Publié le 10 Feb 2016 - 21:45
SECTEUR INDUSTRIEL

Le Sénégal ne compte que 80 grandes entreprises

 

Le gouvernement a l’ambition de faire du Sénégal un hub logistique et industriel régional. Mais avec un tissu industriel de 1 270 entreprises dont 80 seulement sont des grandes entreprises, le pays a encore du chemin à parcourir pour atteindre son objectif.

 

Au Sénégal, le tissu industriel, c’est près de 1 270 entreprises avec une forte prédominance des industries de l’alimentation et des manufactures qui représentent 81% du secteur. Les grandes entreprises sont moins nombreuses. Elles ne représentent que 80 au total, selon l’Ingénieur statisticien et économiste à la Direction de la prévision et des études économiques Diabel Diop. Cela montre une prédominance des petites et moyennes industries (Pmi).

La conférence publique sur l’industrie sénégalaise dans la mise en œuvre du Plan Sénégal Émergent (Pse) organisée hier par la Dpee, en collaboration avec l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), a permis aux différents acteurs de faire un diagnostic du secteur. L’ambition est de faire du Sénégal un ‘’hub industriel’’ avec la mise en œuvre du Plan Sénégal Émergent (Pse). Même si l’objectif est atteignable en soit, le secrétaire exécutif de la Confédération nationale des employeurs (CNES) pense que le vrai problème est que le Sénégal ‘’manque  sérieusement de vision dans le domaine  industriel’’.

Pour Mor Talla Kane, il y a plus d’incantations et de vœux pieux que d’actes concrets pour mettre en place une véritable politique industrielle. Cependant, pour développer le secteur industriel, il faut de grandes entreprises dans le domaine, de vrais ‘’champions’’ pour permettre au pays de peser sur l’échiquier mondial. ‘’Les pmi, c’est bien mais malheureusement, la compétition internationale ne se fait pas par les petites industries, elle se fait par les grandes entreprises, les champions’’, fait-il savoir.

Absence de vision

Cette absence de vision et de politique industrielle avancée par le membre de la CNES est même confirmée par Mouhamadou Bamba Diop de la Direction de la prévision et des politiques économiques. D’après M. Diop, l’une des faiblesses du Plan Sénégal Émergent est qu’il n’a pas beaucoup travaillé sur une politique d’industrialisation. Pourtant, persiste-t-il, tant que cette politique ne sera pas bien tracée, le Sénégal ne réussira jamais à régler la question de l’emploi des jeunes. ‘’Pour réussir la transformation industrielle, il ne s’agit pas simplement de jeter des concepts. Il faudra travailler sur le choix des acteurs et inciter, encore une fois, le secteur privé parce que c’est lui qui sera au centre de la politique industrielle’’, conclut M. Diop.

En outre, Mor Talla Kane déplore la disparition progressive de tous les champions de l’industrie sénégalaise. Dans beaucoup de sous-secteur, le Sénégal était leader dans la sous-région. Il s’agit notamment du textile où le pays avait de grandes entreprises de dimension continentale voire mondiale. Le Sénégal avait des destinations aux Usa, se rappelle le collaborateur de Mansour Kama. Aujourd’hui, il est au regret de constater que le pays a tout perdu parce ‘’qu’on a tout détruit, tout dilapidé’’. Le dernier en date est la Suneor où l’Etat et le repreneur Abass Jaber ont fini par se séparer à l’amiable. La Suneor ‘’est en lambeau alors qu’on avait la matière première qui était locale’’, regrette M. Kane. D’autres industries de  la pêche, du tourisme, des oléagineux sont, dit-il, ‘’complétement déshéritées’’.

Deuxième macro-secteur le plus rentable

Le secteur industriel a connu des phases multiples au cours de cette dernière décennie. Dans sa présentation sur ‘’l’analyse dynamique du secteur industriel’’, Diabel Diop montre que vers 2008, la crise énergétique et celle survenue aux industries chimiques du Sénégal avaient fortement plombé le secteur. Après cette période difficile, le secteur a connu, par la suite, un nouveau regain. Sa rentabilité est même devenue stable, dit M. Diop soulignant même que ‘’l’industrie s’est montrée plus rentable que les Btp sur toute la période’’. Sur une période récente, ajoute l’économiste, l’industrie s’est même présentée comme ‘’le deuxième macro-secteur le plus rentable financièrement malgré son évolution erratique en terme de production’’.

‘’Multiplicité des contrôles fiscaux sur les entreprises’’

Toutefois, ce dynamisme cache pas mal de contraintes. Dans son diagnostic, Diabel Diop montre que l’une des contraintes à l’évolution du secteur industriel sénégalais est ‘’les coûts et la disponibilité des facteurs de production, surtout l’énergie’’. L’évolution très erratique du secteur est due à ces facteurs qui sont à la fois endogènes et exogènes. La question de l’Energie constitue le nœud gordien du problème et le Sénégal se doit d’y trouver une solution. La contrainte majeure, d’après M. Diop, est l’absence d’une politique claire et cohérente, avec des étapes identifiées sur laquelle les acteurs pourraient s’appuyer afin de rendre le secteur dynamique’’.

L’inefficacité et la non-concordance des stratégies à mener sont aussi considérées par l’économiste comme des défis à relever. Ce dernier note aussi une absence de soutien dans des secteurs utilisant la main d’œuvre peu qualifiée. Ce qui, dit-il, n’est pas sans conséquence, parce qu’elle entraîne la montée en puissance de l’informel et la concentration des paysans dans les grandes villes. Il s’y ajoute, en même temps, une ‘’multiplicité des contrôles fiscaux et douaniers sur les entreprises’’. ‘’L’objectif de positionner le Sénégal comme « hub logistique et industriel régional » passe par la promotion industrielle et la réussite du pari industriel afin de lancer les bons signaux en direction des investisseurs extérieurs’’, conclut Diabel Diop. 

 

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