Publié le 22 Sep 2021 - 01:32
STRUCTURATION INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE

Le Sénégal face au pari d’une offre médicale intégrée et compétitive

 

Pour prendre en main son destin sur les questions médicales et pharmaceutiques, le Sénégal devra promouvoir une offre médicale ‘’intégrée et compétitive’’, selon le ministre auprès du président de la République en charge du suivi du Plan Sénégal émergent (PSE). Abdou Karim Fofana s’exprimait hier, lors de l’atelier intensif de structuration du Plan de relance du secteur de l’industrie pharmaceutique.

 

Le taux de couverture maladie a connu, au Sénégal, une ‘’augmentation conséquente’’, selon le ministre auprès du président de la République en charge du suivi du Plan Sénégal émergent (PSE), ces dix dernières années.

En effet, d’après Abdou Karim Fofana, ce taux est passé de 20 % en 2012 à environ 50 % en 2018 et a continué d’augmenter ces trois dernières années. ‘’En 2019, le marché du médicament au Sénégal a représenté une valeur de plus de 150 milliards de francs CFA, avec 80 % captés par le secteur privé et 20 % par le secteur public. Le Sénégal importe environ 90 % de ses médicaments. Pour prendre en main notre destin sur les questions médicales et pharmaceutiques, il s’agira de promouvoir une offre médicale intégrée et compétitive : services de pointe, recherche médicale et formation, offre de soins secondaires et primaires, notamment via des cliniques privées et services annexes. Ceci permettra de capter à la fois une demande nationale et régionale. Cette orientation a été confortée par le contexte de la pandémie de la Covid-19’’, affirme le ministre en charge du suivi du PSE, lors de l’atelier intensif de structuration du Plan de relance du secteur de l’industrie pharmaceutique.

Afin de matérialiser cette ambition, Abdou Karim Fofana a rappelé que l’Etat du Sénégal a lancé le projet de relance du secteur de l’industrie pharmaceutique qui a pour objectif de garantir la souveraineté en réduisant la dépendance aux importations de produits pharmaceutiques à travers l’accélération de la production et de la distribution locale de médicaments et de consommables. ‘’Concrètement, la stratégie de développement de l’industrie pharmaceutique du Sénégal vise à relever le défi d’une production locale de médicaments de 30 % de notre consommation d’ici 2030 et 50 % d’ici 2035. Pendant cinq semaines, les participants venus d’horizons divers, acteurs publics et privés et partenaires techniques financiers (PTF) plancheront sur les aspects techniques et financiers du projet. A cet effet, le défi à venir est celui de la mobilisation de toutes les parties prenantes pour la réussite de ce Lab. Cet exercice permettra, à l’issue des travaux, de finaliser la structuration complète de la relance du secteur pharmaceutique’’, poursuit-il.

De manière plus détaillée, l’objet de cet atelier tient en quatre points : accompagner les projets privés devant intervenir sur les différents maillons de la chaine de valeur des médicaments jusqu’à leur maturation ; évaluer les besoins (financement, incitations, partenariats, etc.) des acteurs privés impliqués dans le projet ; et aussi obtenir des hautes autorités leur engagement à réaliser les actions dévolues à l’État, dans le cadre de la mise en œuvre du projet et opérationnaliser les réformes critiques pour la relance de ce secteur stratégique.

Le ministre chargé du suivi du PSE a aussi souligné que lors de la réunion du Conseil des ministres, tenue le 1er septembre dernier, le chef de l’Etat avait invité les ministres concernés à assurer un suivi particulier des projets d’implantation au Sénégal d’une industrie pharmaceutique de classe internationale. Sur la même lancée, le président de la République avait également insisté sur l’urgence de la relance effective de Médis Sénégal, mais également de réfléchir au changement de statut de la Pharmacie nationale d’approvisionnement (PNA), dont le rôle est central dans la performance du système sanitaire.

‘’Le choix porté sur le Sénégal par la firme allemande BioNtech pour établir un partenariat dans le but de produire des vaccins, justifie tout l’impératif d’accélérer le processus de structuration du secteur pharmaceutique. Au regard des tensions notées, ces derniers temps, autour de la disponibilité des vaccins anti-Covid et des perturbations sur la chaîne de distribution, sans oublier la pénurie de certains médicaments génériques, il est devenu primordial pour notre pays de se doter d’une industrie pharmaceutique forte, capable de relever tous ces défis. C’est pourquoi j’accorde une attention particulière aux livrables qui sortiront de vos travaux. Ils permettront d’avoir une meilleure visibilité sur les questions techniques et financières de ce projet’’, soutient M. Fofana.

Des réformes attendues par les acteurs

Face aux challenges de l’heure et aux objectifs visés par le gouvernement, le président de l’Association sénégalaise de l’industrie pharmaceutique dit qu’ils vivent des ‘’moments difficiles’’ au Sénégal. ‘’Car l’industrie pharmaceutique, qui devrait être un des fers de lance dans ce contexte de Covid, est en profonde crise. Malgré cette situation, l’espoir est permis avec toutes ces initiatives en cours. Pour garantir l’objectif de produire 50 % de nos besoins en médicaments d’ici 2035, ainsi que les objectifs intermédiaires en 2025 et 2030, des mesures prioritaires et fortes sont attendues par les acteurs’’, notifie Aziz Cissé.

