Publié le 2 Apr 2026 - 19:39
AFFAIRE ASER  

Jean-Michel Sène dénonce un « complot » et solde ses comptes avec Thierno Alassane Sall

 

Dans une conférence de presse fleuve placée sous le signe de la « redevabilité », la direction de l'Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) a tenté de désamorcer la polémique entourant un marché de 91 milliards de FCFA. Entre révélations sur des fraudes documentaires et ripostes politiques cinglantes, le Directeur général, Jean-Michel Sène, a choisi la stratégie de la contre-offensive frontale.

 

Face à une assistance nourrie de journalistes, l’état-major de l’ASER a d'emblée voulu poser un cadre solennel à cette rencontre. Pour l'agence, il ne s'agissait pas simplement de répondre à une polémique, mais de restaurer une vérité institutionnelle face à ce qu'elle qualifie de « monstruosités ».

Mbaye Babacar Diouf, conseiller technique en stratégie du Directeur général, a ouvert le bal en justifiant la nécessité de cette prise de parole publique : « Pour des raisons de transparence et de redevabilité, nous avons décidé de mettre à la disposition du public des documents authentiques. Parce que les silences sont les complices de toutes les monstruosités. »

Au cœur de l'explication : un projet titanesque de 140 millions d’euros (environ 91,8 milliards de FCFA) destiné à sortir 928 localités de l'obscurité, avec une extension possible à 1 500 villages. Si le contrat avec l'entreprise espagnole AEE Power EPC semblait sur les rails depuis février 2024, l'ASER révèle aujourd'hui les raisons du blocage : la découverte de documents falsifiés. Des vérifications auprès de la Direction centrale des marchés publics (DCMP) auraient révélé des anomalies administratives majeures, entraînant une rupture de confiance totale et le portage de l'affaire devant la Cour suprême.

Jean-Michel Sène en première ligne : « Certains journalistes sont payés »

Lorsque le Directeur général, Jean-Michel Sène, a pris la parole, le ton a radicalement changé, passant de l'explication technique à l'offensive politique. Pour lui, l'ASER est la cible d'une cabale orchestrée.

Sans détour, il a fustigé une partie de la corporation médiatique : « Certains journalistes sont payés pour s’attaquer à l’ASER. » Affirmant que les sources de financement de ces campagnes de dénigrement sont connues de ses services, il a rappelé que la structure est rompue à l'exercice de la critique :

« On a tout enduré avec la presse depuis 2021. Aujourd’hui, nous ne sommes plus ébranlés par ces attaques. »

Duel à distance avec Thierno Alassane Sall : L'accusation des 49 milliards

Le moment le plus électrique de cette conférence de presse fut sans conteste l'attaque directe contre l'ancien ministre Thierno Alassane Sall (TAS). Jean-Michel Sène a lié le sort de ce dernier à celui de l'homme d'affaires Saïdou Kane, affirmant que « personne ne peut les délier ».

Le DG de l'ASER a ensuite lancé une accusation chiffrée qui risque de faire grand bruit : il a soutenu que l'un d'eux aurait encaissé 65 milliards de FCFA d’une banque pour un travail réalisé à hauteur de seulement 16 milliards.

« Où sont passés les 49 milliards restants ? », s'est-il interrogé, avant de balayer les critiques de TAS d'un ton méprisant : « Nous n’avons pas le temps de répondre à tout. Les Sénégalais savent qu’il raconte n'importe quoi. »

Visiblement sûr de sa gestion, Jean-Michel Sène a conclu son intervention par un défi lancé à quiconque tenterait de l'éclabousser personnellement. Se disant prêt à affronter toute nouvelle polémique, il a invité son principal opposant à passer des paroles aux actes. « Qu’il cite un seul franc détourné par moi, et on verra », a-t-il insisté avec fermeté.

Alors que l'affaire est désormais entre les mains de la Cour suprême pour les aspects contractuels, la bataille de l'opinion, elle, semble ne faire que commencer. L'ASER, par cette sortie, tente de reprendre la main sur un dossier où les milliards de l'électrification rurale semblent désormais se conjuguer avec les enjeux de la lutte contre la corruption et les règlements de comptes politiques.

MAMADOU DIOP 

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