Publié le 9 Apr 2015 - 21:45
PROGRAMME NATIONAL DE BIOGAZ

Bilan décevant, perspectives prometteuses

 

Les leçons du passé servent à éclairer l’avenir. Le programme national de biogaz domestique du Sénégal a fait sienne cette maxime. Le bilan de la phase pilote a été médiocre.  587 bio-digesteurs sur un objectif de 8 000 unités. Mais l’expérience du terrain permettra de démarrer la deuxième phase sur les chapeaux de roue, pour atteindre le nouveau cap de 10 000 ménages.

 

Après une première phase test, le programme national de biogaz domestique du Sénégal (PNB-SN) va entrer dans sa phase II, avec beaucoup plus d’ambitions et de moyens. Hier lors d’un atelier sur la question, le coordonnateur du programme, Matar Sylla, a fait le bilan et les perspectives. S’agissant du bilan, sur un objectif de 8 000 bio-digesteurs en 4 ans (2010/2013) (un appareil qui produit de l’énergie pour la cuisson et la lumière), le PNB-SN n’a pu réaliser que 587 unités. Toutefois, le programme a pu atteindre 1 000 bio-digesteurs en 2015.

Si l’on en croit M. Sylla, cet échec s’explique par des raisons financières et techniques. Poursuivant son exposé, M. Sylla de révéler que le coût des deux types de bio-digesteurs est de 449 773 F ou 728 300 F. l’Etat avait subventionné à hauteur de 35%, le bénéficiaire devant prendre en charge les 65% restants. Or, ajoute-t-il, des études ont montré que le revenu des familles dans le monde rural est de 150 000 F. Ils ne pouvaient pas donc assumer une telle charge. La créance pouvait être une alternative. Sauf que les taux des crédits bancaires vont de 12 à 24%. Ce qui est encore plus hors de portée des paysans. Tout compte fait, les populations pauvres étaient donc incapables de supporter la charge. Ce qui justifie l’absence d’une adhésion massive.

Le facteur technique est relatif au comportement des maçons et à l’absence d’eau. ‘’Les maçons n’ont pas suivi les indications qu’on leur avait données’’, a-t-il soutenu. Les chefs de ménage non plus n’ont pas eu l’attitude qu’il fallait dans l’entretien des appareils de production d’énergie et de fertilisants. Dans certaines localités, le manque d’eau a obligé le bétail à transhumer. Ce qui fait que la bouse de vache, matière de base du biogaz, n’est plus disponible. Malgré tout, la contrainte principale reste le financement.

La deuxième phase est justement l’occasion de rectifier le tir. Son lancement est prévu le 11 avril prochain à Koutal (village près de Kaolack) par la ministre de l’Energie, Maïmouna Ndoye Seck. Dans cette deuxième étape, un objectif de 10 000 bio-digesteurs est fixé pour un budget de 10 milliards financé par l’Etat, l’Union européenne et d’autres partenaires. La différence avec la première phase est que cette fois-ci, l’Etat assure une subvention de 80%. Le bénéficiaire n’aura plus besoin de mettre la main à la poche. ‘’Tout ce qu’on lui demande, c’est de creuser, d’amener les pierres et le sable et d’apporter de l’eau. Le reste sera supporté par l’Etat et ses partenaires’’, renseigne le responsable de la promotion et du marketing, Mor Ndiaye.

10 000 bio-digesteurs : 2% des ménages

Au Sénégal, 453 000 ménages évoluent dans l’agriculture, selon l’ANSD. Par conséquent, si ambitieux que soit l’objectif de 10 000 bio-digesteurs, il ne couvre que 2% des ménages. C’est dire les efforts qui restent à faire. Or, 87% des ménages utilisent le bois mort pour la cuisson. Soit 1,7 million de tonnes de bois par an et 3 heures de temps perdues quotidiennement par les femmes dans la recherche du bois. Les 10 000 ménages dotés de bio-digesteurs permettront de réduire cette consommation annuelle de 45 000 tonnes et donc de limiter la destruction des forêts qui ont disparu dans le Saloum et d’autres localités. Le bois dégageant certaines substances nuisibles à la santé, leur remplacement par un autre système permet donc de réduire les pathologies respiratoires dues à la fumée et d’autres maladies comme les céphalées.

Outre l’énergie, ces appareils produisent également des fertilisants. En fait, l’énergie est obtenue à partir de la bouse de vache mélangée à de l’eau. Au-delà du gaz produit, ce mélange constitue de l’effluant, un engrais liquide de très haute facture. Il permet donc de fertiliser le sol et d’accroître les rendements. Autant de bénéfices pour un seul appareil. Mais faudrait-il d’abord disposer d’au moins d’une demi-dizaine de vaches, productrices de la matière première, pour en être bénéficiaire. D’où l’idée de l’agriculture au sens large.

BABACAR WILLANE

 

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