Publié le 3 Aug 2018 - 01:48
DOCTEUR MAMADOU MOUSTAPHA MBENGUE (PRESIDENT DU REGROUPEMENT DES PHARMACIENS DE LA REGION DE DIOURBEL)

‘’L’autorité étatique doit parler avec celle religieuse ‘’

 

Le marché noir du médicament est une vraie hantise pour les professionnels de la santé. Ces derniers font beaucoup d’efforts pour éradiquer ce mal. Dans cet entretien, docteur Mamadou Moustapha Mbengue explique que le combat restera vain, sans des efforts conjugués des autorités étatiques et religieuses.

 

Comment se porte le médicament dans la région de Diourbel ?

C’est bon, ça va.  Sauf qu’il y a le problème que tout le monde connaît qui est le marché noir dans la région de Diourbel.  C’est à la fois un problème des officines de santé de manière générale, et donc de santé publique.  Le regroupement et l’ordre des pharmaciens jouent un rôle important dans ce domaine. Il s’agit de l’installation d’officines dans la localité.  Dans chaque quartier, il y a au moins une officine installée.  Ceci règle quand même le problème de la disponibilité du médicament. C’est à la limite une offre par rapport à cette alternative qui n’est pas de qualité.

Est-ce qu’avec leur installation, le recours aux dépôts a baissé ?

Il y a peut-être une baisse en ce qui concerne le recours aux dépôts. Mais ces derniers sont aujourd’hui plus que jamais nombreux.  Il y a aussi un changement de comportements de la population, parce que les pharmaciens qui sont là ne cessent de sensibiliser sur la situation. Mais cela apparaît qu’au niveau politique et religieux, il y a des difficultés dans la prise de décision.

Est-ce que les populations ont adhéré à cette cause ?

Oui. Les sensibilisations ont eu un impact. Il y a des changements de comportements, comme je l’ai dit tantôt. Ce qu’il y a lieu de leur faire comprendre, c’est qu’ils peuvent avoir des médicaments génériques de marque où ceux de la PNA en qualité et à leurs bourses. On n’a pas encore atteint l’objectif, mais on est sur la bonne voie.

Qu’est-ce qui fait que les dépôts sont devant les structures de santé et les officines ?

C’est leurs stratégies. Ces gens sont des commerçants et se comportent comme tel. Sans doute parce que la demande est plus généreuse de ce côté qu’ils ont décidé de s’y installer.   En ce qui nous concerne, il y a des normes  d’installation.  Une certaine distance que nous sommes tenus de respecter  entre  les  pharmacies.

Face à  cette  illégalité  qui  se  fait  au  su  et  vu  de  tout le monde, qu’est-ce que les professionnels   comme  vous  sont  en train  de  faire  pour  trouver  une  solution  définitive ?

Nous n’avons pas le pouvoir de régulation. Nous ne sommes ni policier ni gendarme, encore moins autorité religieuse et politique.  Il appartient à ces derniers de réguler, de parler de la situation.  En tant que professionnels du médicament, ce que nous pouvons, c’est sensibiliser les populations sur les dangers du médicament de la rue.  Le problème de coût ne se pose pas.  Il faut juste noter que la situation a trop duré et il faut réussir à faire comprendre aux populations qu’elles sont en train de s’exposer.

On dit souvent que des chefs religieux sont derrière ce marché noir !

On ne saurait faire une telle affirmation. Ce que nous faisons, c’est de parler à tout le monde.  Ce qui est sûr est que ces autorités religieuses ne se ravitaillent pas au niveau des dépôts. Ils connaissent les dangers, c’est nous qui leur vendons leurs médicaments pour leur usage. Il faut des efforts conjugués des autorités étatiques et religieuses. L’autorité étatique doit parler avec celle religieuse.

Diourbel est aujourd’hui pointé du doigt.  Des camions remplis de médicaments ont été saisis, alors que la région, pour ne pas citer que Touba particulièrement, était la destination. Est-ce que vous pensez que la justice fait son travail dans ce domaine ?

Ces camions sont entre les mains de la justice, les convoyeurs aussi.  La question est pendante et on ne peut qu’attendre. Il y a des organismes spécialisés pour transporter le médicament. Tout le monde ne peut pas convoyer. Il faut dans ce sillage que les forces de l’ordre fassent leur travail comme il se doit. Il n’y a que les grossistes agréés, les camions de la Pna qui peuvent transporter des médicaments. Il faudrait tout simplement empêcher tout autre camion qui n’est pas de ces derniers d’accéder à la ville. Ce sera déjà un premier pas.

En premier ressort, ce n’est pas le pharmacien qui utilise les médicaments mais les populations.  C’est donc un problème de santé publique.  Le médicament est un poison. Si quelqu’un manipule un poison sans le savoir, il se met en danger et par ricochet tout son entourage. Le circuit parallèle est en général un circuit mafieux, de contrefaçon.  Le circuit normal part du fabricant agréé vers le distributeur autorisé et vers les pharmaciens qui sont des professionnels.  Le marché noir des médicaments est mafieux et géré par des malfaiteurs.  Il ne se soucient pas  de  la santé  des  populations ; tout  ce qui  les  intéresse,  c’est  l’argent,  que les médicaments soient bons ou  pas.  Le danger, c’est  la population qui  le subit.  Il y a plus  de  maladies  d’insuffisance rénale  chronique  qui ne sont dues  qu’aux  médicaments.

VIVIANE DIATTA

 

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