ‘‘Nous avons de bonnes et de mauvaises expériences et si nous les partageons avant que vous n’entriez dans ce domaine, cela va vous renforcer dans les négociations avec de puissantes et grandes compagnies qui sont un élément central dans l’industrie du pétrole.

C’est important que nous nous coalisions et travaillions ensemble. Nous sommes disposés à mettre toutes les informations à la disposition du gouvernement sénégalais’’, poursuit-il. C’est justement dans le sens de se renforcer contre les puissants seniors de l’exploitation que Dakar veut être accompagné par Accra. D’après le Président Sall, exercer le contrôle à chaque étape sera crucial. ‘‘Ce sont d’abord les négociations avec les compagnies, nous avons déjà signé les contrats de partage de production qui sont définis par le Code pétrolier, les décrets d’application et tous les textes qui organisent l’activité pétrolière. Une chose est d’avoir les contrats, une autre est de vérifier le respect de l’application des dispositions qui sont dans les contrats’’ ; a dit Macky Sall.

Syndrome hollandais

Les présidents ont par ailleurs esquissé la configuration économique que devraient apporter les revenus espérés de l’exploitation des hydrocarbures. Tous deux sont pour des formules qui nous épargneraient le ‘‘syndrome hollandais’’, le délaissement des autres activités économiques à cause des ressources naturelles, que le diktat du gaz et du pétrole risque d’apporter.

‘‘Nous allons réfléchir aussi sur comment le pays va s’organiser, comment notre économie va s’organiser sans que nous ne soyons dépendants de cette activité parce que malheureusement, la plupart des pays africains qui ont des fragilités ont privilégié la manne pétrolière en se disant que ce n’est plus la peine de faire l’agriculture, de travailler car il y a du pétrole. C’est la pire des erreurs. Le Sénégal ne saurait tomber dans ce jeu. Le pétrole, ou le gaz, va apporter un ballon d’oxygène qui doit être réinjecté dans les secteurs économiques, l’industrie, l’élevage, les services etc. Chaque fois qu’il y a eu des vulnérabilités sur les ressources naturelles, les économies africaines ont été plombées. Nous devons être résilients’’, a prévenu le président sénégalais.

 Quant à Nana Akufo Addo, il voit en ces ressources minérales la chance d’une transformation radicale de l’économie. ‘‘Le besoin est de reconsidérer ces revenus autrement pour diversifier la structure de nos économies. Il faut s’éloigner de la configuration économique dépendant de l’exportation des matières premières pour développer une industrie lourde’’, a suggéré le président ghanéen. 

OUSMANE LAYE DIOP

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