Il s’agit, d’après lui, d’une facilitation dans l’obtention des ANM (annexes nationales de médicaments), de la mise en œuvre des mécanismes faciles pour l’accès au marché privé, de l’exonération de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les investissements, d’un régime tarifaire compatible pour leur compétitivité, notamment sur l’énergie. ‘’Permettez-moi d’insister sur la nécessité d’une opérationnalisation sans délai des résultats qui seront issus de cet atelier. Car il y va de la survie du secteur et ce n’est qu’à cette condition que notre pays enverra des signaux positifs qui nous permettront d’attirer et d’encourager de nouveaux investisseurs. Cela fait deux années de Covid-19 épouvantes sur tous les points. Nous avons l’obligation de nous réinventer pour réussir ce nouveau départ’’, renchérit M. Cissé.

A cet égard, le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération a fait savoir que, dans le PAP2A, le secteur de la santé et de la pharmacie est le 4e secteur en matière de volume d’investissements avec un montant de 1 024 milliards F CFA, soit 7 % du PAP2A. ‘’Les acteurs mobilisés durant les cinq semaines à venir devront produire un plan d’action détaillé portant notamment sur la mise en œuvre des réformes phares. Le président Cissé des professionnels du secteur de l’industrie pharmaceutique en a mentionné quelques-unes, mais je citerai parmi ces réformes l’ouverture du capital social des entreprises du secteur aux non-pharmaciens, la révision des textes régissant le secteur, l’allègement des procédures d’obtention d’autorisations de mise sur le marché des produits pharmaceutiques et la réduction du coût de l’électricité’’, préconise Amadou Hott.

N’ayant ‘’aucun doute’’ que cet objectif sera atteint, vu que le Lab est, aujourd’hui, un outil très éprouvé qui leur a permis de structurer des projets phares du PSE, le ministre de la Planification note qu’ils attendent, en conséquence, les conclusions. Ceci, pour faire de la relance de l’industrie pharmaceutique une réalité. ‘’Nous demeurons optimistes, au regard de la dynamique du marché avec la relance de Médis, les initiatives privées en cours et le projet de production de vaccins contre la Covid-19 de l’Institut Pasteur de Dakar’’, témoigne M. Hott.

La Belgique travaille sur sa contribution

Pour sa part, l’ambassadeur du royaume de Belgique à Dakar a informé que leur équipe travaille déjà pour aider le Sénégal à atteindre ses objectifs. ‘’Le président de la République, en visite officielle à Bruxelles, en avril 2021, a sollicité l’appui des partenaires européens pour accompagner la relance de l’industrie pharmaceutique. Le gouvernement belge a accédé à cette requête et a instruit l’Agence belge de développement intégré de travailler rapidement afin de proposer des axes d’intervention de sa contribution, au grand bonheur du secteur pharmaceutique sénégalais. L’orientation stratégique donnée à cette mission est de travailler sur une intervention qui vise le renforcement du système de santé et l’autonomisation du pays en matière de production ponctuelle de vaccins, pour un meilleur accès aux médicaments et autres produits médicaux’’, affirme Hubert Roisin.  

Il convient de relever que le Sénégal ambitionne, à travers le projet phare Dakar Medical City, d’être le centre de soins de référence et un hub pharmaceutique au niveau régional. ‘’Cette orientation a été confirmée par le contexte de la pandémie de Covid-19, qui a fini d’ériger le secteur de la santé comme une des priorités à mettre en œuvre pour renforcer la résilience du pays et maintenir sa dynamique d’émergence. Ainsi, dans le cadre du Plan d’actions prioritaires ajusté et accéléré (PAP2A), le secteur de l’industrie pharmaceutique a été identifié comme une des priorités à réaliser en vue de mettre à l’abri le pays des risques de pénurie de médicaments de base nécessaires pour préserver la santé des populations’’, lit-on dans le dossier de presse distribué à cette occasion.

Afin de donner corps à ce projet, l’Etat du Sénégal a entrepris certaines actions, en relation avec ses partenaires techniques et financiers. A cet effet, les gouvernements sénégalais et britannique ont organisé, le 25 février 2021, un forum d’investissement qui s’inscrit dans le cadre d’une feuille de route dont l’objectif est d’amorcer le développement de l’industrie pharmaceutique au Sénégal. C’est dans cette optique que les autorités ont lancé le Plan de relance du secteur de l’industrie pharmaceutique. L’objectif visé est de garantir la souveraineté du Sénégal en matière de médicaments essentiels, en réduisant la dépendance aux importations de produits pharmaceutiques par l’accélération de la production et de la distribution locale de médicaments et de consommables.

MARIAMA DIEME

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