Publié le 5 Apr 2019 - 17:55
FOOT EN CLAIR

L'Etat de droit contre les droits télé ?

 

Le foot en clair va-t-il finir par être inscrit dans la constitution ? Cela semble presque ubuesque, mais devant l'extension constante de la formule «  sur abonnement », on en finirait presque par le souhaiter. Et «  la grande consultation » à ce sujet lancée par le ministère des Sports et de la Culture illustre bien cette vieille et inégale bataille de la démocratie contre l'économie...

 

Depuis mardi, « Franck Riester, ministre de la Culture, et Roxana Maracineanu, ministre des Sports, ont ouvert une consultation publique afin de recueillir les observations des citoyens et acteurs concernés par la retransmission télévisée des événements d’importance majeure » (communiqué officiel). Cette question n'est pas franchement nouvelle. Pour rappel, en France, depuis le décret n°2004-1392 du 22 décembre 2004, la fameuse « liste des 21 » garantit a minima ce qu'aura droit de regarder le citoyen lambda qui ne s'acquitte que de sa redevance télé.

Et le foot est concerné pour un certain nombre de « moments forts  » : toutes les prestations des Bleus dans le calendrier FIFA ; l'ouverture, les demi-finales et la finale du Mondial ; les demi-finales et la finale de l'Euro ; la finale de la Ligue Europa lorsqu'un club français y participe, la finale de la Ligue des champions et bien sûr la finale de la Coupe de France. Si vous ne voyez pas la Coupe de la Ligue, c'est certainement que le législateur l'a soit oubliée, soit qu'il a compris qu'il n'y avait pas trop de risques de ce coté-là. Pour tout le reste, le marché était ouvert pour « les libres renards dans le libre poulailler » comme disait si bien Karl Marx. Et quasiment tout a été dévoré par l'appétit des chaînes, dopé par l'addiction lourdes des clubs, de la FIFA ou de l'UEFA, aux droits télé.

Foot payant, volley gratuit ?

C'est justement cette évolution, qui a contaminé jusqu'à la Coupe du monde (pourtant en principe symbolique d'un foot des nations), qui conduit à l'actuel remue-méninges dans les couloirs de la Macronie. En appui : le rapport du sénateur David Assouline, qui préconisait notamment l'extension de la diffusion en clair à tous les matchs à élimination directe pour les compétitions se déroulant en France et l'application du décret dans les départements et territoires d'outre-mer. Les arguments politiques (le foot bénéficie de l'argent public pour ses stades, le contribuable mérite bien d'y jeter un coup d'œil par caméra interposée) et philosophiques (le ballon rond appartient à ceux qui l'aiment, pas à ceux qui peuvent se le payer) ne manquent pas en faveur d'une intervention de l'État, qui n'avait d'ailleurs pas besoin d'en passer par la « légitimité » d'une « consultation » populaire (même si c'est à la mode).

Il existe toutefois peut-être un malentendu. Lorsque l'on parle de retransmission «  en clair » versus « payant » , la vox populi songe directement à son affiche du dimanche soir. Mais du côté des ministères, la préoccupation principale semble davantage de contraindre les groupes audiovisuels à diffuser les sports féminins (souci nécessaire) ou les petites disciplines pourvoyeuse de médailles dans la perspective de Paris 2024. Et si à la LFP, on doit se faire du mouron, cela tient peut-être surtout à une petite phrase sibylline dans l'annonce de ce RIC de la télécommande : « La présente consultation porte également sur une éventuelle évolution de l’encadrement de l’attribution initiale des droits de tout ou partie de ces événements. » Avec peut-être, entre-temps, une Europe qui viendrait mettre son nez au nom de la libre concurrence, tout comme elle chamboula le foot pro avec l'arrêt Bosman.

UFC Que choisir ce soir à la télé

Pour l'instant, le modèle économique du foot pro, surtout en France, paraît inimaginable sans les droits télé. Et hormis un fail total de Mediapro la saison prochaine, la République ne viendra pas saper les fondements d'une si fragile économie. D'ailleurs, avant de s'occuper de réglementer quand débute ou non la sphère publique du foot, l'État régalien pourrait déjà défendre et assurer la protection des pauvres consommateurs abonnés de base, parfois maltraités, comme devant RMC sport, ce streaming payant (certes sans les pop-up porno).

Ensuite, peut-être viendra, qui sait, le jour où ce seront les clubs pros qui demanderont un retour du clair devant la chute dramatique des audiences (quand il y aura de nouveau plus de monde dans les tribunes que devant sa télé), et, par conséquent, de l'attractivité de leur produit, préoccupation déjà exprimée par certains pensionnaires de Bundesliga.

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