Publié le 8 Jun 2023 - 23:52
SYSTÈME ÉDUCATIF PARALYSÉ DEPUIS BIENTÔT DEUX SEMAINES À TAMBA

Les élèves exigent la libération de leur professeur de philo

 

À Tambacounda, les potaches ne vont plus à l’école, depuis 12 jours. Ils exigent la libération de leur professeur de philosophie, arrêté après les manifestations en marge de l’arrivée de la ‘’Caravane de la liberté’’ dans la région.

 

À Dakar, théâtre de violentes manifestations ces derniers jours, le calme semble s’installer peu à peu. C’est tout le contraire à Tambacounda.

En effet, après quelques échauffourées notées à l’annonce de l’arrivée de la ‘’Caravane de la liberté’’ d’Ousmane Sonko entre militants et forces de défense et de sécurité, plusieurs manifestants ‘’pastéfiens’’ avaient été arrêtés.  Vingt d’entre eux ont été libérés, les 16 autres placés sous mandat de dépôt. Leur cas est en instruction. Parmi ces 16 manifestants, se trouve un professeur de philosophie du nom de M. Dicko. Cet enseignant, qui sert dans le plus grand et ancien établissement de la région, en l’occurrence le lycée Mame Cheikh Mbaye (LMCM), a passé hier son 12e jour derrière les barreaux, loin de sa famille.

L’incarcération de ce professeur indispose les élèves de la commune de Tambacounda. Déjà, le lundi suivant son arrestation, les potaches du LMCM avaient déserté leurs classes et improvisé une marche pour réclamer sa libération. La marche avait été violemment réprimée les FDS. Des grenades lacrymogènes avaient été jetées dans la cour du lycée.

Mais malgré cette opposition musclée, les élèves avaient délogé leurs camarades des autres établissements. Depuis, les établissements scolaires de la commune ne font plus cours. Les enseignements-apprentissages sont à l’arrêt. Le système éducatif bloqué.

Cette situation, qui menace véritablement le calendrier des compositions et des examens, inquiète au plus haut niveau les acteurs éducatifs de la région. Même son de cloche dans le département de Koumpentoum.

En effet, dans la commune de Malème Niani, les cours sont suspendus, depuis l’arrestation du professeur Dicko qui donne des cours également dans le lycée de ladite commune. D’ailleurs, le lundi dernier, des affrontements avec les FDS ont causé le renversement de la voiture des forces de l’ordre, occasionnant la blessure d’un agent. Lors de cette manifestation, des jeunes ont été arrêtés et déférés, hier, devant le procureur de la République.

Dans la commune de Koumpentoum, les enquêtes ont mené à l’arrestation de cinq personnes, dont trois professeurs. Ces personnes cueillies par les FDS sont identifiées comme les instigateurs des manifestations, au lendemain de la condamnation du leader du Pastef.

Les collègues de ces professeurs arrêtés ont décidé alors de suspendre les cours, jusqu’à leur libération.

Il faut noter également en cette période le respect du mot d’ordre en vigueur de  quelques syndicats. Cette situation menace la tenue des compositions et des examens à la date échue.

C’est pourquoi l’autorité académique, à la place des évaluations harmonisées au niveau régional, a permis aux établissements de procéder à des évaluations par école.

Pour pallier l’absence du professeur de philosophie avec l’examen du Baccalauréat qui se profile à l’horizon, l’autorité a opté pour la réaffectation d’un autre enseignant pour terminer le programme de philo. Une alternative rejetée par les potaches qui exigent le retour de leur professeur avec qui ils ont eu à tisser un lien fort. ‘’Nous voulons notre professeur ou rien. En plus d’être notre professeur, il est notre ami, notre frère. Il nous manque et manque à sa famille’’, lancent-ils. Selon eux, la place de ce dernier n’est nullement dans une cellule, mais dans une salle de classe. ‘’Nous implorons les autorités à libérer notre professeur. Qu’ils le fassent au moins pour nous, car à quelques semaines du Bac, notre réussite est vraiment menacée’’, ajoutent-ils.

À Bakel, après des échauffourées entre étudiants, élèves et FDS, le lundi dernier, plusieurs arrestations ont été notées. Hier, 15 jeunes ont été déférés devant le procureur de la République près du tribunal de grande instance de Tambacounda. Par souci de sécurité, les élèves ne sont plus allés à l’école, depuis le début des manifestations.

En tout cas, selon certains observateurs, pour un retour au calme et à un climat de paix dans la région, les nombreuses personnes arrêtées doivent être libérées. Dans un contexte d’appel à la paix, les populations espèrent qu’elles seront relaxées au grand bonheur de leurs parents et proches.

Boubacar Agna Camara (Tambacounda)

 

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