Publié le 27 Sep 2022 - 20:16
LANCEMENT DES CONCERTATIONS SUR LA VIE CHÈRE

Les défis du nouveau gouvernement

 

Malgré les efforts importants consentis par l’État pour diminuer le coût de la vie, des nuages subsistent quant à leur opérationnalisation dans le court et moyen terme.

 

Au terme de plusieurs heures d’échanges très ouverts, hier au palais, le président de la République a annoncé une dizaine de mesures pour rendre effectives celles destinées à l’allégement du coût de la vie. L’une des mesures phares consiste en l’accélération du paiement de la subvention de 15 milliards de francs CFA au titre de la subvention due aux meuniers pour maintenir le prix du pain à 175 F CFA. En sus de ce montant, le président a également donné des instructions fermes pour le paiement de la subvention de trois milliards F CFA destinée au riz paddy.

À ce niveau, Macky Sall n’a pas manqué de soulever quelques bizarreries entre les quantités annoncées annuellement et les importations qui ne cessent de grimper. ‘’Je pense qu’il faut qu’on ait plus de visibilité à ce niveau. Comment peut-on avoir plus d’un million trois cents millions de tonnes de paddy et importer plus d’un million de tonnes de riz chaque année ? Je pense qu’il faudra apporter des éclairages par rapport à ces chiffres’’, insiste le chef de l’État qui anticipe par ailleurs sur les mesures de rétention du riz décidées par certains pays comme l’Inde. ‘’Je pense qu’il va falloir ouvrir des négociations notamment avec l’ambassadeur de l’Inde au Sénégal pour que le Sénégal soit épargné par ces  mesures. Il ne faut pas perdre de vue que le Sénégal fournit à l’Inde de l’acide phosphorique pour produire de l’engrais. Nous ne pouvons pas être logés dans la même catégorie que les autres’’.

Les bizarreries de la filière riz 

En ce qui concerne l’huile, Macky Sall a donné une suite favorable au représentant de la Senico qui invoquait des distorsions entre le système de taxation des industriels et celui des commerçants, en demandant la suspension des droits d’accise.

Au-delà de ces mesures concrètes annoncées, le président de la République a également pris des décisions allant dans le sens de rendre effectives les mesures. Parmi elles, il y a le renforcement du contrôle avec le recrutement de 1 000 volontaires pour effectuer quotidiennement le contrôle, la mise en place d’un numéro vert, un système d’information, d’alerte et de suivi des prix…

Il a, par ailleurs, annoncé des concertations périodiques avec les acteurs pour un suivi permanent des directives, en sus d’avoir inscrit la journée du 15 mars dédiée par les Nations Unies aux droits des consommateurs dans le calendrier républicain. ‘’Ce sera une occasion pour qu’on puisse chaque année faire le suivi des politiques destinées à l’allègement du coût de la vie’’.

En tout cas, si l’on en croit le directeur exécutif de Cicodev Afrique, Amadou Kanouté, l’État a tout intérêt, d’autant plus qu’une étude réalisée vers le mois d’avril sur l’effectivité des mesures prises par l’État montre nettement que celles-ci ont pour la plupart été sans effet sur le coût réel des prix. Selon le responsable de Cicodev, dans cette enquête, 82 % des consommateurs  affirmaient que la décision n’est pas effective ; 44 % des grossistes reconnaissaient ne pas appliquer les mesures en raison des prix d’achat ; alors que 72 % des détaillants disaient n’être pas en mesure d’appliquer ces prix. En d’autres termes, malgré les milliards investis par l’État au mois de février, les résultats escomptés n’ont pas été atteints.

Quand l’État jette de l’argent par la fenêtre

Pendant que les acteurs se rejettent mutuellement la faute, les consommateurs, eux, trinquent. Si l’on en croit le représentant des commerçants détaillants, souvent, en fixant ces prix, l’État semble ne pas penser à eux, qui sont le maillon le plus faible. Comme pour montrer que les mesures annoncées restent loin des réalités du marché, Oumar Diallo proteste : ‘’En venant ici, je pensais vraiment qu’on tiendrait compte des détaillants. Mais en regardant ce document, je me rends compte que vous n’avez pas pensé à nous. Dans ce document, vous annoncez que le prix du kilogramme de riz est fixé à 323 F. Or, moi je l’achète à 330 F chez le grossiste. Vous fixez le prix du litre d’huile à 1 300, alors qu’il me revient à 1 312 F ; 600 F pour le sucre, alors que je l’achète à 590 F sans transport… Après, vous laissez tout le monde et vous allez chez le détaillant pour le contrôler. C’est vraiment une injustice que nous subissons et qui nous fait dire que vous ne nous prenez pas du tout en compte.’’

Le président de la République a donné un délai de trois semaines au Premier ministre et à son gouvernement pour mener des concertations approfondies avec les acteurs, afin de lui présenter une feuille de route à mettre en œuvre avant la fin du mois d’octobre.

Ces directeurs accablés devant le président de la République

Lors de cette rencontre sur la vie chère tenue hier au palais de la République, les oreilles de certains directeurs ont dû bourdonner. Parmi eux, il y a le directeur de la Caisse des dépôts et consignations désigné comme responsable du retard dans la mise en œuvre d’une décision du président de la République de mettre un milliard F CFA pour la construction d’infrastructures. Au chef de l’État qui rappelait l’engagement déjà pris par l’État de dégager 400 millions F CFA sur cette enveloppe, le directeur de l’ARM dira : ‘’Nous avions entamé les démarches auprès des institutions habilitées. Mais par la suite, on nous a dit que nous ne devons pas faire cet investissement et que c’était à la CDC de le faire. Depuis lors, il n’y a pas de suite.’’

L’air très étonné, le chef de l’État a donné des instructions pour que cette situation puisse être débloquée. Dans la même veine, le ministère de l’Agriculture a été directement mis en cause par les acteurs de la filière tomate, condamnés à payer plus d’un milliard à leur fournisseur à cause d’une défaillance de l’État, selon leurs dires. Sur la base de cette accusation, le président a interpellé directement le directeur de l’Agriculture pour qu’il apporte des éclairages. Ce dernier a pu se défendre en invoquant un défaut d’engagement écrit de l’État qui l’empêchait de payer. Or, les acteurs de la filière ont insisté qu’ils avaient bel et bien acheté au fournisseur avec un prix subventionné. ‘’La vérité est qu’il y a eu par la suite un différend entre le ministre et le fournisseur, et le ministre a refusé de payer. Nous payons ainsi des pots que nous n’avons pas cassés’’, a confié le représentant de la filière.

Pour sa part, le directeur général du Port autonome de Dakar (PAD) n’est guère mieux loti. Hier, tous les importateurs l’ont presque descendu devant le chef de l’État, en dénonçant la décongestion au niveau du PAD, avec ses nombreux impacts négatifs sur le commerce. À ce propos, c’est surtout l’importateur de riz Moustapha Ndiaye qui s’est le plus illustré. Selon lui, si des mesures urgentes ne sont pas prises pour changer la donne au niveau du port, aucune des mesures annoncées par l’État ne saurait être effective. À l’en croire, les importateurs de riz doivent faire en moyenne 40 jours dans le port, ce qui est énorme et requiert des solutions immédiates pour éviter le pire.

Le chef de l’État a là aussi donné des instructions fermes pour trouver des solutions.

MOR AMAR

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