Le grand coup d’INTERPOL

Une opération des forces de l'ordre ciblant le marché des drogues de synthèse a permis la saisie de 650 tonnes de drogues, de précurseurs et de produits pharmaceutiques. Elle a permis de retirer 86,9 millions de doses mortelles du marché.
Lors de l'opération Lionfish-Mayag IV (18 mai - 4 juin), les pays participants ont effectué 7 247 saisies d'une valeur estimée à plus de 1,1 milliard de dollars américains. Cette opération historique, en termes de volume de saisies, représente 89,6 millions de doses mortelles retirées du marché.
Dix-sept pays ont participé à cette initiative menée par INTERPOL, ciblant les chaînes de production et d'approvisionnement en Asie du Sud-Est, les corridors de transit et les marchés de consommation qu'elles desservent.
Globalement, le cannabis et les cannabinoïdes représentaient la part la plus importante du volume total saisi (environ 94 %), principalement en raison de quatre saisies majeures aux Philippines. Toutes les autres substances combinées représentaient 39 tonnes.
Au cours de cette opération, environ 8,2 tonnes de méthamphétamine et de Ya Ba ont été saisies, soit environ 16 % de la valeur totale estimée des saisies. Cependant, pour la première fois lors d'une opération d'INTERPOL ciblant les drogues de synthèse, la kétamine a dépassé la méthamphétamine en volume, avec 17 tonnes saisies. Cela représente environ 40 % de la valeur totale estimée des saisies.
Cette évolution reflète une tendance mondiale à l'augmentation de la consommation de kétamine à des fins non médicales, due en partie à des prix plus bas et à une fabrication plus aisée que pour d'autres drogues. Les données relatives aux saisies de kétamine révèlent une production et un trafic à grande échelle en Asie du Sud-Est, ainsi que des filières d'approvisionnement postal en provenance d'Europe alimentant les marchés australien et américain.
Les renseignements recueillis lors de l'opération Lionfish-Mayag IV confirment que l'Asie du Sud-Est, et la région du Mékong en particulier, demeure l'épicentre de la production mondiale de drogues de synthèse. Les autorités birmanes ont enregistré la plus importante saisie de l'opération : un lot de 10,6 millions de comprimés de Ya Ba, un mélange de méthamphétamine et de caféine.
La plus grande saisie de DMT
L'opération Lionfish-Mayag IV a permis la saisie de 724 kg de DMT, la plus grande quantité jamais saisie lors d'une opération policière. La DMT, saisie sous forme liquide et destinée à être utilisée dans des cigarettes électroniques, est généralement saisie en petites quantités, ce qui laisse supposer l'émergence d'un marché des hallucinogènes par vapotage. D'autres substances, notamment des cannabinoïdes et des cannabinoïdes de synthèse, ont également été saisies sous forme liquide au cours de cette opération.
David Caunter, directeur de la Lutte contre le crime organisé et les formes émergentes de criminalité à INTERPOL, a déclaré que la forte augmentation des saisies de kétamine et la croissance de la consommation de drogues par vapotage comme l'étomidate et la DMT témoignent de la rapidité avec laquelle le trafic de drogues de synthèse évolue. « Aucun pays ne peut appréhender l'ensemble du problème à lui seul. Les réseaux criminels franchissent les frontières et notre réponse doit en faire autant. La drogue ravage des vies et des communautés, et les criminels qui alimentent ce trafic ne ralentissent pas leurs activités. Nous non plus », a-t-il confié.
Bien que les opioïdes ne représentent qu'une fraction du volume total des saisies (7,3 tonnes, d'une valeur de 12 millions de dollars américains), ils sont responsables d'une part largement disproportionnée des doses mortelles de l'opération, principalement à cause du fentanyl, qui représente 63,7 millions de doses mortelles.
Dans une affaire majeure, les autorités malaisiennes ont démantelé un laboratoire clandestin de fentanyl, entièrement équipé et en pleine activité. La police a saisi un stock complet de précurseurs chimiques, ainsi que du fentanyl liquide et en poudre, prouvant ainsi qu'il s'agissait d'un site de production actif et non d'un simple lieu de transit. Cette saisie, la première du genre dans le pays, témoigne de la diversification des sites de production dans la région.
Une route maritime de trafic entre l'Amérique du Sud et la Chine, jusqu'alors inconnue, a également été découverte lors de cette opération. Les autorités chinoises ont annoncé la saisie de 307 kg de cocaïne en provenance d'Amérique du Sud, acheminés par voie maritime, court-circuitant ainsi les corridors transatlantiques traditionnels et laissant supposer que les trafiquants étendent leurs activités à de nouveaux marchés asiatiques.
CHEIKH THIAM






